Le Burkina Faso continue d’être le théâtre de violences qui ont fait plusieurs centaines de morts. Des attaques sont attribuées à différents groupes djihadistes affiliés aux mouvements terroristes qui écument le Sahel. À côté de ces extrémistes, d’autres initiatives prennent corps pour assouvir des desseins politiques.

 

L’ancien Président de l’Assemblée nationale ivoirienne n’est pas étranger à ce qui se fait. Depuis sa rupture de ban avec les autorités de son pays, Guillaume Soro nourrit l’ambition de leur faire mordre la poussière. Derrière ses sorties médiatiques et sa tournée politique en Europe, il travaille à une stratégie militaire du harcèlement permanent pour prendre le contrôle du Burkina Faso, en complicité avec son ami Mustapha Limam Chafi, connu pour ses accointances avec les mouvements djihadistes et salafistes du Sahel.

 

La stratégie de Guillaume Soro est de faire de ce pays, une base arrière pour y installer et faire prospérer une économie criminelle d’une part, et d’autre part, organiser et planifier son coup pour freiner le processus de normalisation en cours dans son pays, la Côte d’Ivoire. C’est dans la mise en œuvre de ce plan que le système Soro a perpétré des attaques sporadiques à l’ouest de la Côte d’Ivoire, récemment. Pour cela, des contacts ont été noués avec des ex-miliciens et soldats déserteurs de l’armée régulière ivoirienne.

 

Il s’agissait, selon nos informations, pour les hommes que Soro organise, de tester le dispositif de sécurité et la capacité de riposte des forces armées de Côte d’Ivoire, par le harcèlement à l’ouest, zone considérée comme poreuse du fait des frontières avec le Liberia et la Guinée. C’est la première facette de ce plan. Mais, faut-il le rappeler, à chaque tentative, les assaillants ont été mis en déroute par les forces de défense et de sécurité ivoiriennes.

La seconde étape, c’est de semer le chaos au Burkina Faso, afin de s’y incruster et d’en faire sa base arrière. Etant donné qu’il n’est pas en odeur de sainteté avec les hommes forts du Burkina, Guillaume Soro a décidé d’affaiblir le Pays des Hommes intègres afin d’y favoriser un soulèvement populaire ou, à défaut, de retourner l’armée contre le Gouvernement. De plus en plus, les forces armées antiterroristes burkinabè sont mises à rude épreuve. Les attaques commises au nord du Burkina Faso, par ces groupes armés, sont différentes des actes terroristes posés au Mali. Le mode opératoire n’est pas le même. Ce qui se passe au Burkina Faso est plutôt un harcèlement politique sur le régime en place. L’idée, pour Guillaume Soro et Moustapha Limam Chafi, qui sont à la manœuvre, c’est de créer la chienlit. Leurs chiens de guerre sont les combattants du mouvement salafiste créé par le prédicateur radical Ibrahim Malam Dicko, aujourd’hui décédé, et dénommé « Ansarul Islam ». Ces hommes tuent impunément au Burkina Faso, au grand dam des populations qui fuient les villages.

Par ailleurs, Moustapha Limam Chafi recrute, actuellement, d’anciens membres du RSP (Régiment de sécurité présidentielle), l’ex garde prétorienne du président Blaise Compaoré, dont le chef était le général Gilbert Diendéré, condamné récemment dans l’affaire du coup d’État manqué des 14 et 15 septembre 2015. Les services de sécurité ont établis que des traces et preuves de contacts entre les hommes de Soro et les soldats recrutés.
Parmi ces soldats figurent des noms comme Cissé Sadou Alaye.

Ce soldat est un proche de Chafi. Il a été chauffeur au service de ce dernier. Ensuite, il y a le soldat Souleymane Sawadogo (classe 2005) et un nommé Tambour, tous anciens de la Minusma. Ce sont ces hommes, à la solde désormais de Chafi et Soro, qui donnent les positions des forces de défense et de sécurité burkinabè, comme si le système était pourri de l’intérieur. Avec ce réseau criminel, Soro et Chafi travaillent à affaiblir le président Roch Marc Christian Kaboré, comme cela a été le cas pour le capitaine Haya Sanogo au Mali ou encore le capitaine Dadis Camara en Guinée.
L’autre pièce du puzzle est la posture de l’ancien Président du Burkina Faso face aux agissement de ses proches. Blaise Compaoré, dont Chafi fut le conseiller spécial très influent, pendant de longues années, semble de plus en plus actif sur la scène politique burkinabé. Son activisme aussi soudain que suspect fait la Une des tabloïds burkinabè ces dernières semaines. Astreint au devoir de réserve, pour ne pas gêner les relations diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, il reçoit pourtant du monde, dirige son parti et ne s’en cache plus. Il a même adressé le 11 octobre 2019 , en sa qualité de « fondateur et Président d’honneur », une lettre à Léonce Koné, un responsable de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), dans laquelle il appelle à l’union des membres, mais surtout il s’engage à « mener de larges concertations dans les prochains jours ». Cet activisme, naturellement, a le don d’irriter l’opinion des deux bords de la Leraba et conforte les uns et les autres dans leurs soupçons que Blaise Compaoré manœuvre depuis Abidjan contre eux.

Pour Soro et Chafi, la fin justifiant les moyens, c’est un soutien de poids dans leurs manœuvres contre le Président Kaboré, qui ne dit pas son nom. Ainsi, après avoir provoqué la chute de Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé, qui croupissent en prison, Soro veut, à cause de sa soif inextinguible du pouvoir, semer le chaos au Burkina Faso et…en Côte d’Ivoire.

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Armand de Saint-Auriol