Certains disent sans précaution que la ressemblancecrève les yeux entre Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante (CEI) et raphael Lakpé, président de l’Autorité nationale de la régulation de la Presse (AnP). Je pense qu’on peut leur trouver

des raisons de soutenir cette affirmation. En regardant de près les deux personnalités, on se rend compte au plan structurel, que la fonction qu’elles exercent, rapproche Youssouf Bakayoko de raphael Lakpé.

Les deux personnalités dirigent chacune une institution, et

sont désignées dans leurs attributions, comme des «présidents

». Concernant le fond, il n’y a pas assez de difficultés

pour trouver des similitudes, d’une certaine façon, Youssouf

Bakayoko et raphael Lakpé. En effet, si on peut définir «la

régulation» comme un moyen de «pilotage qui maintient

un système dans un état plus proche d’une consigne», les

deux hommes ont sensiblement les mêmes obligations à

l’égard de la nation. Dans la mission de la CEI, il y a la notion

«d’indépendance», qui oblige son président à «ajuster

de manière définitive ou permanente» chaque scrutin, afin

qu’il soit source de paix.

Dans la lettre et dans l’esprit, la «régulation» oblige le président

Lakpé à piloter son activité à l’égard de la presse de sorte à la maintenir dans «un état plus proche de la consigne», la consigne étant ici, de favoriser la pluralité, de faire en sorte que le secteur de la presse soit viable, en tout cas «d’ajuster de manière définitive ou permanente» l’exercice du métier. Ainsi donc, Youssouf Bakayoko et raphael

Lakpé dans le fond sont chargés d’ajuster leur processus

respectif, pour être proche de «la consigne». Ce qui signifie

en droit, que les deux sont très proches qu’on ne peut imaginer.

Car en outre, les deux présidents exercent un mandat

à durée définie, déterminée. Au plan de la responsabilité,

du respect de leurs engagements, les deux personnalités

se ressemblent hélas également. Le président de la CEI a

une réputation qui ne l’honore pas. Son action à la tête de

la CEI est jugée très partiale et parcellaire. Alors que la

consigne, c’est que sa commission soit «indépendante», il

n’agit que pour faire plaisir à Alassane Ouattara, le chef de

l’Etat. Cette personnalité est à l’origine d’un préjudice historique

que le pays a subi: la guerre. C’est certainement le

seul point de divergence avec Lakpé.

Même si, dans son action de régulation de la presse, Lakpé,

jadis un journaliste de renom, perd son industrie. Il est à la

fin de son mandat et l’impression qu’il laisse est loin d’être

satisfaisante. Avec lui, réguler, «ajuster», a pris des allures

de chasse aux sorcières, de harcèlement des ‘’journaux

bleus’’. C’est comme s’il était commis pour faire plaisir à

Alassane Ouattara en cassant les ‘’journaux bleus’’. Ce que

les journalistes de l’opposition gardent de Lakpé, c’est le

souvenir douloureux d’avoir réussi, à force de sanctions, à

tuer économiquement le quotidien La Voie Originale, et de

l’avoir réduit au statut provisoire d’hebdomadaire. Au plan

professionnel il apparait comme quelqu’un qui voulait changer

les règles du métier en mêlant politique au journalisme.

Bref, les deux personnalités ont un autre péché en commun.

Leur mandat est arrivé à expiration depuis quelque temps.

Ce sont donc des présidents illégaux qui sévissent à la tête

des institutions en question. Et tous les actes qu’ils posent

sont frappés de nullité parce qu’un hors-la-loi ne peut faire

la loi, ne peut pas poser d’acte légal. Et pourtant Lakpé et

Bakayoko continuent de faire la loi. Le dernier point en commun,

c’est que ni l’un, ni l’autre n’a assez de souffle, de courage

pour «Mon mandat est arrivé à expiration, je m’en
vais»