Pourquoi suis-je resté sourd aux appels de mon intuition, qui me recommandait fortement de ne pas passer la nuit en ce lieu ? Pourquoi, cette fois-ci, n'ai-je pas écouté ma musique intérieure ? Pourtant, dans mon parcours politique fait de situations des plus difficiles, écouter mon intuition m'a toujours été d'une utilité sans pareille. 

Toutes les fois où j'ai négligé d'écouter ma musique intérieure, cette voix qui m'a toujours parlé, la suite m'a été fatale.

C'est le cas ce 17 janvier 2013. Finalement, vers 11 heures un agent se présente à moi et me tend un formulaire. Je lui rétorque que je n'écrirai et ne dirai rien sans la présence de mon avocat. Alors il me répond : «En ce qui vous concerne, il nous suffit d'aller sur Internet pour avoir toutes les informations à votre sujet.» Le même agent me demande de me déshabiller, ce que je fais sans résistance. Isolé dans cette bâtisse, de quels moyens de résistance puis-je disposer ? 
Il m'enfile un uniforme de prisonnier au dos duquel il est inscrit «BNI». Sans avoir eu le droit de parler à un avocat, sans qu'on m'ait signifié les raisons de mon arrestation, on me jette dans une cellule du BNI. Pauvre Afrique ! Ici, les droits de l'homme sont une simple vue de l'esprit. Ainsi, me voici fait prisonnier au Ghana, moi qui avais célébré l'élection de John Dramani Mahama - que j'avais naïvement assimilé à un moment de répit pour le fugitif que j'étais.

Il doit être 13 heures quand un agent m'apporte de la nourriture. C'est vrai que j'ai une faim de loup. Mais la qualité peu désirable de la nourriture, ajoutée à l'angoisse de ma situation, me coupe l'appétit. Couché dans cette cellule, je ressasse encore et encore les mêmes questions. De telles arrestations n'augurent pas de signes d'apaisement et éloignent les perspectives d'un retour au pays. Mon arrestation va faire des vagues.

Aux environs de 17 heures, le même agent vient me chercher pour me conduire au bureau du directeur du BNI. Après plus d'une heure d'attente à son secrétariat, il ne daigne même pas me recevoir. Je comprends vite que quelque chose se trame. À ce niveau, le directeur devient un petit maillon dans la chaîne de décision. La pression doit être trop forte.

On m'embarque dans un véhicule pour me conduire dans un bâtiment qui fait office d'annexe du BNI. C'est en ces lieux que je suis pris en photo. Ici encore, je refuse de répondre aux questions sans la présence de mon avocat. On me ramène au BNI et on me remet en cellule. Sous le poids de la fatigue physique et morale, je m'étends dans la cellule. Cet endroit me rappelle mes nuits noires dans plusieurs prisons en Côte d'Ivoire durant la période estudiantine. Il est très tard lorsque les agents de police viennent me chercher à nouveau pour me conduire au poste de police. Comme un automate, je les suis. Ici, mon avis compte peu. Les agents me demandent d'enlever la robe de prisonnier pour porter mes propres habits. Je caresse l'illusion d'une remise en liberté par les autorités ghanéennes. 
Après le ministre Koné Katinan, qui avait été arrêté et libéré par la suite, le pouvoir ivoirien vient peut-être d'échouer une nouvelle fois. Peut-être y a-t-il eu des tractations en ma faveur ? Naïveté ou simple rêverie ?

Pendant que je m'habille, remue-ménage dans la cour. Les agents s'empressent de mettre en place un cortège de véhicules de type 4*4. On me conduit vers le cortège, on me met à nouveau les menottes et on me fait monter à bord d'un des véhicules. Le cortège démarre. Je pose une première question à un des agents : « S'il vous plaît, quelle heure est-il ?» L'agent me répond : « 22h 30.» Je pose une seconde question, qui, en fait, est la principale : «Et où m'emmenez-vous ?» En bon policier, il me répond : « Je ne sais pas.» Un moment, je pense que les policiers me conduisent à une rencontre avec les autorités ghanéennes. Le cortège roule à travers toute la ville d'Accra, la capitale. J'essaie de lire les panneaux routiers pour deviner notre direction. 
Après environ quarante-cinq minutes de route, je vois un panneau qui indique «Kassoha», un village qui se trouve sur l'axe routier menant en Côte d'Ivoire en quittant Accra. 
Je comprends que nous sommes en route pour la Côte d'Ivoire. Je demande tout de même aux agents : « Are you sending me back to my country ?» Ils me disent avec ironie : «Who told that ?» Plus loin, je lis sur une autre pancarte que nous sommes à Cape-Coast. Je ne me pose plus de question : les autorités ghanéennes, sans même m'autoriser à parler à un avocat, et ce en violation de tous mes droits, ont décidé de m'extrader en Côte d'Ivoire. Je trouve cette manière de procéder choquante et indigne d'un pays pris pour un exemple de démocratie en Afrique.

Décidément, tant que l'on n'est pas encore mort, il y a beaucoup à apprendre.

Vu l'empressement avec lequel les choses se déroulent, tout laisse croire que je suis victime d'un enlèvement. Seul face à cette machine entre deux États qui vient d'être mise en marche - la collusion entre le gouvernement du Ghana et celui de la Côte d'Ivoire pour que le premier me livre au second -, je me sens impuissant. Je n'aime pas être impuissant... Un accord vient certainement d'être signé sur mon dos. D'aucuns auront vite fait de qualifier mon arrestation de deal. Si deal il y'a, c'est certainement à mon détriment.

Maintenant, il ne me reste plus qu'une seule à faire : me préparer à supporter et à affronter psychologiquement toutes sortes de tortures et d'humiliations que mes adversaires politiques risquent de m'infliger.

Pendant des jours, voire des semaines, je deviens l'objet d'un lynchage médiatique, cette fois en tant que captif et prisonnier de ceux qui, depuis deux ans ont mis ma tête à prix. Le Ghana sait qu'en me livrant à la Côte d'Ivoire, je serai torturé et que mes droits les plus élémentaires ne sont pas respectés. Je considère que c'est en connaissance de cause que les autorités ghanéennes ont pris cette décision. Le contraire est impensable. Je ne peux imaginer que le Ghana voisin méconnaisse la situation judiciaire en Côte d'Ivoire. Il est de notoriété publique que de nombreuses personnes y sont détenues dans des conditions inhumaines, et sans procès, depuis la crise poste électorale. Le Nord de la Côte d'Ivoire est devenu un lieu de déportation des adversaires politiques du régime d'Abidjan, un véritable goulag. Me voici victime des intérêts d'État. 
Qu'a promis la Côte d'Ivoire au Ghana pour avoir ma peau ?

Chers camarades, bientôt, nous parlerons du «deal.» Mais avant, retenez une seule chose : On ne lapide pas un arbre qui ne produit pas de bons fruits.

 

 

 

 

SOURCE ;BLÉ GOUDÉ News Officielles

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