Quatorze années après, le bombardement de Bouaké demeure toujours une énigme que tente d'éclaircir la justice française. Mais que d'entraves au procès qui est du reste très attendu par les victimes et leurs ayants droit ! Ceux-ci espèrent que le procès débute effectivement en 2020 peuvent, sur la base des éléments d'enquête, rediriger leurs regards vers la France pour trouver les possibles coupables.

 Le 4 novembre 2004, le président ivoirien d'alors, Laurent Gbagbo, lançait l'opération dignité pour la reconquête du nord occupé par des mouvements rebelles de Guillaume Soro. Mais en pleine opération, les aéronefs de l'armée de l'air ivoirienne ont été détruits au sol par l'armée française, arrêtant ainsi la progression fulgurante des militaires ivoiriens. L'on apprendra par la suite que ces Soukhoï 25 et MI-24 avaient auparavant bombardé un cantonnement de l'armée française à Bouaké. Commence alors l'affaire du bombardement de Bouaké.

 Le bilan de cette attaque est très lourd : 9 militaires français et un civil américain tués, ainsi que 39 blessés. Cependant, le procès qui doit s'offrir en France, devant permettre d'élucider cette affaire, tarde à démarrer. Et pourtant, un mandat d'arrêt international a été lancé contre des officiers ivoiriens et des mercenaires biélorusses, pilotes de ces avions.

 Par ailleurs, des officiels Français occupant de hautes fonctions au moment des faits, notamment Dominique de Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères puis Premier ministre, Michèle Alliot-Marie, ex-ministre de la Défense, et Michel Barnier, ancien ministre des Affaires étrangères, ont été entendus dans cette affaire. Mais ces auditions sont jusque-là restées sans une suite véritable.

 

L'on s'interroge également sur l'attitude des autorités françaises au lendemain du bombardement de Bouaké. « Qui sont les commanditaires ? Qui sont les donneurs d'ordre ? », s'interroge Lionel Béthune de Moro, Avocat des familles de victimes, avant d'ajouter : « Pour quelles raisons l'intégralité des mercenaires biélorusses qui pilotent et les mécaniciens qui ont été interpellés à la frontière togolo- ghanéenne le 13 novembre 2004 n'ont pas pu être interrogés, alors qu'ils ont été mis à la disposition des autorités françaises. »

 

Voici autant de zones d'ombre qui avait fait dire à l'ancien président Laurent Gbagbo qu'il s'agissait d'un complot fomenté depuis l'Élysée pour le faire tomber. La suite, on la connaît. L'ancien président ivoirien a été défait militairement lors de la crise postélectorale de 2010-2011 après des bombardements intensifs de l'aviation française sur la résidence présidentielle.

 

Mais celui qui semblait le coupable idéal aux yeux des autorités françaises ne l'est plus. Des enquêtes indépendantes de plusieurs médias, y compris françaises, mettent en cause les autorités françaises. Pour Spécial Investigation, les autorités françaises pourraient avoir manipulé les mercenaires engagés par l'armée ivoirienne pour cette opération.

 

Edwige, la mère d'un militaire décédé dans le Bombardement de Bouaké, affirme avoir été contactée par une personne prétendant être un des mercenaires engagés par l'armée ivoirienne. Cette personne se serait montrée disposée à diffuser des informations prouvant son retournement par la France. Ce dernier accuse les services français de l'avoir payé pour bombarder le camp français. C'est faute d'avoir perçu l'argent qui lui est dû qu'il aurait contacté la famille du disparu à qui il était prêt à envoyer les preuves.

 

Un ancien général français en gestion de ce dossier affirme dans l'enquête ses doutes sur une éventuelle responsabilité de Laurent Gbagbo dans ce bombardement de Bouaké. Enquête à suivre ci-dessous.

 

 

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