L e technocrate venu sauver l’économie ivoirienne, Alassane Ouattara, dirige la Côte d’Ivoire depuis 7 ans, sans jamais avoir été éligible. Son intérêt pour un 3e mandat fait ressurgir le débat sur son éligibilité. Ouraga Obou, l’auteur de la constitution de 2016, et Cissé Bacongo, son conseiller spécial, sont catégoriques. Alassane Ouattara n’est pas éligible en 2020 à cause du principe de «la continuité législative» contenu dans l’article 183.

 

Autrement dit, les dispositions contenues dans la Loi fondamentale de 2000 sont toujours applicables. Parce qu’elles se retrouvent exactement comme elles étaient dans l’ancienne constitution. L’article 35 de la constitution de 2000 dispose que «le Président de la République est rééligible une seule fois». Donc il ne peut briguer un 3e mandat. Cissé Bacongo lui, se demande même, «… d’où vient l’idée que le Président de la République va pouvoir se présenter ou chercher à se présenter. Dès lors que la constitution actuelle (2000) dit que le Président de la République est élu pour 5 ans renouvelable une seule fois, et que la constitution (votée en 2016) dit que le Président de la République est élu pour 5 ans renouvelable une seule fois». Comme on le voit, Alassane Ouattara n’est pas éligible conformément à sa propre constitution (2016).

 

L’histoire de l’inéligibilité d’Alassane Ouattara commence en 1995. Quand lui-même atteste que : «Le nouveau Code électoral ne me permet pas d’être candidat. Et comme je suis attaché à la légalité, il ne m’est pas possible de faire acte de candidature. Je ne veux pas violer la loi», (Cf. Jeune Afrique n°1812 du 28 septembre au 4 octobre 1995). En 1999, Konan Bédié qui avait succédé à Houphouët-Boigny, à sa mort en 1993, perd le pouvoir par coup d’Etat. Alassane Ouattara qui a promis à N’zuéba de «rendre la Côte d’Ivoire ingouvernable» et de «frapper son pouvoir moribond» ne sera pas «éligible pour occuper le fauteuil». Il ne montera pas sur le trône, en dépit de ce que la France lui affrète un avion présidentiel spécial, le fait précéder d’une note diplomatique adressée aux autorités ivoiriennes, l’annonce comme «le Président» de la Côte d’Ivoire. Le général Robert Guéi, contre toute entente, prend le pouvoir, y passe 6 mois, le temps de doter la Côte d’Ivoire d’une constitution et d’organiser la présidentielle de 2000. Pour faire acte de candidature à cette échéance, Alassane Ouattara fournit 25 pièces soit les 17 exigées, et 8 autres facultatives. Mais Tia Koné le déclare inéligible pour s’être «prévalu d’une autre nationalité», pour n’avoir «eu de cesse de se prévaloir de la nationalité voltaïque ou burkinabé avant et après son apparition en Côte d’Ivoire». A son secours, ses partisans, Soro Guillaume en tête, tentent un coup d’Etat le 18 septembre 2002. Ayant échoué, ils se constituent en ré- bellion. Le pays divisé en deux manque le rendez-vous de la présidentielle de 2005 pour celle de 2010. Alassane Ouattara est toujours inéligible. Laurent Gbagbo utilise alors ses pouvoirs exceptionnels de l’article 48 pour autoriser qu’Alassane Ouattara soit «exceptionnellement» candidat «uniquement» pour les élections de 2010. Occasion que la France et la rébellion attendaient pour enfin, porter «l’éternel inéligible» au pouvoir en Côte d’Ivoire. En 2015, Alassane Ouattara boucle un premier mandat grâce à la France et avec le soutien du PDCI. Mais il n’a pas eu le temps d’amender la constitution en son article 35 et est encore inéligible .