l’ affaire est connue de tous. le 11 mai dernier, au plus fort de la deuxième mutinerie qui a secoué la Côte d’Ivoire, des médias ont présenté des mutins brandissant des armes neuves, en réponse au chef d’Etat-major des armées, Touré Sékou, qui annonçait une offensive des Forces terrestres contre les militaires dissidents. Et là, tout le monde a su que des armes de tout calibre étaient cachées dans un domicile, contrairement aux usages.

 

Ce domicile appartient à un citoyen ivoirien, Souleymane Kamaraté Koné dit Soul to Soul. Plus encore, chef du protocole de Guillaume Soro, président de l’assemblée nationale. Quand la mutinerie se tasse, il est interpellé deux fois par la brigade de recherche de la gendarmerie nationale, mais relâché. Pour sa troisième convocation, longtemps après, il est placé sous mandat de dépôt et écroué à la maison d’arrêt et de correction d’abidjan. au motif de «détention, de cession d’armes de guerre et de munitions de première catégorie, ainsi que de complot contre l’autorité de l’Etat», selon le procureur de la République. Et voilà que de sa cellule, il crie au complot et dénonce une ingratitude de la part de ceux pour qui il soutient s’être «battu sans en mourir». Un de ses amis, moussa Touré, chargé de communication de Guillaume Soro, se fait son porte-parole: «il n’est pas le propriétaire de ces armes, il ne les a pas acquises, il ne les a pas gérées. sa maison a juste servi de lieu d’entreposage pour l’ensemble des Forces républicaines de Côte d’ivoire qui, sur ordre du président alassane Ouattara, ont lancé l’assaut pour déloger Laurent gbagbo du pouvoir. Ces armes n’ont pas été acquises par soul to soul, il n’en a pas les moyens».

 

Soit. mais «Nemo auditur propriam suam turpitudinem allegans» (nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude). Principe universel de de droit qui condamne Soul to Soul pour avoir accepté d’abriter l’arsenal militaire qui est à l’origine de son incarcération à la maca. Pour autant ! au regard du contexte général de la rébellion qui a balafré la Côte d’Ivoire depuis 2002 pour finir par installer alassane Ouattara au pouvoir, cette affaire ne concerne pas Soul to Soul seul. Cette quantité d’armes découvertes n’est qu’une infime partie dont un rapport de l’Onu indique que Soro Guillaume en détient 300 tonnes. En découvrant 7 tonnes d’armes chez Soul to Soul, il reste encore 293 tonnes d’armes disséminées sur le territoire ivoirien. Et les regards se tournent vers Soro Guillaume qui sait où elles sont cachées. Car c’est lui qui a assumé la rébellion et co-assumé la guerre posté- lectorale. Premier ministre, ministre de la défense, c’est lui qui dirigeait les opérations rebelles. Toutefois, à l’évidence, si Soro est coupable, Ouattara l’est aussi.

 

Car c’est pour lui que la ré- bellion a été faite. autant on ne peut pas dissocier Soro Guillaume de Soul to Soul, autant on ne peut pas dissocier alassane Ouattara de Soro Guillaume. l’ex-chef rebelle et l’actuel chef d’Etat sont comme le noyau et la mangue, ou encore la France et la tour Eiffel : c’est-à-dire indissociables ! de fait, nul n’est sans savoir les circonstances dans lesquelles le chef de l’Etat actuel est arrivé au pouvoir. Rappelons au souvenir que tout a commencé à Bouaké, en 2002, avec la rébellion armée des Forces nouvelles. C’est ce mouvement insurrectionnel dirigé par Soro Guillaume, qui a fini par ouvrir à Ouattara les portes du palais au bord de la lagune Ebrié en 2011. au plus profond d’une entente des plus parfaites, ils ont obtenu en renfort des armes de l’Onu (le pays était pourtant sous embargo décrété par cette même institution) parce qu’il fallait faire la guerre au président laurent Gbagbo. l’arsenal militaire composé d’aK 47, lance-roquettes et autres munitions, retrouvé dans une villa appartenant à Soul to Soul fait partie de cette dotation. Subséquemment, en mettant la pression sur Soro Guillaume, entreprise à gros risques pour lui, alassane Ouattara se fait hara-kiri. On sait bien que le président de l’assemblée nationale n’a clairement ni les moyens financiers, ni le ré- seau diplomatique et encore moins les hommes pour déstabiliser la Côte d’Ivoire. Il n’est que celui qui a revendiqué la rébellion au profit de Ouattara qui en a tiré tous les bénéfices. aujourd’hui, en s’en prenant au camp de celui qui l’a aidé à prendre le pouvoir, il agit comme s’il n’était pas avec Soro comme des siamois collés par le ventre. Il tente une opération dont il connait l’issue : le retour du bâton.

 

Va-t-il s’entêter à poursuivre à ce qu’il a commencé?