L’ édition 2017 de l’indice de gouvernance de la fondation Mo Ibrahim vient de paraître. Un document qui classe les performances des pays africains dans les domaines de la gouvernance, de l’économie, la justice et même à l’exposition au terrorisme.

 

Cette édition rapporte que la Côte d’Ivoire, le pays que nous connaissons bien parce que y vivant depuis belle lurette, a un «impressionnant effort» pour se situer à la 20ème place sur 54 pays. De quelle Côte d’Ivoire s’agit-il ?

 

En tout cas pas celle de Alassane Ouattara où après l’on s’enfonce dans le pays s’enfonce dans l’abîme année après année. En questionnant d’entrée de jeu les indicateurs de justice, d’économie, de société, voilà ce qui saute aux yeux au premier regard. Au niveau de la justice, c’est un drame que vit le pays. Les procès à forte audience sont soit politiques soit orientées. Une commission d’enquête installée par Alassane Ouattara luimême a établi des culpabilités dans les deux camps en conflit. Du point de vue de l’équité des procédures, il y a beaucoup à revoir. Depuis 2011, seuls sont poursuivis les personnes du camp Gbagbo. On a beau critiquer cette approche de ‘’justice des vainqueurs’’, mais ça ne pose aucun souci au pouvoir. Au contraire, on déroule le tapis aux sanguinaires du camp Ouattara en les nommant même à des hauts postes de responsabilité.

Depuis 2011, des prisonniers politiques, 293 selon l’Association des Femmes des prisonniers politiques et d’opinion de Côte d’Ivoire, 193, selon le secrétariat national du FPI chargé des affaires pénitentiaires, n’ont jamais eu la ‘’chance’’ de voir un avocat, a fortiori rencontrer un juge d’instruction. Alors qu’ils sont considérés comme des prévenus, c’est-à-dire des personnes bénéficiant de la pré- somption d’innocence. Depuis 2011, des personnes, parce qu’elles ont simplement témoigné leur estime pour Laurent Gbagbo, sont détenues dans des camps de torture connus ou cachés. Que dire des arbitrages au niveau du tribunal. Il suffit d’être en procès avec un membre du pouvoir et tu es sûr d’avoir perdu le procès.

 

Que dire des détenus qui sont en prison au-delà des peines fixées. Les cas plus flagrants sont ceux de Mme Simone Gbagbo et de Samba David. Au niveau politique, le constat se dégage clairement que le cadre de concertation pouvoiropposition est interrompu. Depuis belle lurette, le pouvoir ne considère même pas l’existence d’une opposition. A tel point que pour lui, l’alternance politique devra se faire entre membres de la coalition au pouvoir. C’est dans cette logique que les propositions de l’opposition pour des élections transparentes sont traitées comme de la serpillère. On comprend que le pouvoir ne daigne accorder une importance à la décision de la charte africaine des droits de l’homme de réformer la CEI. Le pouvoir ne s’offusque même pas que l’opposition n’ait pas participé à des scrutins importants tels que les législatives de 2011 et 2016, la présidentielle de 2015 et le référendum constitutionnel de 2016. Pourtant ce sont des baromètres de la dé- mocratie. On ne peut pas mettre entre parenthèses la répression de l’opposition, la spoliation des biens, le gel des avoirs des citoyens ivoiriens acquis après plusieurs années de dur labeur, et le maintien en exil d’Ivoiriens. Du point de vue de l’économie, on ne peut pas occulter les affaires qui puent la corruption quant à la passation des marchés publics. Ces marchés de gré à gré toujours dénoncés par l’Autorité nationale de régulation des marchés publics, mais qui continuent à prospérer, avec des conséquences visibles : les voies dégradées plus tôt que prévu, des édifices publics qui s’effondrent alors que l’on vient de procéder à leur inauguration etc. Peut-on parler de bonne gouvernance quand la dette exté- rieure croît de manière exponentielle et que l’on veuille nous faire croire que c’est un «endettement intelligent». Que dire de la dette intérieure que l’on refuse de payer parce que les travaux ont été exécutés sous Laurent Gbagbo. Alors qu’un audit mené par une structure de l’Etat a confirmé la validité.

 

«C’est de la gabegie», soutient même Alassane Ouattara. Peut-on parler de bonne gouvernance quand on met dans la constitution que celui qui est à un haut niveau de responsabilité n’est pas obligé de déclarer ses biens. Ce qui induit que Ouattara n’est pas obligé de dé- clarer son budget de souveraineté. Et quand la presse lève le lièvre, cela soulève un tollé gouvernemental. Peut-on parler de bonne gouvernance quand ce sont les populations d’une même zone régionale qui sont nommées à presque tous les hauts postes de responsabilité et qui sont admises à tous les concours publics. Quand bien même cela crève les yeux, ce n’est pas une gêne pour le pouvoir. Au niveau social, c’est la catastrophe. L’accès aux soins médicaux, à l’école, à l’emploi relève de la sinécure. Le plateau sanitaire laisse à désirer à tel point qu’il faut réfléchir par deux fois avant de conduire un parent à l’hôpital. A l’école, ce sont des frais annexes qui viennent grever les frais d’inscription déjà exorbitants et personne n’a le droit de se demander pourquoi cela se fait. En témoignent la bastonnade et l’emprisonnement des étudiants qui ont juste réclamé une information sur les frais annexes dans le public alors que le pouvoir clame haut et fort que l’école ivoirienne est devenue gratuite et obligatoire. La vie chère déstabilise les mé- nages, la délinquance est à chacun de nos coins de rue, la bourgeoisie présidentielle s’engraisse, à côté des copains, des coquins, des intrigants, une forte partie de la population croupit dans la misère la plus humiliante, l’Ecole ivoirienne bidouille, forme à qui mieux mieux, la vulnérabilité des vies et des biens face à la forte dé- linquance est à son apogée. Bref, la société ivoirienne est dans le sens de la pente. Nous vivons ce que l’écrivain nigérien Wole Soyinka appelle : «une saison d’anomie». En quoi la Côte d’Ivoire a-t-elle fait un effort impressionnant ? En moins que la fondation Mo Ibrahim ne juge maintenant en l‘envers .