Des cas d’enlèvements et de disparition d’enfants, la Côte d’Ivoire en a déjà connus par le passé. Suite à la ré- bellion de 2002, les crimes rituels se pratiquaient dans la zone rebelle. Les médias internationaux, qui y avaient accès et qui filmaient certaines séquences, se gaussaient de ces pratiques supposées rendre invincibles contre les balles. Mais depuis 2015, l’on assiste, dans cette nouvelle Côte d’Ivoire, à une recrudescence des crimes rituels commis sur des enfants mineurs. Le 25 janvier 2015, la télévision ivoirienne a diffusé les aveux d’un certain drissa Coulibaly qui avait tenté d’enlever et tuer deux enfants à Niangon Lokoa, dans la commune de Yopougon.

 

«On m’a demandé de couper la tête pour aller pré- senter», avait-il déclaré. Et chaque jour, les Ivoiriens se réveillaient avec des informations d’enfants enlevés ici et là. L’on se rappelle que l’Unicef était monté au créneau, en janvier 2015, pour tancer le gouvernement ivoirien sur son incapacité à endiguer ce fléau qui enregistrait déjà, en moins de deux mois, la disparition de 21 enfants.

 

«La plupart des enfants enlevés ont été retrouvés morts, mutilés, dé- capités ou sans leurs organes génitaux», confirmait, en son temps, le directeur général de la Police nationale. Plus précisément, en février 2015, la presse dénombrait 25 cas d’enfants retrouvés morts après avoir été mutilés et vidés de leur sang.

 

Le gouvernement était monté au créneau et avait promis des mesures vigoureuses pour endiguer le phénomène. Sans l’avouer ouvertement, beaucoup d’Ivoiriens ont vite fait le lien entre ces drames et la Coupe d’Afrique des Nations de football que la Côte d’Ivoire a d’ailleurs remportée sans avoir particulièrement brillé. Tout comme en ce moment, ils font le lien avec les joutes électorales. de fait, depuis le mois de janvier dernier, ce sont huit cas d’enlèvements ou de disparitions d’enfants qui ont été enregistrés en Côte d’Ivoire dont trois cas de décès dus à des morts violentes par arme blanche ou par strangulation. C’est ce que rapporte le Conseil national de sécurité. En fait, ce sont les cas connus.

 

Dieu seul sait combien de cas n’ont pas été signalés aux forces de l’ordre. Les cas Traoré Aboubacar Sidick dit Bouba, âgé de 4 ans, enlevé à Williamsville et retrouvé mort à Angré, et Ghahou Hermine Chancelline, 14 ans, élève en classe de 5ème au Lycée moderne de M’Bahiakro, ont été les plus médiatisés. Il ne faut pas aussi occulter les cas d’enfants enlevés et retrouvés plus tard parce que ne répondant certainement pas aux ‘’critères’’ requis par le rituel. Les abonnés aux réseaux sociaux ont dû constater que leurs pages se noircissent de photos d’enfants disparus. Pour le moins quarante cas de disparition d’enfants ont été publiés sur Facebook. Comment alors les Ivoiriens ne peuvent-ils pas être consternés, stupéfaits, indignés, révoltés !

 

Il n’y a pas de mots suffisamment forts pour traduire leurs sentiments de colère qui ne cessent de s’emparer d’eux. Où va la Côte d’Ivoire de Ouattara avec ces crimes rituels qui endeuillent des familles et qui créent la psychose chez les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer. Car ce sont invariablement les mêmes déclarations gouvernementales que l’on sert. En 2015, le ministre de l’Intérieur d’alors avait annoncé la mobilisation de 1500 policiers et militaires pour «patrouiller dans les zones hautement criminogènes». Aujourd’hui, en 2018, ce même régime parle de «détermination à combattre tous ces crimes inacceptables», assurant les populations de ce que «tous les moyens matériels et humains sont mis en œuvre pour faire la lumière sur ces événements malheureux». L’on nous annonce les interpellations de 73 personnes : 4 à Soubré, 50 à Bloléquin et 19 à M’Bahiakro. des personnes interpellées qui seront «poursuivies conformément à la loi», rassureton.

 

Mais les Ivoiriens doutent légitimement des suites de ces arrestations au regard du cas précédent drissa Coulibaly. Car pour l’Ivoirien lambda, ces crimes ne seraient pas seulement l’œuvre de pauvres hères en quête de fortune, mais de gens au faîte du pouvoir, des gros bonnets en somme, à la recherche d’une ascension politique et sociale toujours plus fulgurante. On apprend de source policière que l’assassin de Bouba aurait cité le nom d’une haute personnalité du pays qui serait le véritable commanditaire de ce crime odieux. Vrai ou faux ? Là n’est pas la question. Pour les populations qui réclament justice et qui attendent des autorités des mesures concrètes de protection des enfants au-delà des discours politiques, qu’importe que l’assassin du petit Bouba ait agi pour son propre compte ou sous les ordres d’un commanditaire tapi dans l’ombre. Tous les coupables, quel que soit leur rang social doivent répondre de leur actes. C’est ce message sans équivoque que les Ivoiriens veulent véhiculer. La Côte d’Ivoire de Ouattara fait vraiment peur. Les assassinats et enlèvements d’enfants devraient interpeller la société ivoirienne dans toutes ses composantes et inviter les uns et les autres à une plus grande responsabilité individuelle et collective.