Rencontre entre deux anciens copains devenus de farouches ennemis qui se retrouvent à nouveau pour envisager une nouvelle marche ensemble. Ainsi se résume l’actualité de la Haye, ce dimanche 24 novembre 2019 où l’on a assisté à la visite de l’ex-président de l’Assemblée nationale, ancien leader de l’ex-rébellion, Guillaume Soro, à Charles Blé Goudé, ministre de la Jeunesse du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo et ex-leader de la Galaxie patriotique en Côte d’Ivoire. 

C’est accompagné d’une forte délégation que l’ancien Secrétaire général de la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire (Fesci) a rencontré son vieux copain et ex-successeur en résidence sous condition à la Haye après sa comparution devant la Cour pénale internationale pour des faits liés à la crise post-électorale de 2010 – 2011. Charles Blé Goudé également était entouré de proche à l’instar de son directeur de cabinet, Diaby Youssouf, ou de son camarade de lutte Richard Dacoury en exil depuis la fin de la crise post-électorale. 

Accolades, chaudes empoignades, Guillaume Soro et Blé Goudé, main dans la main, témoignaient ainsi, aux yeux du monde, qu’ils ont tourné la page des adversités qui les ont opposés pendant presqu’un décennie en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, après le huis-clos qu’il a eu avec son hôte du jours, c’est le message que va partager, autour d’une table avec leurs délégations, l’ancien Premier ministre et ex-président de l’Assemblée nationale déchu qui a décidé de jouer sa carte politique. 

 

« La réconciliation commence à la Haye »

 

Guillaume Soro, qui a fait de la réconciliation de la Côte d’Ivoire son cheval de bataille, a traduit ainsi le sens de sa visite à Charles Blé Goudé. « Pour nous, au delà de votre personne, c’est la Côte d’Ivoire que nous regardons. Pour la Côte d’Ivoire et les générations à venir, il est bon que nous venions, de façon symbolique, vous saluer et souhaiter que vous rentrer en Côte d’Ivoire, participer à la réconciliation ». 

A propos, le président de Générations et peuples solidaires (Gps) a voulu que l’on ne fasse pas de confusion entre sa visite au président du Congrès panafricain pour la Justice et l’Egalité des Peuples (Cojep) et les prochaines élections présidentielles auxquelles il s’est déclaré candidat. « Ce n’est pas des élections que je suis venu chercher. Je suis venu vous voire pour qu’ensemble on construise, on bâtisse ensemble la nation ivoirienne. Cela est plus important que les préoccupations personnelles et nos ambitions personnelles. Au delà de ça, il y a une nation à construire, il y a une réconciliation à bâtir. Je suis venu, parce que je sais que vous pouvez jouer un rôle éminemment important », a lâché l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, puis de Ouattara pendant la crise post-électorale. `

Charles Blé Goudé, lui, ne fera pas de déclaration publique. Toutefois, avec un air très décomplexé, il traduisait ainsi, son adhésion au discours de son vieux copain retrouvé après d’énormes péripéties qui les ont séparés. Sur un mot de Guillaume Soro demandant d’ « inonder Abidjan avec des images » pour « montrer que la réconciliation est en marche », il ajoutera avec assurance : « Ça commence à la Haye ». 

 

Des assises politiques nationales réclamées

 

Au terme de cette visite, le communiqué final a résumé cette visite placée sous le signe de « la recherche de la paix et de la réconciliation ». 

Dans ce communiqué, les deux leaders ont salué la mémoire de toutes les victimes des récentes crises et présenté des condoléances à leurs familles en exprimant leur compassion et leur solidarité au peuple de Côte d’Ivoire pour les traumatismes et les préjudices subis pendant ces crises. Aussi, se sont-ils engagés à œuvrer à une réconciliation sincère et non propagandiste, une réconciliation qui « doit se nourrir de vérité et de repentance ».

Guillaume Soro et Charles Blé Goudé ont souligné la nécessité de privilégier le dialogue et la concertation dans la résolution de tous les conflits pouvant subvenir dans la marche de la Côte d’Ivoire. Aussi, ont-ils lancé un appel au pouvoir d’Abidjan pour l’organisation d’assises politiques nationales en vue de vider tous les passifs de la récente crise. Allusion faite aux conflits de 2010 -2011 pour que « toutes les filles et les fils de la Côte d’Ivoire se retrouvent au chevet de la mère-patrie ».