«Si on libère Gbagbo, nous les Ivoiriens, nous faisons quoi ?»

«Si on libère Gbagbo, nous les Ivoiriens, nous faisons quoi ?»

Dans une interview qui couvre deux grandes pages dans l’édition

d’hier du quotidien ‘’Le Patriote’’, le chanteur reggae,

Tiken Jah Fakoly revient triomphalement sur la scène. Bien

sûr pour parler de musique,mais aussi de politique pour

mériter - pourquoi pas ? –

 

L’étiquette de leader d’opinion qu’il revendique. il évoque avec

beaucoup d’amertume les revendications financières des

«militaires» qui ont porté Ouattara au pouvoir.

Selon lui tous ces mouvements d’humeur sont de nature à freiner

«l’élan» qu’a pris la Côte d’ivoire sous le régime d’Alassane

Ouattara. il plaide donc afin qu’il n’en soit pas ainsi.

Autre sujet qu’il aborde, c’est l’unité africaine et les grands

noms qui ont marqué la lutte pour la souveraineté du continent.

Parmi ses modèles, il cite Patrice Lumumba, Kwame

nkrumah, Thomas Sankara, Haïlé Sélassié, Sékou Touré,

Modibo Kéita et Léopold Sédar Senghor. Ces pères des indépendances

africaines auraient eu l’idée de créer les Etats-Unis

d’Afrique dans les années 1960 qu’ils auraient réussi parce

qu’ils «n’avaient pas encore pris goût au pouvoir», pense Tiken

Jah.

Toutefois la star du reggae a la conviction de connaitre les

vraies raisons de ce rêve brisé.«Les gens avaient des intentions,

mais ils ont été combattus par les amis de l’ancien colonisateur

», révèle-t-il. Ensuite, il exprime sa tristesse face au

«chacun pour soi» de leurs successeurs qui ne montreraient

pas leur capacité, selon lui, à construire l’unité africaine dont

les devanciers avaient posé les jalons.

 

Et, ramenant cet individualisme au plan ivoirien, il constate : «Il

y a des gens dont le programme de gouvernement est

de libérer Gbagbo», avant d’interroger : «Si on libère Gbagbo,

nous les Ivoiriens, nous faisons quoi ?». Bref, il considère que

Laurent Gbagbo est là où il mérite d’être parce qu’il est, avec

Blé Goudé et Simone Gbagbo, l’auteur de la crise ivoirienne.

Pour être honnête, il faut reconnaitre à l’interview de Tiken Jah

d’avoir le mérite de mettre fin à la rumeur véhiculée souvent sur

les réseaux sociaux et qui voudraient que le chanteur de reggae,

après avoir soutenu la guerre de la rébellion contre la

Côte d’ivoire, soit déçu des performances de Ouattara à la tête

du pays et qu’il réclamerait, au nom de la réconciliation, la libération

de Laurent Gbagbo et de tous les autres prisonniers politiques.

L’autre mérite, et non des moindres, c’est l’étalage de

la parfaite ignorance du combat de Laurent Gbagbo par Tiken

Jah.

Le chanteur se veut partisan de la souveraineté du continent

et, pour cela, aligne souvent les noms des grands

combattants africains dans ses chansons et interviews, mais fait

piètre prestation lorsqu’il s’agit des contemporains. il transpire

d’admiration pour les pères des indépendances africaines tels

que Patrice Lumumba et Kwame nkrumah, mais que

sait-il vraiment de leur combat ?

 

Puisqu’il ne peut savoir que Laurent Gbagbo se trouve à

notre époque dans le rôle qui était le leur tandis qu’Alassane

Ouattara, dont il a depuis toujours épousé et promu la cause,

est précisément dans celui «de l’ami de l’ancien colonisateur».

Que Laurent Gbagbo est en prison non pas parce qu’il a commis

des tueries, comme le prétend Tiken Jah, mais parce

que justement les amis d’Alassane Ouattara ont décidé de

l’éloigner afin que celui-ci gouverne en toute tranquillité. Or

malheureusement pour Alassane Ouattara, la déportation

de Gbagbo n’a pas produit le résultat escompté. Aujourd’hui,

l’ex-rébellion est déchirée par une guerre de positionnement

sur fond de succession à la tête du pays. Les ex-rebelles tournent

dos au chef de l’Etat qu’ils ont contribué à installer et font

trembler les fondements du régime afin de frayer davantage le

chemin à Soro Guillaume dans sa marche vers le pouvoir.

 

De plus, le seul vrai allié politique du groupe de soutien d’Alassane

Ouattara, le PDCi, comprend peu à peu que le partage

du butin, qui les avait tous unis dans la fronde contre Laurent

Gbagbo, ne se fait désormais qu’à l’aune de longs couteaux,

et veut sans plus attendre prendre ses distances. Tout ceci, il

faut le rappeler à Tiken Jah, en l’absence de Laurent Gbagbo.

C’est vrai que pour les besoins de ‘’la cause’’, le chanteur a

souvent massacré l’histoire du peuplement de la Côte d’ivoire

en évoquant des dates qu’il colle à des flux migratoires imaginaires,

mais de grâce, à l’exercice de vouloir réécrire celle

que construisent ceux qui sont encore vivants, il devrait renoncer.