Jean Gervais Tcheidé croupit abusivement à la Maca

Jean Gervais Tcheidé croupit abusivement à la Maca

Jean Gervais Tchéidé, président du Comité d’organisation de la marche pacifique de protestation d’’’Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté’’ (EDS, coalition de partis et mouvements d’opposition) étouffée le 22 mars dernier, est maintenu en prison depuis ce jour. Interpellé et écroué avec 21 autres personnes, selon les chiffres de l’Association des Femmes et Familles des Détenus d’Opinion de Côte d’Ivoire (AFFDOCI) de Désirée Douati, il a été empê- ché de sortir de prison alors que la peine de 12 jours qui lui a été infligée par le juge couvrait largement sa dé- tention de 15 jours. Il est désormais accusé de «Gé- nocide, financement de bandes armées, pillages, viols en groupes, violences et voies de fait». C’est de sa cellule de la MACA, au moment de sa libération pour les 15 jours gratuits passés en prison, qu’il a appris qu’un mandat d’arrêt clandestin émis depuis 2013, c’est-à-dire depuis plus de cinq ans à son insu, venait d’être retrouvé par le régime d’Alassane Ouattara. L’immense surprise de cette accusation grotesque et provocante pour maintenir Tchéidé en prison dé- coule d’abord du fait que Jean Gervais Tchéidé, en tant que président du Comité d’organisation de la marche du 22 mars 2018, était l’interlocuteur privilégié des autorités ivoiriennes. Il a été reçu, du lundi 19 au mercredi 22 mars, par les hautes autorités policières du pays. C’est d’ailleurs à lui que le décret illégal d’interdiction de cette marche a été remis hors délai, à 19h, la veille de la marche programmée pour commencer à 7h30.

 

Mais il y a pire. Pour le meeting d’EDS du 17 mars 2018 à la Place CP1 de Yopougon, C’est Tchéidé qui a effectué toutes les démarches lé- gales pour sa tenue. De plus, l’homme n’est pas à sa première mission auprès des autorités policières du pays. En tant qu’organisateur des manifestations de l’opposition dans les alliances successives de la Coalition nationale du Non (CNC) et du Front du Refus (FDR) contre la constitution de 2016, Jean Gervais Tchéidé a toujours fait partie des délégations d’organisateurs reçus. Faut-il signaler qu’avant cela, dès la fin de la guerre de la France pour imposer Ouattara à la Côte d’Ivoire, Tchéidé était des différentes délégations FPI de feu Sylvain Miaka Ouretto pour renouer le dialogue avec Ouattara pour la réconciliation nationale. Enfin, Jean Gervais Tchéidé, qui n’a jamais été en exil, a régulièrement demandé et obtenu son visa de sortie du pays, s’est rendu à La Haye, au nom du peuple Wê dont il est issu, pour rencontrer le président Laurent Gbagbo dans sa prison de la Cour pénale internationale (CPI), aux Pays-Bas, en passant par la France. Durant tout ce temps, aucune autorité policière n’avait pu lui signi- fier l’existence d’un mandat d’arrêt contre lui, sur des accusations aussi gravissimes que le «génocide» ! Mais, sur les raisons profondes de la sortie de mandant d’arrêt clandestin et malhonnête, personne n’est dupe. Depuis quelque temps, les soutiens internationaux et partisans locaux d’Alassane Ouattara sont convaincus que leur poulain installé par les armes ne vaut rien. Il a échoué sur tous les plans. Les Ivoiriens ne sont pas réconciliés. Le pays est de nouveau surendetté et les populations meurent de fin et de maladie. Coupeurs de route, dozos et ‘’microbes’’, ses miliciens utilisés dans la guerre et abandonnés dans la nature égorgent, tuent, volent et violent.

 

Les rebelles déversés dans l’armée pour la polluer et ceux démobilisés sans sou font le feu pour se faire payer ou attendent la moindre petite occasion pour se faire en  tendre par Ouattara. En raison de tant de maux causés par Alassane Ouattara, soupçonné par ses propres partisans de vouloir briguer un troisième mandat d’enfer pour les Ivoiriens, la grogne monte sans frein en Côte d’Ivoire. Et la plateforme EDS, créée il y a à peine un an, capitalise tous les espoirs d’un changement rapide et démocratique du régime. Alors, l’organisation de la marche de protestation du 22 mars dernier conduite par les soins de Tchéidé a ouvert les yeux de ce régime que beaucoup qualifient de dictatorial d’Abidjan aux abois. Ouattara et son clan tribal (comme l’a souligné le nonce apostolique) promus par sa politique de «rattrapage ethnique» revendiquée décident de prévenir d’autres actions de l’opposition significative sur le terrain. D’où la publication de ce mandat d’arrêt clandestin, plus de cinq ans après son émission ! Des magistrats sont déjà trouvés pour l’appliquer et Tchéidé a été remis sous mandat de dépôt. C’est une habitude du ré- gime de Ouattara qui consiste à actionner la justice pour abattre les adversaires politiques. De nombreux prisonniers d’opinion en ont été victimes. Mais le cas de Douyou Nicaise dit Samba David, pré- sident de la Coalition des Indignés de Côte d’Ivoire, reste d’école. Arrêté en septembre 2015 pour “troubles à l’ordre public“, il a été maintenu en prison le jour de sa libération après avoir purgé sa peine de 6 mois ferme, pas dans un pénitencier, mais à la DST, cette structure que Désirée Douati qualifie de «camp de torture» pour d’autres délits clandestinement sortis. Avec le cas Jean Gervais Tchéidé, il est désormais établi que le danger plane en permanence sur la tête de tous les opposants non corrompus du régime Ouattara. A tout moment, un sale mandat d’arrêt clandestin peut être brandi pour refroidir les ardeurs de tout opposant trop entreprenant, si ce n’est pour le refroidir tout simplement. Attention, danger !