L a phase de la plus récente phase du procès Gbagbo/Blé Goudé à la CPI devait s’arrêter pour une pause le 8 dé- cembre 2017, après l’audition du dernier témoin à charge appelé par la procureure. Mais le 6 décembre, le président de la Chambre de Première Instance I de la CPI qui juge le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé a annoncé la pause. Le magistrat italien Cuno tarfusser a finalement annoncé que le procès reprendra le 17 janvier 2018 avec le dernier témoin de l’accusation, avant que les témoins à dé- charge ne commencent leurs dépositions, à l’appel des avocats défenseurs. Pour cette phase qui va commencer, ce sont les avocats du président Gbagbo et du ministre Blé Goudé qui feront défiler les témoins, les interrogeront d’abord avant que l’accusation n’intervienne en contre-interrogatoire. Mais pourquoi ce procès contre le président Laurent Gbagbo et le ministre Blé Goudé?

 

La réponse à cette question est connue : le président Gbagbo est accusé, avec Charles Blé Goudé, de «crimes contre l’humanité, crimes de guerre, traitements inhumains» et autres. Dans le jargon de la CPI, cela veut dire que pour Ouattara et ses soutiens, Laurent Gbagbo, une fois élu président de la Ré- publique en 2000, a passé son temps à élaborer «un plan commun pour exterminer les dioulas, les musulmans, les étrangers et les partisans d’alassane ouattara pour conserver son pouvoir».

 

Selon la procureure agissant pour le compte d’Alassane Dramane Ouattara et ses soutiens, notamment Nicolas Sarkozy, «dans l’exécution de ce plan commun, laurent gbagbo a mis en place une organisation criminelle qui a commis des crimes dans lesquels sa responsabilité personnelle est engagée». Alors, à ce procès de la CPI, Mme Bensouda s’attelle à démontrer, pour le compte de Ouattara et Sarkozy, qu’il y a eu le plan commun, qu’une organisation criminelle a été clairement montée, avec les animateurs bien identifiés, et que et que les crimes contre l’humanité et autres traitements inhumains ont été effectivement commis sur les victimes présumées, ciblées. Pour démontrer tout cela, la procureure Fatou Bensouda et son bureau ont fait croire que l’ «organisation criminelle» a massacré, principalement, «des dioulas, des musulmans, des étrangers et des partisans d’alassane ouattara lors d’une marche pacifique sur la Radiodiffusion télévision Ivoirienne, RtI», le 16 décembre 2010 ; «six ou sept femmes dioula, musulmanes, étrangères et partisanes de ouattara lors d’une autre   marche pacifique à abobo, par des tirs d’obus provenant de chars militaires», le 3 mars 2011 ; «des dioulas, des musulmans, des étrangers et des partisans d’alassane ouattara par des tirs d’obus sur le marché siaka Koné d’abobo», le 16 mars 2011. Suite à la déportation illégale du président Gbagbo à la CPI, la procureure s’attelle à apporter les preuves de ses accusations, à commencer par la séance de confirmation des charges. Or, déjà à cette audience de confirmation des charges, Mme Bensouda a présenté, entre autres idioties, une vidéo kenyane ramassée sur internet et déjà diffusée sur la télévision française France 24 par la citoyenne voirienne Bamba Ma Sogona, alors chargée d’information du RDR. Pour le compte de Ouattara, cette dame avait pré- senté la victime de la vidéo kenyane comme étant

 

«un dioula, étranger, musulman ou partisan de ouattara» brûlé vif en Côte d’Ivoire par Laurent Gbagbo.

 

Les avocats de la dé- fense du président Gbagbo ayant révélé que la terrible scène venait du Kenya, la procureure a retiré sa vidéo, toute honte bue. Alors, au lieu de libérer le président Gbagbo suite à ce honteux scandale et à d’autres insuffisances dans le dossier de l’accusation, la CPI s’est limitée à déclarer les preuves de l’accusation insuffisantes pour mériter un procès. elle a malgré tout demandé à la procureure de retourner en Côte d’Ivoire «pour compléter ses preuves».

 

Pour la première fois au monde, une justice se comportait ainsi comme un vulgaire coffre-fort pour garder un être humain contre lequel les griefs retenus ne tiennent pas, pour demander à ses ennemis d’aller chercher plus des preuves ! en février 2013, les charges ont été finalement confirmées.

 

 

C’est dans cette folie judiciaire que le procès contre Laurent Gbagbo se tient depuis le 28 janvier 2016. entretemps, Charles Blé Goudé a été arrêté au Ghana, extradé, torturé pendant des mois en Côte d’Ivoire et transféré lui aussi à la CPI pour les mêmes accusations. et les deux dossiers ont été joints. Au début de ce procès, Fatou Bensouda avait annoncé 138 témoins à charge pour établir les preuves du «plan commun» et de «l’organisation criminelle» montés par le pré- sident Gbagbo. Chemin faisant, 57 témoins ont été abandonnés, soit retirés, soit en fuite, ou alors refusant de témoigner. Sur les 81 té- moins restant à auditionner, 73 ont été publiquement entendus. Le dernier témoin à charge, le 74ème à entendre publiquement, est annoncé pour le 17 janvier 2018. Cela sous-entend que, finalement, 7 autres té- moins ont été entendus soit clandestinement, soit par écrit ou peut-être même pas du tout ! Voilà où on en est, après une longue année de procès. Mais quel est le résultat de tout cela ? un simple constat s’impose : en attendant le dernier témoin à charge annoncé pour le 17 janvier 2017, la procureure et son bureau, au désarroi de leurs mandants, notamment Sarkozy et Ouattara, rencontre une série de problèmes : Après une longue année de procès, il n’y a aucune trace ni du «plan commun» ni de «l’organisation criminelle» que le Président Gbagbo est sensé avoir mis en place pour commettre des crimes. De plus, les crimes mêmes allégués sont frappés d’un grand doute : - aucune trace d’obus sur le marché Siaka Koné d’Abobo. Ce marché sensé avoir été bombardé par des tirs d’obus a été décrit comme une cible curieusement intacte. Ce sont des experts commis comme témoins par la procureure de la CPI pour accabler Laurent Gbagbo qui l’ont confessé. Ils n’ont pas vu de trace d’obus au marché Siaka Koné ; - aucune trace d’obus à la place où les victimes de la marche des femmes d’Abobo sont sensées avoir été massacrées. De plus, les grands chefs des commandements militaires à l’époque des faits ont tous déclaré à la CPI que leurs hommes n’ont jamais été à la prétendue marche des femmes à Abobo ; - Pis, les os de ces ‘’femmes’’ déterrés pour analyses ont révélé que ce sont des os d’hommes. explications : des femmes marchent, Gbagbo les fait tuer par des obus, on enterre les corps de ces femmes. et quand, pour les besoins de preuves, on déterre ces femmes victimes et qu’on prend leurs os pour analyses, la science montre que ce sont des os d’hommes ! Plus bizarre, à l’endroit où ses femmes ont été tuées par des obus, on ne trouve aucune trace d’obus. Mais les experts de Bensouda sont allés plus loin, ils ont voulu voir si des femmes dé- clarées ont été effectivement massacrées à Abobo.

 

Le RDR a alors présenté des gens comme étant leurs «mères, pères, frères ou sœurs», tous effectivement «dioula» et RDR. On a fait leur test d’ADN. Résultat : les femmes déclarées tuées n’ont aucun lien de parenté avec leurs prétendus parents vivants. Pis, certains os soumis au test d’ADN proviennent de cadavres appartenant à des «garçons» morts trop longtemps avant la crise postélectorale de 2010-2011. Sur la marche du 16 décembre 2010 sur la RtI, tous les militaires et les grands généraux trimbalés à la CPI comme témoins à charge ont déclaré que la marche n’était pas paci- fique : «C’était bien une marche armée ordonnée par le chef des rebelles, guillaume soro Kigbafori, pour le compte de M. ouattara. Ce sont ces rebelles lourdement armés qui ont tiré sur les Forces de défense et de sécurité (Fds), tuant de nombreux éléments surpris, et l’armée régulière attaquée n’a fait que riposter». enfin, concernant la responsabilité personnelle du président Laurent Gbagbo, tous les militaires et leurs grands chefs, convoyés comme témoins à charge, ont solennellement déclaré à la CPI, et devant le monde entier : «laurent gbagbo n’a jamais donné d’ordre de tuer» ; «laurent gbagbo n’a même pas été capable de nous donner des munitions pour nous défendre» ; «l’armé de Côte d’Ivoire n’avait pas de minutions. C’est la raison pour laquelle nous avons déserté tous les fronts de combat pour nous replier sur abidjan» ; «le président gbagbo a refusé de déclarer abobo zone de guerre alors que nous avions besoin de cela pour faire face aux rebelles du Commando invisible qui y tuait nos hommes», etc. A ce stade des débats, le constat est net que presque tous les témoins à charge ne font que déposer à décharge et blanchir le président Gbagbo. Par contre, la procureure et son bureau éprouvent tout le mal du monde à établir avec clarté les preuves de leurs accusations. Après 73 témoins entendus, Laurent Gbagbo demeure innocent. Pis, presque tous ces témoins à charges sont devenus hostiles une fois assis dans le prétoire à la CPI, devant les juges, et surtout face à l’immense et intègre Laurent Gbagbo ! Alors, question : Quelles preuves Fatou Bensouda peut-elle obtenir du 74ème et dernier témoin, le 17 janvier ? Qui vivra verra