La Côte d’Ivoire vit une profonde crise.‘‘Nulle n’a le droit
d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un peuple sans âme !’’ Pensée culte du célèbre journaliste africain qui écrit lui aussi l’une des plus belles pages de la Radio France internationale, Alain Foka. Paraphrasée, elle nous guidera tout au long du récit témoignages de plusieurs acteurs à travers des écrits qu’ils soient des organisations nationaux et internationaux de défense des libertés, ou des voix venues tout droit de quelques officines Parisiennes.

Plusieurs témoins de Paris en passant par Abidjan et ailleurs nous replongent dans les cendres d’une profonde division entre ivoiriens qui tarde à se refermer. Sur les traces d’une guerre ou crise bien pensée depuis 1999 avec quelques témoignages dont ceux révélateurs de Jean-Christophe Notin, un de ces français les plus présents dans la connaissance des rapports coulissants entre Paris et Abidjan.C’est loin d’un conte comme à la claire lune de ces soirs africains.C’est l’histoire réelle de la vie sociopolitique de la Côte d’Ivoire avec des acteurs biens connus.
Retour dans le champ de mines d’une crise depuis 1999…

Le coup du général sur les bords de la Lagune Ebrié Le 23 décembre 1999. La France et la Côte d’Ivoire sont fort entrelacées
en dépit des secousses qui affectent la plupart des voisins
ivoiriens. Difficile au début d’en savoir plus, raconte Notin avec Le Crocodile et Le Scorpion’’ ; des hommes en armes circulent dans la ville-Abidjan. Ce jour là à paris, Jacques Chirac es à Taroudant, son Premier ministre Lionel Jospin est en Egypte.
Et Abidjan ? L’ambassadeur à Abidjan Francis Lott, est le mieux placé qui rapporte que le président ivoirien, Henri Konan Bédié, l’a rassuré à plusieurs reprises ‘’il ne s’agit que d’une mutinerie. Ainsi celui-ci croit-il pouvoir se donner une nuit de réflexion qui finit par ressembler à celle des Longs Couteaux.A 2heures 30, le palais est aux insurgés ; à 4 heures, l’aéroport tombe. En Côte d’Ivoire, cela toujours le signal d’alarme déclame-t-il.

Le lendemain, Bédié, suivi par une trentaine des seins, mais lâché par sa garde personnelle, vient demander refuge à l’ambassade de France après avoir échoué à négocier.Il réclame un ‘’aide logistique’’pour ‘’rétablir la légalité constitutionnelle’’.Une journée aurait donc suffi pour rayer d’un trait quarante ans idyllique ? Parce que les putschistes, s’avèrent pour la plupart d’anciens de MINURCA-mission des nations unies en République centrafricaine, qui ont cédé à la colère de ne pas avoir été payés, la tentation pourrait exister de ne voir dans le renversement de l’héritier de Félix Houphouët-Boigny qu’une poussée de colère corporatiste,voire le seul rejet de la personne de Bédié. D’aucuns y céderont se voilant la face sur une vraie situation d’un pays en réalité en crise larvée depuis une dizaine d’années. Le putsch sanctionne de fait avec six ans de retard la fin de l’houphouëtisme, même si ses errements en avaient été volontairement gommés.

Le ‘‘vieux sage’’, n’a pas été une main de fer dans un gant de velours,mais une main de velours,qui lui sert à payer toutes les ethnies,dans un gant de fer, qui réprime les oppositions sévèrement,et sans réaction de Paris, comme en 1963, à l’intérieur du parti unique, le Parti démocratique de
Côte d’ivoire-PDCI, ou en 1970,lors de’ la révolte des bété, une ethnie du centre-ouest, (les chiffres de victimes fluctuent de quelques centaines à plusieurs milliers, qu’il faut toutefois mettre en face de celles qui sont de la responsabilité
du leader étudiant, Gnagbé Kragbé).User des dividendes du cacao et des nominations pour rassasier toutes les ethnies de francs CFA et de prestige, telle est l’infaillible recette
de stabilité de ce fin calculateur entré en politique comme allié des communistes et virulent nationaliste,pour s’y maintenir comme héraut de l’anticommunisme, et non moins fervent partenaire de la France dont il fut sept mois ministre sous les IVe et Ve républiques.La Côte d’Ivoire est un eldorado pour les descendants des anciens colons.
L’économie ivoirienne toutefois est tel un gargantua jamais rassasié. Le pays dépend trop des cours de la fève qui finissent par chuter de moitié. En 1987, le pays se déclare insolvable. Houphouët-Boigny engage un bras de fer avec le marché en bloquant la production ivoirienne.

Mais un an plus tard, c’est lui qui cède aux injonctions internationales en abaissant drastiquement le prix qu’il garantissait aux planteurs.Le pays est exsangue, Houphouët-Boigny nomme un gestionnaire pour Premier ministre,Alassane Ouattara, qui applique les recettes de libéralisme apprises au FDMI dont il était l’un des directeurs à Washington, en mettant fin à quelques privilèges accordés aux fonctionnaires, en privatisant, en coupant d ans les droits sociaux. La page d’Houphouët tournée
«L’ambiance était assez triste,celle de la fin d’une ère, témoigne Bernard Diguet, alors conseiller technique au cabinet du ministre des Finances d’alors Kablan Duncan.La page Houphouët, glorieuse,du boom économique alimenté au cacao et au café, s’achevait»…..Le peuple commence à subir les conséquences d’une économie tournant au ralenti,il crie «au voleur».
Le mécontentement monte et trouve en l’opposant, leader du
Front populaire ivoirien-FPI, Laurent Gbagbo, un porte-voix multiple : lui fonctionnaire (professeur d’histoire), socialiste, bété. La chute du Mur de Berlin lui ôte le prétexte de préserver le calme dans le camp de l’ouest pour justifier son autoritarisme, Houphouët instaure le multipartisme, le 30 avril 1990. Mais cela ne saurait calmer la contestation face aux mesures de redressement impulsé par Ouattara. Le 18 mai 1991, des parachutistes,aux ordres du colonel Robert Guéi,font une descente d ans un fief de l’opposition à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan : Houphouët de sanctionner l’officier à la suite d’une en quête l’incriminant.
Le 18 février 1992, une vaste manifestation de l’opposition dégénère : Laurent Gbagbo et sa femme Simone, ainsi que des dizaines de participants, sont cette fois jugés et incarcérés. Houphouët amnistie six mois plus tard l’opposant condamné à deux ans de prison ferme, mais le régime ne se redressera jamais.
Cependant la crise économique dope les tensions interethniques de ce pas singulièrement divisé en quatre parts dont chacune se prolonge bien au-delà des frontières dessinées par la colonisation : au sud-ouest, les Krou appartenant tout autant au Liberia qu’à la Côte d’Ivoire ; comme au sud-est, les Akan majoritaires au Ghana, au nord-est, les Senoufo débordent au Ghana, Benin, au mali et au Burkina-Faso ; au Nord-ouest, les Malinké entre la Liberia, la Sierre Leone, la Guinée et le Mali. A cet agrégat s’est combinée l’explosion de l’immigration qui ne va tarder à représenter un quart de la population, d’origine essentiellement burkinabée.

A la ferveur d’un pays prospère, Houphouët a accordé aux immigrés non seulement la propriété des terres mais le droit de vote. La crise s’installe les ivoiriens en viennent à crier «au bétail électoral ». Celui qui devra succéder à Houphouët devra se voir accord le vote majoritaire de dioula du nord; l’ancien au fonctionnaire international ne cache pas ses ambitions,jusqu’à tenter un coup de force à la mort d’Houphouët, le 7 décembre 1993, rappelle Jean-Christophe Notin.
La disparition d’un leader d’un tel charisme ne pouvait qu’engendrer des turbulences. «Il m’a toujours dit que si les élections n’étaient pas truquées, le rapport de force était en sa faveur pour de multiples raisons et qu’il serait donc un jour président de la République de ce pays », confie l’avocat français Jean-Paul Benoit.
L’ancien directeur de cabinet du ministre français de la Coopération est encore l’un des rares amis du premier ministre ivoirien à Paris où sa cote est faible. Il est peu apprécier par jacques Chirac en premier lieu parce qu’il s’oppose à Bédié, présenter comme l’héritier d’Houphouët, qu’il a tant aimé :«Il disait sans cesse qu’il était inerte », témoigne Michel de Bonnecorse, son conseiller Afrique à l’Elysée dans les années 2000.
Par HERVE MAKRE
Aujourd’hui du Mercredi 25 Juin 2014