Le directeur des opérations de la banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, Ousmane Diagana, a annoncé que des sujets de préoccupation pour la Côte d’Ivoire – qui était représentée par une forte délégation – ont été discutés récemment lors des récentes assemblées annuelles de la banque, à Washington aux Etats unis. Il a annoncé la fin des consultations du groupe de la banque dans le cadre de la préparation de la nouvelle stratégie de partenariat avec la Côte d’Ivoire. S’il se satisfait de la réaffirmation par les autorités ivoiriennes de leur ambition de faire de la Côte d’Ivoire un pays «émergent à l’horizon 2020», il pense que sa réalisation passe nécessairement par la poursuite des réformes structurelles et sectorielles qui sont déjà en cours dans le pays. Cela demande aussi, estime Ousmane Diagana, qu’on soit un peu novateur dans l’approche des questions de développement. Il importe, selon lui, d’avoir une stratégie très claire pour relever les défis qui se posent.

Dressant le bilan de la mise en oeuvre de la précédente stratégie de la banque, dont la mise en oeuvre s’est fait en grande partie dans le contexte de la crise postélectorale, il a dit qu’on peut être satisfait en termes de réalisations. Le montant initial de réalisation de cette stratégie (IDA 15 – 700 millions et 16 -350 millions de dollars) a presque doublé. Tous les engagements du groupe de la banque mondiale ont été tenus et lorsqu’on regarde les agrégats macroéconomiques, on se rend compte que le pays a renoué avec la croissance. Les objectifs ont donc été atteints, avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative pays pauvre très endetté. Mais sur le plan de la repartition de la croissance, le challenge reste à relever. «Le niveau de pauvreté de la Côte d’Ivoire, surtout lorsqu’on le compare à son potentiel économique, reste très élevé. L’exclusion des populations reste des réalités, j’ai eu l’occasion de le constater dans le cadre de visites de terrain dans six ou sept régions du pays », soutient Ousmane Diagana. A l’entendre, le rôle de l’Etat, c’est de créer les conditions pour que le citoyen, là où il se trouve, puisse trouver sa part dans la richesse nationale. Or avec un taux de pauvreté de près de 50%, il y a de vrais exclus aujourd’hui identifiables en Côte d’Ivoire.

«Il faut mettre en place des systèmes de protection sociale composés d’initiatives spécifiques qui permettent à ces exclus d’avoir leur part de la richesse. Ou bien d’être préparés pour avoir leur part. Ça peut-être des cantines que nous allons créer pour les aider à envoyer leurs enfants à l’école. On peut, à travers les projets à forte intensité de main d’oeuvre, dans des zones bien identifiées du pays, cibler des personnes avec des compétences très minimes, en leur donnant des emplois, afin de leur permettre d’avoir des revenus», explique le directeur des opérations de la banque mondiale en Côte d’Ivoire. Alors que le régime Ouattara affiche des taux de 9% en 2012-2013 et projette une croissance à deux chiffres en 2014. En vue de relever ce défi, la banque mondiale ambitionne de rapprocher davantage des populations son appui à la Côte d’Ivoire. Au titre de IDA 17 qui a été conclu, une enveloppe de 750 millions de dollars est prévue, avec comme exigence la possibilité de financements innovants tels que le partenariat public-privé. Il faudra maintenir en outre les réformes pour avoir un climat des affaires encore plus attractif. Afin que le secteur privé puisse jouer son rôle complémentaire à côté de l’Etat dans la prise en charge de certaines activités de développement. Il y a aussi des problèmes auxquels il faut s’attaquer à travers quatre secteurs majeurs : l’agriculture, l’énergie, l’enseignement supérieur et l’enseignement technique et professionnel ; et la création des conditions de la résilience. Intervenant sur les questions de corruption, le directeur des opérations de la banque mondiale a déclaré qu’il y a un réel problème sur toute la chaine.

Celle-ci, promet-il, sera examinée depuis l’inscription de la dépense dans le budget jusqu’à la livraison finale de l’ouvrage. A chaque maillon de la chaine, il y a des problèmes. Il y a donc un problème d’efficacité dans l’exécution de la dépense. «C’est pour cela que dans les actions de la banque en Côte d’Ivoire, nous faisons en sorte que les questions de réformes publiques soient au coeur de nos interventions. L’idée, c’est de dire qu’il faut changer une certaine façon de faire pour avoir beaucoup plus d’impact sur le niveau de vie des populations », rassure-t-il. Au niveau de la gouvernance économique, la banque note qu’il y a eu une bonne performance en Côte d’Ivoire. Au niveau macro économique et de la mise en place de certaines institutions, notamment l’Autorité nationale de régulation des marchés publics (ANRMP), elle salue une avancée. Mais au niveau des différents secteurs touchés par les actions de la banque, beaucoup reste à faire. Une étude devrait être prochainement lancée pour déterminer les points de faiblesse qui empêchent de toucher suffisamment les populations. Un autre point, c’est la gouvernance locale, avec la décentralisation qui devrait permettre de réduire le gap trop important entre Abidjan et le reste du pays en matière d’infrastructures.
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