Le retour au pays, le week-end dernier, du premier ministre Daniel Kablan Duncan, en provenance des Etats-Unis,aurait pu se faire en fanfare si le locataire de la maison blanche d’Abidjan-Plateau, n’avait pas été éclaboussé quelques jours avant,par une affaire de 400 millions de Fcfa de frais de missions jugés excessifs par le chef de l’Etat, qui à
l’occasion du dernier conseil des ministres n’a pas manqué de fustiger la dérive financière du chef du gouvernement.

Alassane Ouattara en a profité pour recadrer tous ses ministres accusés à demi-mots de surfacturer les déplacements à l’extérieur. Le chef de l’Etat est d’autant plus en rogne qu’il observe que le plus souvent, ses collaborateurs font supporter à l’Etat, des frais de mission déjà pris en compte par les pays d’accueil. Pour revenir au cas Duncan, selon des sources proches de la Présidence, le budget alloué, était initialement fixé
à 250 millions de nos francs. Un montant largement suffisant,selon le Palais présidentiel, pourcouvrir les besoins de la délégation ivoirienne invitée aux Assemblées annuelles de la Banque Mondiale.

Finalement, il ya eu un dépassement de l’ordre de 150 millions ayant servi à honorer certains frais tels que les assistantes des ministres qui sur le coup, ont touché chacune, la somme de 1,5 millions de Fcfa
par jour. En somme, une pratique digne du parti-Etat d’alors, sous feu Félix Houphouët-Boigny et qui fait désordre en Ouattarandie,où ironie du sort, c’est le même Daniel Kablan Duncan qui entretient la propagande sur la supposée bonne gouvernance observée depuis trois ans par les dirigeants actuels. Et comme pour marquer le coup, Alassane
Ouattara a discrètement limogé Lucien Kouassi Oka, l’argentier de la primature, qui paie ainsi à la place des grands patrons. Sous Ouattara, c’est désormais la tradition. Lorsqu’un scandale éclate quelque part, au lieu de punir le premier responsable du département,il préfère plutôt couper la tête aux sous-fifres, pour mettre la poudre aux yeux de l’opinion.
Sinon, en quoi le DAAF de la primature est-il plus responsable dans ce scandale que le directeur de cabinet de la primature ou du premier ministre lui-même ? On avait déjà observé la manoeuvre avec le ministre Ibrahim Cissé Bacongo,du temps où ce dernier trônait encore à la tête du ministère de l’enseignement supérieur.On se souvient que, pour donner une nouvelle allure et un nouvel élan à l’Université, l’homme avait fait décaisser 117 milliards de Fcfa, à l’Etat de Côte d’Ivoire,pour des résultats nettement en dessous des attentes. Car en dehors de la peinture des bâtiments, réalisée en certains endroits, constateront les étudiants, pas grand-chose n’a été fait.

Aujourd’hui encore, les apprenants se plaignent du manque de micros et autres matériels didactiques élémentaires,dans les amphis. Devant ce mauvais exemple de gestion, c’est le DAAF du ministère qui avait payé les pots cassés, pendant que le ministre, lui, buvait tranquillement un petit café. Et en toute logique, là où Bacongo a survécu,ce n’est pas Duncan qui passerait à la trappe. Surtout par ces temps de candidature unique au RHDP pour la présidentielle de 2015. En effet, le chef de l’Etat,malgré son souci de bonne gouvernance ( ?) pouvait-il prendre le risque de limoger son premier ministre et se mettre ainsi à dos,le président Henri Konan Bédié qui a récemment décidé d’aligner le PDCI sur sa candidature ? Assurément non, mais véritablement,ça commence à faire beaucoup pour le gouvernement.Surtout après la corruption dans certains ministères décriée,il y a peu, par les bailleurs de fonds et les marchés de gré à gré épinglés récemment par la Banque Mondiale. S’agissant particulièrement du premier ministre,Daniel Kablan Duncan, ce dernier scandale rappelle une autre affaire peu glorieuse, intervenue en 1998. Déjà, locataire de la primature, sous Bédié,l’homme avait couvert, avant d’être éclaboussé par la suite, par le scandale des 18 milliards de l’Union européenne (UE), offerts au régime de l’époque pour appuyer le secteur de la santé.

Le Pr. Maurice Kacou Guikahué, le titulaire du poste ministériel, à l’époque, s’était particulièrement distingué en facturant de simples bouilloires, à prix d’or, soit plus de dix fois, le prix réel. L’affaire avait contribué largement à noircir l’image du régime Bédié à l’extérieur,si bien que l’homme sera lâché, pratiquement, par tous ses parrains occidentaux, lorsque surviendra, un an plus tard, le coup de force de la junte militaire conduite par feu, le Général Robert
Guéi. S’en suivra, une longue traversée du désert pour Duncan,qui durera une bonne quinzaine d’années, jusqu’à l’accession au pouvoir, en 2011, d’Alassane Ouattara qui le remettra à nouveau,à flots. Un nouveau départ terni par cet autre scandale de 400 millions de nos francs, qui alimente la causette, depuis quelques jours, dans la cité. Avec quelle tronche Duncan se présentera-t-il prochainement devant ses concitoyens, lui qui,jusque-là, aimait bien jouer au «M. propre ? ».
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