source Aujourd’hui /du Vendredi 23/05/2014   06:52:16

On reprend les mêmes et on recommence.Hier, une délégation du FPI a rencontré celle du gouvernement « à la demande du parti de Laurent Gbagbo », a tenu à préciser le ministre Bruno Koné au sortir d’un
conseil des ministres. Mais selon Michel Amani, c’est plutôt suite
à un courrier de Jeannot Ahoussou Kouadio, ministre des affaires
présidentielles, que le FPI a dû à nouveau se rendre à la primature
pour évoquer des sujets sur lesquels les deux délégations
planchent depuis trois ans sans résultats tangibles. De fait, il a été
encore question des prisonniers politiques proches de Laurent
Gbagbo, de l’occupation des biens des militants par les hiérarques
du régime, du dégel des avoirs et du sort des exilés dans
les pays limitrophes. Au total, sept points étaient à l’ordre du
jour de la rencontre. Sept points déjà sanctionnés par des accords
mais que le gouvernement rechigne toujours à appliquer et sur
lesquels il s’est d’ailleurs montré coutumier de voltes-faces spectaculaires ou de silences. Tirant alors les conséquences de cette situation, le FPI avait conclu que le gouvernement n’est pas disposé à
discuter et a suspendu à son tour toute négociation avec le régime.
Quelques semaines plus tard, le secrétariat général bétonnait cette
menace en conditionnant tout retour du FPI à la table de négociation
par la nomination d’un médiateur et par un début d’exécution
des accords obtenus. Visiblement, on est loin du compte.
Car hier, au sortir de la rencontre avec le gouvernement, Pascal
Affi N’guessan a indiqué luimême que quelque 150 prisonniers
politiques vont être libérés sur les 800 qui sont toujours retenus
dans les différents goulags du pays, tandis que le gouvernement
insistait sur le dégel de 50 nouveaux comptes. En retour, le régime
demandait au FPI de lever officiellement son appel au boycott
du recensement général de la population et de l’habitat, admettant
ainsi que l’opération de dénombrement de la population
connaissait de grandes difficultés sur le terrain. Une réalité que le
gouvernement a d’abord voulu ignorer, menaçant d’ailleurs ouvertement
d’emprisonner les auteurs du mot d’ordre de boycott.
C’est donc un accord dans un accord qui signe un tournant dans la
lecture des événements qui secouent la Côte d’Ivoire. Ainsi, le
gouvernement qui garde sans le moindre jugement 800 pro-
Gbagbo ou soupçonnés comme tels en prison, qui a fait extrader
Charles Blé Goudé après avoir promis de ne pas le faire et qui
maintient toujours le couple Gbagbo en prison, l’un à la CPI
où il est pris en otage et l’autre à Odienné, se donne désormais un
nouveau moyen de pression sur le FPI qui va sans doute regretter
d’avoir demandé cette discussion. Signe des temps, alors que la délégation gouvernementale avait le sourire aux lèvres, le président du
FPI s’est montré quelque embarrassé en rappelant que « notre espoir
est que cette rencontre donne les arguments, les instruments
pour convaincre nos instances afin de revenir sur cette décision
». Ce qui devrait être particulièrement difficile à avaler par le
peuple du FPI qui reproche depuis quelques temps à la direction
de ne pas en faire assez sur la question de la libération de Laurent
Gbagbo. Vu sous cet angle, le FPI s’est plutôt laissé enfermer dans le
piège posé par Alassane Ouattara. Car au regard de la réalité du terrain, de quels pouvoirs dispose-til réellement pour mettre fin au
boycott dans ce pays où le réflexe des Ivoiriens est avant tout de
faire payer à Alassane Ouattara son inhumanité envers les
Gbagbo et tous ceux que son régime torture ? La décision appartenant
désormais au comité central, on a quelques jours encore
pour le savoir. En attendant, le FPI a désormais assez de quoi
alimenter la polémique en son sein pour regarder de près la réforme
de la commission électorale indépendante que le pouvoir
domine encore et contre laquelle Bertin Kouamé Konan dit KKB
s’est insurgé, il y a quelques jours, affirmant qu’il n’a pas
envie de cautionner ce qui va conduire les Ivoiriens vers une
nouvelle tragédie.  Mais le FPI perd surtout l’illusion
de peser sur les décisions du gouvernement. C’est pourtant à cela
que répondait la nécessité de nommer un médiateur afin de servir
de moyen de pression sur le régime et sortir de ce tête-à-tête
où le FPI laisse une grande partie de son énergie. Au demeurant, le
FPI va devoir gérer les susceptibilités de ses nouvelles amitiés.
Car même si la règle adoptée par l’alliance permet la flexibilité et
la liberté nécessaires pour que chaque parti puisse négocier seul,
le FPI est obligé de rassurer ses nouveaux partenaires en raison de
son statut de leader. « Que vont désormais penser nos alliés si on
les appelle à discuter ? », s’interrogeait avant-hier encore un
membre de la direction du parti qui n’ignore pourtant pas l’existence
de cette liberté dont les membres de l’Alliance peuvent se
prévaloir. C’est dire à quel point la gêne est manifeste dans les
rangs du parti de Laurent Gbagbo.