Le vendredi 21 novembre2014, la passation de charges entre le Lt-col Yacouba Isaac Zida et le président désigné Michel Kafando a eu lieu au palais des sports de Ouaga. L’intégralité du discours qu’il a prononcé à cette occasion.

Excellences Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,
Messieurs les Ministres,
Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies,
Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Missions diplomatiques et consulaires,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations internationales et interafricaines,
Mesdames et Messieurs,

Avant tout propos, je vous prie de bien vouloir vous lever et d’observer une minute de silence pour les martyrs de la révolution.

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui, à l’occasion de cette cérémonie de passation des charges.
Vous êtes chez vous, sur cette terre libre et éternelle du Burkina Faso.
Nous revenons de loin. Il y a seulement trois semaines, ce lieu si calme où nous sommes joyeusement réunis a été témoin de l’insurrection populaire qui a ébranlé notre pays.

Jamais, au cours de sa longue histoire, le Burkina n’a été confronté à une aussi tragique et douloureuse épreuve.

Jamais, depuis que nous sommes indépendants, nous n’avons été au-devant d’une situation qui, sans le secours de Dieu, nous aurait mené tout droit au cataclysme. Le bilan lui-même est parlant : des vies fauchées en pleine jeunesse, de très nombreux blessés, des maisons incendiées, des biens pillés et, par-dessus tout, cette psychose et ce traumatisme dont nos vaillantes populations sont à jamais meurtries.
Nous payons ainsi le prix des errements et l’aveuglement d’un système qui, jusqu’à l’entêtement, a refusé de regarder la réalité en face.

Cette révolution n’est que la résultante d’une exaspération sociale face à l’injustice flagrante, au népotisme, à l’impunité et à la corruption.
Voilà un pays modeste et humble, dont la simplicité de vie des populations aurait pu en faire un modèle de développement homogène et égalitaire.
Tel était, au demeurant, l’idéal prôné par la révolution de 1983. En lieu et place, trente ans après, nous assistons à un saut qualitatif et surtout quantitatif brusque, pourvoyeur de richesses inexpliquées, de privilèges indus, d’avantages oligarchiques.

Le message du peuple est clair : plus jamais d’injustice, plus jamais de gabegie, plus jamais de corruption.

Tout nous conduit donc à prendre nos responsabilités pour répondre à cet appel. C’est dire que les actions que nous engagerons, dès l’entame de notre mandat, seront essentiellement centrées sur ce que nous considérons comme un mandant impératif.

Toute ma vie, je me suis toujours fait une haute idée du respect du bien public et milité pour l’avènement d’une vraie justice sociale. L’on comprendra donc pourquoi, avec ceux qui ont méprisé cette justice, et qui pensent qu’ils peuvent impunément dilapider les deniers publics, nous règlerons bientôt les comptes.

En un mot, nous entendons ramener la morale à la première place dans l’exercice du pouvoir politique.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Au moment où se tient cette cérémonie de passation de charges, je tiens à rendre un hommage appuyé au Chef de l’Etat sortant, le Lieutenant-Colonel Yacouba Isaac ZIDA, pour son sens élevé des responsabilités et du devoir patriotique qui a permis à notre pays d’échapper au chaos.

Je rends hommage aux partis politiques, aux organisations de la société civile, aux Forces de Défense et de Sécurité, aux autorités religieuses et coutumières, pour leur précieuse contribution dans la préservation de la paix et de la stabilité dans notre pays.

Je rends enfin hommage aux femmes et à la jeunesse burkinabè qui ont œuvré, avec détermination, pour qu’advienne le changement. Leur conscience du devoir pour que s’instaure une société plus juste et plus solidaire a ouvert les portes d’un Burkina Faso nouveau.

Je m’incline, très respectueusement, devant nos morts, les martyrs de la révolution. Ils sont rentrés dans l’histoire par la grande porte de l’héroïsme. La patrie leur sera reconnaissante.

J’ai décidé de leur dédier le mausolée des héros nationaux qui portera désormais le nom de « Panthéon des Martyrs de la Révolution ».

Nous allons donc faire entrer dans ce panthéon nos valeureux martyrs, en lieu et place des héros qui n’y ont jamais séjourné.

Valeureux combattants tombés au champ d’honneur pour que vive la liberté, ENTREZ donc dans votre sanctuaire.

Héros à la fleur de l’âge fauchés pour que triomphe la démocratie au Burkina, ENTREZ dans votre sanctuaire.

Vous tous qui dormez maintenant dans l’ombre, ENTREZ dans votre sanctuaire.

ENTREZ et reposez en paix.

Aux blessés, le Gouvernement veillera à leur allouer les compensations nécessaires.

Au nom de la réconciliation nationale, j’ai aussi décidé, par le fait du prince, que les investigations pour identifier le corps du Président Thomas SANKARA ne seront plus assujetties à une décision de justice, mais seront du ressort du Gouvernement. D’ores et déjà, aujourd’hui même, cette autorisation est accordée.
A tous les pays qui nous ont soutenus dans notre dure épreuve, le Burkina Faso, par ma voix, vous dit merci.

A nos différents partenaires qui ont compris le sens de notre combat, nous disons merci.

A tous les hommes épris de bonne volonté et de paix, nous disons merci.

Vive le Burkina Faso vaillant et éternel !

Vive la solidarité et l’amitié entre les peuples !

Ouagadougou, le 21 Novembre 2014

Michel KAFANDO
Président de la Transition
Président du Faso
Président du Conseil des Ministres