J’ai appris avec consternation ton décès (ndlr :Mandjara Ouattara) et jeconstate que je n’étais le seul à avoir eu cette lumineuse ou mauvaise (c’est selon) idée de me donner la mort devant les bureaux du Président Alassane OUATTARA. Ton acte m’a surpris pour 3 raisons
principalement :
1ère raison : Ton nom (Madjara OUATTARA) pouvait laisser croire ou penser que tu ne pouvais pas avoir ce type de problème en raison de la politique de rattrapage ethnique pernicieusement mise en oeuvre par les tenants du pouvoir actuel. A toutes celles et à tous ceux qui voudront voir dans ce courrier l’acte d’un activiste du FPI, je réponds d’avance :
« peu importe, je suis en paix avec ma conscience. Le rattrape ethnique n’est pas moins toxique que l’‘’ivoirité’’ que nous avons combattue ». Chez nous on dit «si le ventre n’a pas sauvé le ventre qu’en sera-t-il quand s’agira du dos ? ».

2ème raison : Le service bénéficiaire de tes prestations (la Présidence de la République) où la bourse est fermement tenue par photocopie. Si la présidence de la République refuse de payer les factures fournisseurs engagées sous le Président GBAGBO qu’en sera-t-il pour les factures engagées par les autres administrateurs de crédits et surtout par des responsables de l’Ex-LMP ?

3ème surprise : Ton militantisme politique connu au RDR. Le témoignage d’un des conseillers du PAN est édifiant : « pourtant elle est des nôtres ». Si cette réaction d’un camarade militant témoigne de ton militantisme au RDR, il ne laisse pas moins suggérer que les militants du RDR devraient bénéficier, dans le cadre du traitement des dossiers administratifs d’une attention particulière. Je voudrais informer tous ceux qui croient que le rattrapage ethnique
concerne tous les ressortissants du Nord qu’il n’en est rien. En effet, j’affirme que le rattrapage ethnique est discriminatoire et sélectif ; il ne concerne que certaines
tribus et familles.
Ta mort me donne l’occasion d’attirer, après ton geste de désespoir mais héroïque, l’attention de l’opinion nationale et internationale et surtout celle du Président de la République, sur le drame indicible que vivent les fournisseurs de l’Etat et les personnes qui ont baillé leurs maisons aux policiers.

Excellence Monsieur le Président de la République, au cas où vos proches collaborateurs ne vous l’auraient pas dit, permettez-moi de vous informer qu’après avoir fait auditer les créances de l’Etat vis-à-vis des fournisseurs, le dossier a été purement et simplement placardé et classé top secret à l’Inspection Générale des Finances. Il en est de même pour les baux policiers. Je ne suis pas économiste ni banquier mais je croyais savoir que la finalité de toute politique économique était le bien-être des populations. Les routes, les ponts et autres infrastructures publiques sont certes des investissements importants pour chacun et pour tous. Pour autant, est-il logique et humain de reléguer le sacrifice et le rêve des personnes qui se sont saignées pour faire des affaires et qui ne vivent que de ça au rang des questions sans importance même si ces dettes ont été contractées sous votre prédécesseur ? Au nom de quel principe économique l’Etat doit-il refuser de payer les factures de ses fournisseurs ? Comment comptezvous relancer et maintenir la croissance à un très bon niveau si la consommation des ménages n’augmente pas et si les PME mettent la clef sous le paillasson? Ne voyez-vous pas que les grands travaux enrichissent surtout les grandes entreprises étrangères qui expatrient leurs bénéfices ? L’administration n’est-elle pas une continuité ? La guerre contre Gbagbo doit pouvoir s’arrêter au stade de la lutte armée qui nous a tous endeuillé ;elle ne doit pas être transposée sur le terrain économique. Tous les fournisseurs de l’Etat et propriétaires des baux administratifs ne sont pas des militants du FPI et vous en avez maintenant la preuve.

Excellence Monsieur le Président, le payement des créances de l’Etat vis-à-vis des particuliers, croyez moi, sauverait de très nombreuses vies. L’Etat me doit près de 5,3 millions au titre des baux policiers et je ne suis même pas capable d’honorer mes ordonnances d’antidiabétiques et de scolariser ma nombreuse progéniture.Mon cas est moins dramatique
que celui d’un ami à qui l’Etat doit près de 13,750 millions et qui a cessé toute activité. Luimême, son épouse et ses 3 enfants vivent actuellement chez sa belle mère où il subit toutes sortes d’humiliations. Cet ami dont le patronyme le situe à l’ouest n’ose même pas parler de sa créance craignant d’être éconduit et chargé d’un délit imaginaire et d’être jeté en prison. Il m’a chargé de m’enquérir de sa créance validée après audit et je n’ai pas été capable de lui apprendre autre chose que ce qu’il savait déjà à savoir que leurs dossiers
sont à l’étude.

Excellence Monsieur le Président,je n’ai pas les mots qu’il faut pour décrire avec précision la situation que vivent de très nombreuses familles du fait des factures et des baux impayées mais je sais que Madjara Ouattara pourrait ne pas être un cas isolée si la situation ne s’améliore pas.
A toutes celles et à tous qui sont tentés d’imiter son geste, je voudrais rappeler que le suicide est un acte proscrit par l’Islam et le Christianisme car notre vie appartient à Dieu et nul n’a le droit d’en disposer à sa guise.
Adieu mon ma soeur, que la mort soulage tes frustrations et ta souffrance et surtout qu’elle indique à ceux qui nous gouvernent temporairement ce qu’ils peuvent (pour répondre à la question de la Première Dame) pour éviter ce type de drame. Adieu ma collègue et
que la terre te soit légère.
KONE A.
enseignant à la retraite
Aujourd’hui du Mardi 03 Juin 2014