L’assassinat du journaliste Désiré Gnonsio Oué à son domicile (Cocody-Angré), dans la nuit du jeudi à vendredi dernier, par «des inconnus» que l’on connaît, ramène à une et une seule conclusion : la présence toujours dans le pays, des escadrons de la mort. C’est-à-dire ces tueurs en série, très actifs lorsque Laurent Gbagbo était aux affaires. Le Rdr, parti d’Alassane Dramane Ouattara, actuel chef d’Etat, ne ménageait aucun effort pour attribuer les œuvres de ces escadrons nés au lendemain de la rébellion de 2002, au camp Gbagbo.
Dr Benoît Dacoury-Tabley, Emile Téhé, chef de parti politique, Camara «H», humoriste, et bien d’autres connus et méconnus ont fait les frais de ces assassins.
Le régime Gbagbo qui n’avait de cesse de clamer son innocence par rapport à ces assassinats mystérieux, pour montrer sa bonne foi, a même mis sur pied une unité policière d’élite, le Cecos, pour conjurer le mauvais sort. Le régime d’alors n’avait donc pas eu tort de créer cette force, puisqu’elle a eu raison du phénomène troublant.
Seulement voilà. Aujourd’hui, Laurent Gbagbo n’est plus aux affaires. Mais, les escadrons de la mort, eux, continuent de sévir. Plus que jamais. Comme en témoigne éloquemment le cas de Désiré Gnonsio Oué, journaliste et rédacteur en chef du journal Tomorrow, abattu à son domicile devant sa famille et présenté comme un milicien pro-Gbagbo par le site internet qui fait régulièrement la promotion d’Alassane Ouattara. Un site qui, contre toute attente, s’est rebiffé 24h après en dénaturant l’information qu’il a donnée et qui a été relayée par d’autres supports.
Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement, par la voix de la ministre de la Communication, Bamba Affoussiata, sur BBC, parlera carrément d’un assassinat intervenu au cours d’un braquage. Oui, elle dit bien «braquage».
Tout le monde le sait, il s’agit là du terme générique que les Frci de Ouattara utilisent quand ils abattent un pro-Gbagbo qu’ils accusent de milicien.
«Quand les Frci tuent un pro-Gbogbo désormais, ils ne disent plus que c’est un milicien, parce que les organisations de défense des droits de l’Homme les épinglent. Face à ça, quand ils abattent un pro-Gbagbo traité de milicien, ils font croire que c’est un braqueur. Pour masquer la forfaiture», avaient rapporté en son temps les parents des trois jeunes Guérés fusillés en 2012 à Port-Bouët par des éléments Frci, alors qu’ils rentraient du Ghana. Ces infortunés dont les corps ont été difficilement récupérés par leurs parents, avaient été présentés comme des braqueurs par leurs bourreaux. Ce qui était un mensonge grotesque.
En parlant de braquage ici, la ministre de la Communication n’est pas loin de cette logique des Frci. Et puis, qui braque en Côte d’Ivoire ? Tout le monde sait, y compris les autorités ivoiriennes, que les braqueurs sont toujours issus des rangs des Frci. Et ce n’est pas le ministre de la Défense, Paul Koffi Koffi, qui dira le contraire, lui qui parcourt les quartiers d’Abidjan et le pays profond pour traquer les Frci braqueurs afin de les expurger des rangs des Frci intégrés dans l’armée. Ce n’est pas non plus un chef Frci qui soutiendra le contraire, lui qui récemment, demandait au gouvernement de faire quelque chose pour les milliers d’ex-combattants qui se font passer pour des Frci et qui passent le plus clair de leur temps à faire des braquages pour se nourrir.
Tout bien pesé, que ce soit à Abidjan, à Kong, à Ferké, à Ouangolo, à Adzopé, à Korhogo, sur l’autoroute du nord, il est de notoriété publique que les coupeurs de route et les braqueurs sont des milices du pouvoir. Des anciens combattants de la cause Ouattara qui, pour survivre, se voient dans l’obligation d’humilier les populations à défaut de les assassiner. Le cas de notre confrère Oué n’échappe certainement pas à cette règle.
David Merlot

Publié le mardi 19 novembre 2013  |  Notre Voie