Réagissant officiellement au rapport publié par l'Onu, le 2 décembre dernier, le gouvernement Ouattara dit ne pas se reconnaître dans les graves accusations de tentatives d'assassinat et d'enlèvement des pro-Gbagbo en exil et de financement de mercenaires tels que révélées par les autorités ghanéennes. "D'une part, nous n'accordons pas, à ce stade, de crédit à ce qui a été dit. Nous attendons d'approfondir la compréhension du texte en question. Le texte, lui-même, révèle des insuffisances. D'autres part, nous vous rassurons que ce ne sont pas nos méthodes", a indiqué, lundi, Bruno Koné, porte-parole du gouvernement. Mais à qui Alassane Ouattara et les siens veulent-il faire avaler la couleuvre ? En tout cas, pas aux Ivoiriens et aux nombreux observateurs de vie politique en Côte d'Ivoire qui ne les connaissent que trop. Les nouvelles autorités ivoiriennes sont capables de tout et leurs méthodes, aussi bien dans leurs années de rébellion que, maintenant, au pouvoir sont connues. Elles sont faites d'intringues de toutes sortes et de violence. Le Rassemblement des républicains (Rdr), le parti que préside l'actuel chef d'Etat ivoirien, est connu pour ses coups tordus. Au propre comme au figuré, il est à la base de la déflagration de la société ivoirienne. S'il a refusé, au départ, d'assumer en toute responsabilité les attaques perpétrées par la rébellion armée, il est le principal bénéficiaire d'un pouvoir arraché par les armes. Il jure, aujourd'hui, par les chefs de guerre d'hier qu'il a promus aux plus hautes fonctions militaires. En guise de reconnaissance d'un travail bien fait. Et pourtant, toutes organisations internationales de défense des droits de l'Homme sont unanimes à reconnaître qu'ils ont commis les plus graves atrocités avant et pendant la crise postélectorale. Les escadrons de la mort sont une invention du Rdr pour, justement, porter le discrédit sur le pouvoir du président Gbagbo. Les assassinats bien ciblés que le Rdr a essayés de mettre au compte de l'ex-chef d'Etat sont innombrables. Le gouvernement Ouattara ne peut pas non plus nier son recours effrené aux mercenaires pour le pouvoir d'Etat. Alors que les bruits couraient, en novembre 2010, que le président du Rdr avait fait recruter des mercenaires libériens pour les engager aux côtés des forces rebelles, Alassane Ouattara n'a jamais démenti ces informations. 
Ellen Johnson Sirleaf, la présidente du Libéria, s'était alors inquiétée de la présence de mercenaires libériens en Côte d'Ivoire. Récemment, ce sont les mercenaires burkinabè qui ont menacé de descendre sur Abidjan si le pouvoir ne leur reversait pas leurs primes de guerre. Si le gouvernement ghanéen a fait part aux experts de l'Onu de la présence d'agents ivoiriens envoyés par le pouvoir d'Abidjan en vue d'assassiner ou enlever des exilés pro-Gbagbo, il faut y croire. Il faut donner tout le crédit nécessaire à l'information quand il affirme avoir fait échouer par deux fois de telles tentatives. Ce sont ces mêmes autorités ghanéennes qui, hier, n'avaient pas hésité, à livrer au pouvoir Ouattara, le ministre Charles Blé Goudé, Jean-Yves Dibopieu et le commandant Jean-Noël Abéhi. Ce qu'il faut donc retenir, c'est que l'Onu est en train de découvrir qui est, en réalité, le régime pour lequel elle a aidé à renverser, par les armes, Laurent Gbagbo, un président démocratiquement élu.

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