Le message publié sur le site de l'aéroport de Ouagadougou le 31 octobre n'a pas été validé par les autorités aéroportuaires. Le site ne leur appartient même pas. Tout comme bien d'autres dans la région.

Le 31 octobre, jour de la démission et de la fuite de l'ancien président burkinabè Blaise Compaoré, le site internet de l’aéroport de Ouagadougou, supposé officiel, publiait un texte fort à-propos évoquant les troubles politiques que traversait le pays.

Le texte ne se contentait pas d’informer sur la fermeture de l’aéroport ou sur les annulations de vols, il donnait également une analyse haute en couleurs de la situation politique, sans s’encombrer de la neutralité qu’on attendrait logiquement d’un site officiel.

"Des élections auront peut-être lieu dans les mois qui viennent si le pouvoir de 'transition' ne goûte pas trop aux joies du pouvoir", pouvait-on par exemple lire sur le site.

Aeroport-ouagadougou.com présente toutes les caractéristiques d’un portail d’informations aériennes : horaires des vols, retards éventuels, informations touristiques, formalités de douanes et même publicités ciblées. Rien qui puisse faire douter du caractère officiel du site, ne serait-ce les crédits, mal renseignés, et l'absence de conditions générales d’utilisation – alors qu’il propose d’acheter des billets d’avion en ligne.

Charmés par le caractère décalé du billet, les médias se sont donc emparés de l’information insolite pour louer le courage du rédacteur et l’incongruité de son message. Avant que l’inconnu ne mette à jour sa publication, lundi 3 novembre, en ajoutant la photo… d’une "quenelle", le célèbre geste de l'humoriste français Dieudonné. La blague potache et l’humour burkinabè volaient en éclats. Le site officiel n'en était pas un.

"Ce site n’est pas lié à l’aéroport", confirme Emmanuel Nakoulouma, le commissaire de police de l’aéroport de Ouagadougou. "Mais cette situation est inquiétante. Nous avons eu connaissance de ce site au moment du crash de l’avion d’Air Algérie." À l’époque, le site avait publié des informations erronées.

L’histoire s’arrêterait là si le site de l’aéroport de Ouaga était unique.
Mais il existe un site de ce type pour toutes les capitales ouest-africaines : Abidjan, Dakar, Lomé, Bamako, Cotonou, Bissau, Niamey... Même structure, même design avec quelques modifications légères d’une ville à l’autre et, surtout, même nom de domaine, du type : aeroport-ouagadougou.com, aeroport-abidjan.com, etc.

Tous ces noms de domaines sont enregistrés aux mêmes noms : celui de Nicolas Desardennes ou de Christian Costeaux, tous deux basés à Forcalquier (dans le sud de la France) et au nom d'une société : WorldProds.

Contacté par Jeune Afrique, Christian Costeaux reconnaît héberger ces sites, "comme environ 3 000 à 4 000 autres sites africains", et avoir lui-même acheté les noms de domaines. Ce n’est pas lui, en revanche, qui les as conçus et qui les gère, mais un "prestataire technique sénégalais".

"Il a des personnes dans chaque pays qui gèrent l’éditorial. Certains sont en régie avec les aéroports, d’autres non", nous affirme Costeaux, qui est par ailleurs propriétaire du site senegalaisement.com (qui ne cache pas certaines opinions radicales sur l'immigration) et a été condamné en 2004 au Sénégal pour diffamation à l’encontre du maire de Ziguinchor.

Il prétend héberger les sites africains bénévolement, par le biais de son association Espace Afrique (introuvable sur internet), pour rendre service à ceux qui n’ont pas de carte bleue et ne peuvent donc pas enregistrer de noms de domaines.

Costeaux n’a pas souhaité donner le contact du gérant des sites non-officiels des aéroports, ni celui des correspondants locaux qui mettent à jour les informations. Tous sont probablement rémunérés par les revenus publicitaires, dont les tarifs sont clairement indiqués sur les sites (voir ci-dessous, celui d'Abidjan).

Les aéroports africains ne possédant généralement pas de site internet adressé au grand public, l'entrepreneur sénégalais aura trouvé là un bon moyen de générer de l’audience… et des revenus.

Alors vaste arnaque ou simple entreprise de communication ? Le zèle du rédacteur burkinabè pourrait bien, en tous cas, avoir signé la fin du business lucratif. Les aéroports ont l’air décidé de lancer des enquêtes pour savoir qui usurpe leur identité.

Source : Jeune Afrique