Je consacre aujourd’hui, et cela malgré moi, ma réflexion hebdomadaire au reggeaman  Tiken Jah . Pour être sincère et franc, malgré  la réputation surfaite dont il bénéficie, c’est un artiste qui ne m’a jamais impressionné, encore moins séduit. Je ne pense pas avoir un seul CD de lui dans ma discothèque privée. Et je ne suis pas sûr que cela soit pour maintenant.

 

Mais j’ai décidé de parler de lui aujourd’hui pour ce que  j’ai pu lire de lui 

 Moussa Doumbia Fakoly connu sous le pseudonyme de Tiken Jah était en concert ce week-end au Sénégal, 

Comme à son habitude le natif d’Odienné s’est prononcé sur l’actualité politique en Afrique, notamment sur la question du troisième mandat présidentiel.

 

Pour le reggaemen, certains présidents pensent que c’est en faisant le bitume et les ponts qu’ils vont entrer dans l’histoire, mais ils y entreront que, en posant des actes forts.

 

 

« Aujourd’hui, les jeunes Africains parlent beaucoup des histoires de troisième mandat. Pour les dirigeants qui veulent faire un troisième mandat, eh bien nous, on trouve que ce n’est pas respecter notre génération », a-t-il indiqué comme relayé par un confrère, avant d’ajouter: « J’ai l’habitude de dire qu’il n’y a rien qui tombe du ciel, à part la pluie. Si on veut un changement en Afrique, aujourd’hui, il va falloir aller chercher. Les gens pensent que c’est en faisant le bitume, en faisant les ponts qu’ils vont rentrer dans l’histoire, mais je pense que c’est à travers des actes qu’on rentre dans l’histoire ! »

 

 

Cet artiste, qui doit encore faire des efforts pour
s’imposer à nous autres encore dubitatifs sur ses talents réels, est l’un de ceux qui au plus fort de la crise
qui a douloureusement secoué et meurtri notre pays à cause des bandes armées et barbares de Soro et de Ouattara pendant dix ans, ont parcouru le monde entier avec leur matos et micros pour diaboliser systématiquement le pouvoir de l’époque et ses dignitaires, les traitant de tous les maux et de tous les
noms et jouant eux-mêmes les paranoïaques, les persécutés et les martyrs d’un système qu’ils ont diabolisé. 

 

Par ce fait, il s’est acquis une «réputation» qu’il ne mérite pas et se déclarait lui-même persona

non grata chez lui.

Il avait résolument choisi son camp et il ne le cachait pas : celui de la rébellion
armée et de ses tenants malgré les meurtres qu’ils commettaient. Là n’est pas le problème. Car chacun
est bien libre d’aller là où il veut, de suivre qui il veut selon son éducation, sa culture politique et son intelligence. Moi j’ai aussi mon camp et personne ne m’en détournerait.

 

L’artiste a donc chanté partout
que notre pays et ses dirigeants étaient maudits et constituaient la pire espèce qui pût exister sur terre
et qu’il fallait un autre système et d‘autres dirigeants sortis tout droit des cuisses mêmes de Jupiter, ceux
qu’il glorifie à longueur de concerts et qui sont bien installés aujourd’hui au pouvoir et profitent, avec lui,
de ses honneurs et de ses gloires en annonçant, tambours battants, qu’ils y resteront encore et encore.
Pourquoi alors le sieur Tiken s’en offusque-t-il ? Pourquoi l’annonce de candidature de son mento  medium;" l’émeut-il ?

 

A y voir de près, Tiken joue bien le jeu du pouvoir. En se transformant aujourd’hui en «critique» ou «pourfendeur» du pouvoir qu’il a, d’une  manière ou d’une autre, aidé à installer et qu’il soutient de fort belle manière, il est bien dans son grand et beau rôle. Et il le joue à merveille. De même que
les évêques d’Odienné et coadjuteur de Yopougon jouent le rôle que leur mentor au pouvoir leur a
donné, l’artiste Tiken Jah joue à merveille le sien. Si les premiers s’attaquent à tous ceux de leur confrère
qui critiquent courageusement la politique hasardeuse, sanguinaire et inhumaine des hommes
au pouvoir, l’artiste est chargé quant à lui de brouiller les pistes, de distraire le peuple par de
pseudo critiques, impertinentes et sans conviction. En «critiquant» ouvertement son mentor qu’il n’a
d’ailleurs pas le courage de nommer, il veut bien nous donner l’impression qu’il est un homme intègre
qui va du côté de la vérité et de la démocratie, qu’il se situe aux côtés du peuple pris en otage et qui souffre. Ce qui n’est pas le cas en scrutant profondément son passé et ses choix. Ne nous laissons donc pas impressionner et distraire par les propos de cet artiste,  ce faux intègre et démocrate en trompe-l’oeil à la réputation surfaite, boîte de résonance du pouvoir actuel. Cet artiste qui joue de tout temps le «révolutionnaire » et l’«éveilleur de conscience» est bel et  bien au service de son mentor et il est tout à
fait en phase avec sa politique et ses ambitions présentes et futures.

 

Que celui-ci reste toute sa vie au pouvoir, il serait bien content d’être à ses côtés pour le louanger en jouant les griots. Et bien entendu, il en retire les dividendes subséquentes. Tiken n’est pas un africaniste contrairement à ce                        

qu’il veut faire croire à ceux qui le vénèrent et qui prennent de leur temps pour l’écouter.

C’est pour cela que je suis surpris par ses propos-ci:

«Je veux m’adresser aux peuples africains. Il faut que les
Africains se prennent en charge. Qu’ils comprennent que l’Afrique a d’énormes potentiels (sic) et
qu’ils doivent prendre en main le destin de leur continent. » A quel peuple africain veut-il s’adresser
maintenant et à quel titre ?

 

On ne peut pas soutenir de bout en bout une rébellion armée, avoir des atomes crochus avec elle, être fier que la France intervienne  à tort et à travers en Afrique avec ses
bombes démocratiques et venir proclamer devant micros et caméras que les Africains doivent se prendre  en charge en prenant leur responsabilité. On ne peut pas être un admirateur propagandiste zélé et  démesuré de Soro et de Ouattara, être complice de  leurs exactions, profiter de leur pouvoir et prétendre
donner des leçons d’africanisme et de démocratie aux Africains. Véritablement, cet artiste prêche le
faux pour avoir le vrai. Pendant que le jour il joue au    consciencieux et au révolutionnaire, nuitamment il
mange à la table de ses tuteurs et autres amphitryons. 

 

Ne nous laissons donc pas distraire par des
«africanistes» sans envergure, qui chantent leur propre  malheur et qui soutiennent les rébellions et les
interventions militaires infantilisantes de la France en Afrique ; qui font «l’apologie de l’ignorance et de
l’inculture»

 

 

(Cf. Kofi Yamgname, Afrique, introuvable    démocratie, Brest, D’ailleurs, il me faut apprendre à Tiken qu’ Amadou Toumani Touré (ATT) qu’il admire tant n’est pas un modèle pour les Africains.

 

 

N’endormons pas la génération future avec de faux modèles, des modèles taillés sur mesure ou fabriqués de toute pièce.

 

Notre avenir se construira avec nous-mêmes et des leaders qui prennent de plus en plus conscience de notre domination
et sont prêts à engager à nos côtés la vraie lutte pour notre libération des jougs de l’impérialisme moderne, violent et pillard; des leaders qui sauront dire non aux préfets occidentaux qui dirigent et orientent l’Afrique depuis leurs bureaux à travers des réseaux mafieux et des chefs sans envergure et ambition qu’ils placent à la tête de nos États et nos peuples. L’enjeu de notre libération est tellement immense qu’il nous impose de choisir nous-mêmes nos modèles. 

 

De toutes les façons, et même dans un rêve fou, ce n’est pas un artiste de petit calibre qui doit nous guider dans le choix de nos modèles et de nos leaders charismatiques qui ne flirtent pas avec les armes et les bombes. 

 

 je termine avec ces propos du sage sud-africain : «Nous parlons d’un continent qui, alors qu’il est à la base de l’évolution de la vie humaine et qu’il a joué un rôle central dans la connaissance, la technologie et les arts des temps anciens, a traversé diverses périodes traumatiques, lesquelles ont arriéré ses peuples et les ont enfoncés toujours plus dans la pauvreté.» 

notrevoie

Par Père Jean K.