L’année 2013 vient de s’achever comme toutes les autres qui l’ont précédée. Cela est le rythme normal de la nature. Tout a un début. Tout a aussi une fin. Rien n’est éternel sur cette terre. C’est le rituel de la nature même qui l’impose. Et surtout, comme a dit le sage juif, «vanité des vanités, tout est vanité». Le philosophe a aussi dit qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. L’année 2014 qui vient d’arriver et celles qui la suivront connaîtront le même sort malgré le tintamarre dans lequel elles sont accueillies. De gré ou de force, tout passe et trépasse. Il en est de même pour nous les humains. Personne n’est éternel sur cette terre. Tu auras beau vivre 1000 ans, tu t’en iras un jour. Tu t’auras bien soigner dans les meilleurs hôpitaux du monde , et manger les meilleurs plats de la planète, tu finiras un jour. Il en est également de même pour le pouvoir. Tu l’auras beau protéger avec une horde d’armées, il ne te sera point éternel. Tu auras beau amasser tout le trésor du monde, tu n’en jouiras point éternellement.

Chez nous, ceux qui ont pris le pouvoir par les «bombes démocratiques» sarkoziennes, encore pleins d’orgueil, oublient ces leçons pourtant élémentaires de la vie ordinaire et de la nature. Fiers de leur pouvoir obtenu comme on sait, riches de tout le fric du pays pris en otage, fruit du bradage de nos biens, ils se projettent déjà dans l’avenir à coups de calculs d’intérêts. Ils veulent encore être là les années à venir, aussi longtemps qu’ils le voudront, sans demander l’avis du peuple. Ils veulent toujours tout garder pour eux-mêmes et pour eux seuls en maintenant leurs opposants en prison. Ils cherchent déjà les alliances pour consolider leur pouvoir et leurs biens. Ils accentuent le rattrapage ethnique pour protéger leurs clans contre tout danger de misère et de galère. Vanité des vanités, tout est vanité.
Quel bilan sincère peuvent-ils faire aux Ivoiriens et à ceux qui ne sont pas de leur clan et de leur parti ou même de leur région? Nul n’est dupe. Tout ce qui a été présenté aux Ivoiriens était déjà connu. Du déjà entendu. Un discours fort bien commandé, du copier coller. Les scribes de service, triés sur le volet, ont bien fait le boulot. Ne sont-ils pas payés pour ça? Ne sont-ils pas payés pour nous mentir à longueur de discours de leur mentor? Ils peuvent écrire et lire sans sourire ce que leur orgueil leur commande. Ne sont-ils pas au pouvoir? N’ont-ils pas toute la poudrière du monde avec eux? Il est de notoriété publique que le pouvoir rend aveugle et sourd. On croit qu’il est sien. On croit le maîtriser. Or il nous échappe dangereusement. Le pouvoir de chez nous étouffe tout esprit de discernement et abrutit l’intelligence. Tel qu’il est acquis et exercé chez nous, il y a toujours à craindre qu’il soit une poudrière qui peut à tout moment exploser.

Le meilleur bilan, c’est chacun qui le fait. Chacun sait et voit ce qui a été dit et fait. Ces genres de discours, ce rituel annuel, «exercice convenu», inutilement bavard et ennuyeux, bien commandés, sont donc du folklore pour distraire le peuple et cacher les lacunes et les ignorances. Nos discours présidentiels se suivent et se ressemblent incroyablement à travers un genre littéraire brumeux, uniquement intelligible pour ceux qui les écrivent et celui qui les déclame. Aucune originalité, aucune invention, juste pour faire survivre une tradition mensongère pour laquelle, à cors et à cris, les médias soumis sont associés. Il est à se demander si ce rite d’incantation, cette épouvantable phraséologie bâtie sur la même thématique incantatoire doit continuer d’autant qu’on sait déjà, comme un grand vaticinateur, ce qui va être officiellement proclamé devant caméras et micros.

Morceaux choisis d’un «discours prophétique», qui n’est pas loin d’un opium, toujours entendu et trompeur: «Nos excellents résultats économiques doivent se traduire nécessairement par une amélioration des revenus et un effort en faveur des plus démunis...J’ai le plaisir de vous annoncer qu’avec ces mesures, chaque fonctionnaire verra son salaire augmenter régulièrement, améliorant ainsi son pouvoir d’achat...L’année 2014 verra la fin de la pénurie d’eau...Toute la Côte d’Ivoire se modernise...»!

Quand on a fini de tenir un tel discours mensonger et incantatoire, bien pour plaire à ses applaudimètres, en face d’un peuple pris en otage par les dozos, on court festoyer et faire bombance avec son copain Sarkozy à la plage. Et c’est cela la modernisation de toute la Côte d’Ivoire. On a envie de crier: Vive la Côte d’Ivoire de notre bravetchê et warifatchê!

Terminons avec le sage sud-africain que tout le monde continue encore de pleurer: «Pour réussir en politique, vous devez amener les gens à avoir confiance dans votre point de vue en le donnant très clairement, très poliment, très calmement, mais en toute confiance.» (Nelson Mandela, Pensées pour moi-même. Citations, Paris, Points, 2011, p.359). Si nos gouvernants du bord de la plage d’Assinie pouvaient bien comprendre ce sage conseil!
Pour terminer vraiment, je vous souhaite une très bonne année 2014. Moi je n’ai pas de bilan et de promesse à vous faire. Je sais seulement que nous étions ensemble et que nous demeurerons ainsi. Que Dieu veille sur nous durant cette année en nous protégeant des dozos.

Par Père Jean K

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