07/0/2014

Dimitar dimitrov est parti en direction de la présidence de la
république, à Sofia. il a sorti une petite bouteille de vodka
qui contenait de l’essence. il l’a versée sur ces épaules et
y a mis le feu. « Je ne voulais pas me suicider, mais je voulais que le monde entier soit au courant de mon geste. C’est pour ça que j’ai agi devant la présidence ». révélera-t-il plus tard. (Cf. Le monde Géo et politique du 18/12/2013). au moins 117 tibétains ont  mis le feu à leur vêtement depuis 2009. La plupart sont morts ! en tunisie, l’immolation de mohamed Bouazizi a été l’acte qui a déclenché les événements qui ont abouti au fameux « Printemps arabe ».
Ce jeune homme s’est vu confisquer son matériel de travail avec lequel il survenait aux besoins ordinaires et alimentaires de sa mère et de ses soeurs. il s’est immolé pour protester. Sa mort a suscité une vague de protestations dans son pays. Celle-ci a évincé le président Ben ali du pouvoir. aujourd’hui on compte plus de 160 immolations en tunisie ! en remontant le cours de l’histoire, on peut noter l’immolation, sur la place Wenceslas, à Prague, de Jan Palach le 16 août 1969, étudiant tchécoslovaque qui protestait ainsi contre l’invasion
de son pays par l’Urss. avant cela, en 1963, un bonze vietnamien s’immola à Saïgon pour protester contre le régime dictatorial pro-américain de l’époque.
depuis l’acte symbolique et pathétique de mandiara ouatara (dû à la « méchanceté du rdr »), j’ai tenté de savoir, à froid, pourquoi des individus s’immolent par le feu. J’ai compris que ce n’est pas un acte de bravoure ou d’auto-flagellation mais plutôt un acte de protestation qui prend valeur d’offrande et de sacrifice de soi pour les autres. Une psychiatre tunisienne, rita el khayat, donne un sens à
la « symbolique de l’acte ». d’après elle, « il y a la volonté de marquer l’imagination de l’autre. Cela provoque chez ceux qui assistent ou chez ceux qui en entendent parler un processus horrifique ». Pour elle il y a une sorte de « torche humaine » qui marque et éclaire inévitablement
les consciences et peut susciter la révolte populaire.
L’immolation par le feu est le « suicide sacrificiel par excellence » qui provoque « une onde de choc » au sein de la société. d’ailleurs, le lieu que choisissent les immolés est toujours symbolique : dans la plupart des cas, devant les présidences de la république et les autres symboles de l’etat. L’immolation est donc toujours « un acte de protestation publique ». on prend à témoin toute la société pour
exprimer son ras-le-bol devant les injustices d’un pouvoir qui ne se préoccupe pas des pauvres mais qui les opprime et rattrape ceux de son clan, livrant les autres à la misère et à la détresse. Les immolations ont lieu généralement dans les pays où on est au stade zéro de l’être et de sa considération existentielle, où la population est obligée de subir la dictature des gouvernants, où les hommes sont banalisés et opprimés. « C’est la façon la plus voyante de protester
quand on ne peut ni parler ni être entendu ». en définitive, relève la psychiatre, c’est le « cri des opprimés de toutes natures ». de façon générale, la réponse des gouvernants aux messages des immolés est triste et méprisante. Un exemple triste chez nous avec le cas mandiara ouattara : le porte-parole du gouvernement a fait savoir que depuis que son mentor de ouattara est au pouvoir, personne
n’est jamais venu lui dire qu’il meurt de faim ! il a aussi dit que « le gouvernement a sa lecture » de ce fait ! ainsi, le pouvoir, partout, cherche toujours à minimiser et même à humilier l’acte symbolique des immolés. il les traite même souvent de « fous » ! mais selon la psychiatre, « c’est une manière de cacher le message, de le discréditer,
14pt;">www.m.slate.fr/story/33053/immolation-pourquoi). Quand des individus baignent dans un luxe insolent et immérité comme ceux qui nous gouvernent aujourd’hui par les armes, les flammes de l’immolation n’ont aucun sens pour eux mais elles représentent pour les  opprimés les flammes de l’amertume et de la douleur atroces. et pour nous croyants elles doivent être vues comme les flammes (ou feu) de l’enfer sur terre, les flammes suscitées par le diable et ses
suppôts. Les immolations sont-elles en train de devenir un acte de démocratie ? on peut le croire. Cependant, gageons qu’elles ne fussent pas la solution finale et fatale. Jusque-là on n’a connu que les marches, les grèves de la faim, les sit-in. aujourd’hui, chez nous, s’ajoute l’immolation dont mandiara ouattara est le symbole à la fois
historique et démocratique. Le plus cocasse dans cette affaire, c’est qu’elle est un membre actif du parti au pouvoir. du temps du « méchant Gbagbo », on n’a pas entendu dire qu’un malheureux a tenté de s’immoler pour protester contre l’horrible pouvoir de celui-ci. il a fallu l’arrivée au pouvoir des « démocrates patentés » pour que quelqu’un, l’un des leurs, s’immole chez nous par le feu ! C’est donc un message fort et pourvu de sens que nous laisse dame mandiara ouattara (peut-être une oubliée du rattrapage) et que nous ne devons pas banaliser.
Par Père Jean K.