J'emprunte le titre de la méditation de ce jour à l'intéressant livre de Nicolas
Beau, (Papa Hollandeau Mali. Chronique d'un fiasco annoncé, Paris, Balland, 2013,
224p.) Dans ce livre, l'auteur fait lepoint sous forme de chronique de l'intervention
de la France au Mali marquée par la visite de FrançoisHollande dans ce même pays pour
célébrer sa «victoire» sur les «forces du mal». Sur l'une des pancartes quiaccueillaient, dans la ferveur démesurée, le président français à Tombouctou, on a pu lire «Merci papa
Hollande»! Cet écriteau, à lui tout seul, retrace et décrit fort bien le type de relation que la France entretient depuis toujours avec ses «excolonies » d'Afrique ; une relation de papa et de bébé.
Et revoilà le même papa Hollande au bord de la lagune Ebrié (sans ses fameux scooter et casque, je l'espère). Son dernier voyage qu'il a effectué avant son atterrissage à Abidjan est sa
visite d’État en Amérique du 10 au 12 février 2014! Sans vouloir polémiquer
inutilement, mon esprit a essayé de revoir dans ce trajet hollandais, l'inverse
de celui du commerce triangulaire, à l'époque de l'esclavage des Noirs par les Blancs : Europe –
Afrique – Amérique – Europe. Est-ce un hasard du calendrier présidentiel? De toutes les façons, hasard ou pas, je remarque que papa Hollande veut refaire le chemin parcouru autrefois par
grand-papa Hollande, même si lui prend le chemin inverse. N'était-il pas bon d'ailleurs, avant de fouler la terre de l'esclavage et de la douleur, qu'il allât saluer l'arrière petit-fils dont grand-papa a traîné l'ancêtre en Amérique et qui aujourd'hui trône en maître sur Noirs et Blancs?
Au bord de la lagune Ebrié, Papa Hollande ne vient pas, cette fois-ci, chercher des esclaves. Cependant, le motif du voyage n'est pas différent, quoique la méthode semble radicalement
changé : chercher de l'argent. Il y a bientôt les municipales en France. Il faut bien trouver de l'argent pour que le parti surpasse les autres et résiste à la tempête qui risque de l'emporter.
Il faut aussi que les acquis de «la guerre de la France contre la Côte d'Ivoire» soient préservés. Pour cela, il faut bien que le successeur de Sarkozy vienne lui-même sur le terrain pour le contrôle d'usage ou de routine, surtout que Chinois et Japonais qui ne connaissent pourtant pas
«l'âme et la psychologie de l'Afrique de l'Ouest» rodent de plus en plus autour du gisement de pétrole ivoirien et des autres biens du pré-carré. «La république des mallettes» doit bien
résister à l'influence asiatique chez nous. La manne est trop précieuse pour qu'elle échappe, même pour un petit moment, au contrôle de papa. En ces temps de galère en France, il faut bien que papa lutte pour préserver les acquis, pour faire vivre la République et les enfants de plus en
plus exigeants. Au-delà de ce tour caricatural et un tantinet comique que j'ai bien voulu
donner à cette affaire de visite de papa Hollande, mes convictions restent les mêmes, à savoir que la France, qu'elle soit de gauche ou de droite ou des deux extrêmes, ne changera jamais sa
politique vis-à-vis de ses «anciennes colonies». Les hommes changeront à l’Élysée, mais les dossiers relatifs au pré-carré resteront les mêmes et ils seront toujours lus et traités de la
même façon : toujours à l'avantage de papa. Même quand les français n'approuvent
pas la politique de leur président chez eux, ils l'approuvent toujours quand il s'agit de l'Afrique.
Quand la côte de popularité de Hollande baisse piteusement en France, elle augmente quand il s'agit de l'Afrique. Et les propos de ces journalistes français révèlent bien cet état de fait :
« En raison de la proximité idéographique de l’Afrique, des liens politiques
et culturels qui ont uni pendant si longtemps la France à ses anciennes colonies et de la faiblesse des États africains, certains estiment que le temps d'une «deuxième indépendance
» pleinement assumée est venu, d'autres qu'il serait illusoire de croire que Paris n'interviendra plus sur le continent noir. Le nouvel ordre mondial, pensent-ils, exige au contraire davantage de France en Afrique. Occupés ailleurs, en Asie et dans le Pacifique, préoccupés par la situation en Syrie et le dossier du nucléaire iranien, les Américains ne peuvent et ne veulent pas agir partout. Ils se disent
d'autant plus soulagés de «soustraiter » les crises africaines à la France que c'est une «spécialité» délicate que Paris maîtrise mieux que les autres. «On ne peut sortir du rôle de gendarme de l'Afrique ni par de bonnes intentions ni par des discours. La France restera le gendarme de
l'Afrique tant que l'Afrique ne parviendra pas à se gendarmer ellemême, dit l'un deux.» (Lasserre I. et Oberlé T., Notre guerre secrète au Mali, Paris, Fayard, 2013, p.221.) Ainsi va la relation entre la France et ses «anciennes colonies». La visite de Papa Hollande rentre bien dans ce cadre vicieux et pervers éternellement tracé. Le bébé que l'Afrique est doit être attentif aux ordres de papa. Car
c'est de lui qu'il reçoit subsistance et lumière. En dehors de lui, il n'y a que ruine, misère et galère. Papa viendra nous tenir un autre discours. Mais ne soyons pas dupes. Car quand les officiels
français parlent publiquement de nous, surtout en bien, nous devons lire dans leurs propos le contraire
Par Père Jean K.
notrevoie / N°4643 des samedi 15 & dimanche 16 février 2014