Depuis quelques semaines, l’Archevêque Kodja est l’objet d’accusations très graves. Des choses qui pourraient jeter un discrédit à la fois sur sa personne et sur son ministère. La dernière en date concerne le décès d’Alphonse Lath, un ex-commando de la marine. Un homme de Dieu accusé de crime de sang, cela fait désordre. Nous avons essayé de comprendre en menant l’enquête.

D’abord, il a été question de ce que le serviteur de Dieu se livrerait à des rites de sang. Ensuite, et dans la même veine, le frère cadet du commando de la marine, Alphonse Lath mort en mars 2011, accuse aujourd’hui l’Archevêque de l’avoir tué. Pourquoi ? Et dans quelle condition cette mort est-elle survenue ?

Il y a quelques jours, c’est un Archevêque Guy Vincent consterné que nous avons rencontré. L’homme semblait terriblement touché par les accusations dont il est l’objet ces derniers temps.

«Je suis à la fois surpris et amer devant ces attaques contre ma personne, dit-il. Je ne comprends pas pourquoi on peut s’acharner ainsi contre moi.»

De leur coté, à Yopougon, quartier Jérusalem, les parents de Guillaume Lath, l’accusateur, ne comprennent pas, eux non plus, l’acharnement de ce dernier contre l’Archevêque. Antoinette Lath (la soeur aînée) affirme ne pas apprécier le comportement de Guillaume qui continue de dire dans la presse que l’Archevêque Vincent Kodja est pour quelque chose dans le décès de leur frère. «J’étais très liée à mon frère Alphonse, dit-elle. Mais je ne suis pas contente de savoir que Guillaume étale l’affaire de la mort d’Alphonse dans les journaux».

Leur père, Jérôme Adjé Lath, voudrait que cette histoire s’arrête. «Je n’accuse pas le Bishop, insiste-t-il. Il n’y a pas de problème entre lui et moi. Je demande à mon fils Guillaume de laisser toute cette affaire. Je souhaite que ça cesse une bonne fois pour toute.» Pour le vieil homme, c’est un accident, son fils a perdu la vie parce que cela devait arriver. «Je demande au Bishop de confier cette affaire à Dieu», ajoute-t-il.

Visiblement, la mort est venue mettre fin à une longue amitié entre l’homme de Dieu et Alphonse Lath. En effet, L’Archevêque Guy Vincent et Alphonse se connaissent depuis les années 80. Leur rencontre s’est faite dans les salles d’arts martiaux, à Marcory, à l’époque où le jeune Guy Vincent pratiquait le Tae Kwondo. Par la suite, les deux hommes se sont perdus de vue. Plusieurs années plus tard, en avril 2010, ils se retrouvent aux obsèques de la maman de Bony R.A.S, le binôme de Vincent Kodja (avec le groupe R.A.S). Dès lors, les amis d’hier renouent les contacts. Mais beaucoup de choses ont changé : Guy Vincent est désormais un serviteur de Dieu et Alphonse, commando dans la marine militaire. Le Bishop invite son ami à venir dans son église. Alphonse commence alors à fréquenter la Mission Evangélique Grâce et Vie (MEG-VIE) dont L’Archevêque Kodja est le président fondateur.

Plus tard, il devient le fils spirituel de l’homme de Dieu. Cette conversion au christianisme, renforce davantage leur lien. Et le serviteur de Dieu commence à lui faire entièrement confiance. C’est ainsi que, souvent, Alphonse va se joindre à la garde rapprochée de l’Archevêque à l’occasion de ses grands déplacements. Mais un événement malheureux va mettre fin à leur amitié, en 2011. Nous sommes le 28 mars. Après l’élection présidentielle et les contestations qui se sont installées, la tension est vive dans le pays. Plusieurs personnalités politiques et religieuses sont parfois des cibles. Dans cette atmosphère tendue, l’Archevêque décide de se mettre à l’abri, quelque part au Plateau. Pour s’y rendre, il fait appel à deux personnes robustes : Alphonse Lath et Cyrille Gnèplé. L’Archevêque Kodja lui-même se met au volant de sa voiture avec, à son côté, son épouse. Derrière eux, et dans une autre voiture, les deux hommes pour assurer leur couverture jusqu’au Plateau. Le cortège quitte la Riviéra 3 en direction du Plateau. Au niveau du Café de Rome, ils sont arrêtés par des hommes armés. Mais très vite, l’Archevêque Vincent Kodja est sous la menace de leurs armes de type Kalachnikov. Avec des propos tels que : «C’est vous-là, on vous connaît. On va vous tuer !» Alors, un instant, profitant de quelques secondes d’inattention au moment où ces bandits vérifiaient les coffres des deux voitures, il démarre et part en trombe. Ces hommes ont commencé à tirer sur sa voiture. «Pendant près d’une dizaine de minutes, j’entendais les tirs», se souvient l’Archevêque Kodja. Et de poursuivre : «Lorsque je suis arrivé au Plateau, j’ai demandé à N’Da Serges et les autres éléments de ma sécurité restés à la maison de se rendre sur les lieux pour s’enquérir de la situation de Cyrille et Alphonse. Ils n’y sont arrivés que plus d’une heure après. Serges me dit alors que Cyrille est mort et Alphonse est introuvable. Et toute la nuit, ils ont continué à chercher Lath. C’est le lendemain à 10h qu’on m’a informé de son décès».

Plus de trois ans après, Antoinette Lath, la soeur aînée d’Alphonse n’a rien oublié de ce terrible événement. «Lorsque j’ai été informée, je me suis rendue sur les lieux aux alentours de 14 h pour vérifier les faits. J’ai retrouvé le corps d’Alphonse dans une mare de sang déjà coagulée sur le boulevard lagunaire, près de la Cathédrale. Il était sans son arme, ni téléphone portable, ni clé de voiture. Ensuite, nous avons informé la Base Marine de Locodjoro qui a appelé Ivosep pour enlever le corps. Dans le corbillard qui emmenait le corps de mon frère à la morgue d’Ivosep, j’étais le seul membre de la famille».

Après ça, peut-on affirmer que la mort de ces deux hommes dans cette embuscade est un crime rituel ? En tout cas, pour Jérôme Adjé Lath, 90 ans, le père d’Alphonse, il s’agit simplement d’un crime crapuleux perpétré par des bandits. «C’est de Dabou que je suis arrivé à Abidjan pour voir le corps de mon fils à Ivosep. Ma fille aînée est restée à l’entrée de la morgue. Et j’étais accompagné de Guillaume et sa femme. J’ai constaté les impacts de balles à plusieurs endroits sur le corps. J’ai vérifié tout son corps, mon enfant n’a pas été égorgé, je n’ai pas vu de trace de couteau, ni sur le cou, ni sur ses poignets», dit-il.

Dans cette affaire, il faut peut-être qu’une enquête judiciaire soit menée pour déterminer la vérité. Et même si le père d’Alphonse souhaite qu’on ne remue plus une affaire aussi douloureuse, l’Archevêque Kodja lui, affirme qu’il serait soulagé si toute la lumière était faite sur ce décès.
Source : topvisages