La nouvelle alarmante de l’état de santé très critique de Bailly Spinto, en juillet 2013, a mis en émoi plus d’un Ivoirien. Surtout que l’on ne le savait pas malade. Sept mois après, c’est un Bailly Spinto très rayonnant que nous avons retrouvé le week-end dernier. Il a accepté d’accorder sa première interview (presse écrite) à Top Visages.
Tout naturellement, le rossignol de la musique ivoirienne est revenu sur ce terrible épisode de sa vie. Il a parlé également de son actualité, et de son plus grand regret dans sa carrière.
C’est un Bailly Spinto tout sourire, donnant des tapes amicales, saluant ici et là ses fans ou des amis qu’il croise cet après-midi du dimanche 9 février, à Sococé Deux-Plateaux que nous avons vu. Même si sa démarche est encore un peu mal assurée, l’artiste sait qu’il revient de loin. Ce terrible mois de juillet 2013 où toute la Côte d’Ivoire s’est réveillée avec la nouvelle de son état de santé très critique est désormais loin derrière. Mais aujourd’hui, le père de Taxi sougnon se porte bien et a même repris ses activités professionnelles. A son actif déjà, plus d’une vingtaine de spectacles donnés depuis novembre dernier. Mieux, Bailly prépare en ce moment un album de reconnaissance à Dieu pour l’avoir sauvé de ce mal qu’il qualifie de mystique. Un album qui devrait également «ressusciter» le Bailly Spinto des années 80.

• Comment te sens-tu, après tout ce qui s’est passé ?

- Je me sens bien maintenant. Bien que je sois en convalescence. D’ailleurs, j’ai repris les activités depuis le 5 novembre 2013. Mais, la semaine dernière, je me suis fait opérer de l’œil droit. Pour cause de cataracte.

• Dis-nous, qu’est-ce qui t’est arrivé exactement en juillet dernier ?

- D’abord, j’avais eu un choc au niveau de la tête avec une barre de fer qui a provoqué un dysfonctionnement de mon organisme. Il a fallu une intervention appropriée. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y avait un aspect physique, spirituel et mystique dans cette affaire. Ce choc m’a carrément fait bouger le cerveau. Un accident. Cela s’est passé pendant mes tournées au Burkina et au Mali. Par la grâce de Dieu, j’ai pu tenir jusqu’à mon retour en Côte d’Ivoire avant que tout ne se déclenche. J’ai été paralysé.

Quand je me suis cogné la tête, la maladie ne s’est pas manifestée sur place. C’est environ deux semaines plus tard que ça s’est déclenché. Le premier symptôme, s’est manifesté lors de la répétition pour l’émission «Afrique Etoiles». C’est à ce moment que j’ai ressenti un malaise. Puis, cela a entraîné une paralysie, avec toute la maladie qui a suivi.

• Est-ce vrai que tu étais dans le coma ?

- Non, il n’y a pas eu de coma, heureusement. En toute logique, après un choc aussi violent, tu peux effectivement tomber dans le coma. Mais Dieu merci, je n’ai pas été dans le coma.

• Tu parles d’un choc avec une barre de fer, mais on te dit aussi diabétique ?

- Non, ça, ce sont des faits antérieurs. Ce n’est pas une maladie qui m’affecte à un certain point. Je ne suis pas un diabétique déclaré. Je fais mes tests hebdomadaires pour vérifier le taux de glycémie, de cholestérol, etc. Je suis dans la moyenne. Donc, ce n’est pas une maladie qui peut conduire à ce qui s’est passé.

• Tu as évoqué une dimension mystique. Que voulais-tu dire par là ?

- Je vous explique comment ça s’est passé. Il n’était pas question que je prenne une barre de fer dans la tête, de cette manière-là. On peut appeler ça comme on veut. Mais, pour nous qui sommes croyants, à ce genre de choses nous répondons par des prières à Dieu. A ces oiseleurs-là (Il lève le ton : ndlr), à ces gens qui, tapis dans l’ombre, jettent des sorts aux autres ! Leur réponse, c’est la prière, tout simplement. C’est d’ailleurs Dieu qui a permis que je me remette très rapidement sur pieds. Ce qui m’est arrivé, personne ne peut l’avoir traversé et y survivre. Plusieurs maladies sont survenues en même temps. J’ai passé 4 jours avec le hoquet, à la maison. C’est impossible de tenir 4 jours avec le hoquet. Sans compter les vomissements, les évanouissements sporadiques. J’ai passé des moments de grande souffrance. Heureusement, les autorités, à leur tête, le chef de l’Etat Alassane Ouattara, le Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, les Ministres Maurice Bandaman et Alain Lobognon, mes amis comme Diabo Steck, Valen Guédé et bien d’autres artistes se sont mobilisés. Y compris même Top Visages et l’ensemble de la presse nationale ! Ce qui a fait échec aux tentatives de mes ennemis. Peut-être qu’ils récidiveront, mais Dieu est au contrôle.

• Qui pourrait en avoir après toi, au point de vouloir ta disparition ?

- C’est une association de personnes identifiables et identifiées, qui sont dans le pays et qui tournent. Elles se sont d’ailleurs confessées, devant ma famille. Ce sont des choses qui, à l’époque, quand elles arrivaient, on le gardait en famille pour nous-mêmes… Mais cette fois, on met ça sur la place publique.

• Mais pourquoi ces personnes t’en veulent-elles ?

- Le problème est que j’ai construit une grande maison, qui n’est d’ailleurs pas encore achevée. Et je continue de chanter. Tout ça les dérange. Mais si c’est ce que Dieu m’a donné, je fais quoi ? On me jette ça à la figure, c’est pourquoi j’en parle dans la presse. Sinon, il s’est passé des choses dans ma vie dont je ne parle pas. Ce n’est pas aujourd’hui que les gens ont commencé à me guetter. Je ne dirai pas de noms, parce que ce n’est pas important. Nous sommes en Afrique et les gens sont souvent comme ça. Certains n’aiment pas voir les autres réussir. Même quand tu es dans des difficultés, des gens cherchent à te nuire davantage. Donc, je savais que j’avais des ennemis.

• Généralement, ce genre de difficultés fait prendre de nouvelles résolutions. Cet épisode te donne-t-il une autre vision de la vie ?

- Ma vision de la vie reste la même : la simplicité. Etre au service des amis, des frères. Partager le souci du bien-être des autres. Moi, je n’ai jamais aimé les histoires inutiles. Je suis pour l’humilité, pas pour la fanfaronnade. Je suis un homme élevé par Dieu et je n’ai pas le droit de décevoir.

• … ?

- Cette interview est pour moi l’occasion de dire à mes fans que j’ai repris confiance, par la grâce de Dieu. Je repars de plus belle, mais sans oublier d’où je viens. Car, je sais que ces mêmes oiseleurs sont encore dans l’ombre. Il y a eu plein de choses que je ne vais pas déballer ici. Ce que je sais, c’est que je suis un survivant. Et celui qui a balancé dans le milieu que : «ils ont lancé un petit vent à Bailly Spinto», n’a pas eu tort.

• Tu as repris tes activités professionnelles. Est-ce avec la caution des médecins traitants ?

- On a fait des analyses et trois scanners. Le médecin-neurologue m’a rassuré sur le fait que je pouvais encore chanter. En dehors de ça, j’ai quand même encore quelques bobos, notamment au niveau des yeux : des troubles oculaires. Sur scène, je me sens bien, à l’aise. Vu que j’ai été paralysé durant deux mois, je fais quand même très attention. Sinon, je suis à mon 25ème spectacle depuis ma sortie d’hôpital. J’ai enchaîné les spectacles, parce que les Ivoiriens avaient envie de me revoir. Le week-end dernier, j’étais à l’Insaac (Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle : ndlr). J’ai tourné récemment à Yamoussoukro, à Gagnoa… Ce samedi (15 février : ndlr), je suis invité à jouer à Anono, ensuite je serai à Treichville.

• Ton prochain album, abordera-t-il des thèmes spirituels ?

- Il y aura des chansons à la gloire de Dieu. Pour ma reconnaissance à l’Eternel, je baptiserai l’album Gloire à Dieu. Et j’expliquerai aussi les conditions dans lesquelles ma mère est décédée durant la crise (en 2010: ndlr). Il faut que j’en parle. Son esprit m’a interpellé, depuis ma cachette. Sur les plans émotionnel et spirituel, ce sera un album assez fort. Dieu sera au centre. Et comme beaucoup de gens veulent que je chante Dieu, je le ferai davantage. Sinon, mes chansons comme Lago Bobo, Lago Yiy, Gnian Nan, etc. parlaient déjà de Dieu. Mais cette fois, l’album Lui sera consacré. Il y aura tout naturellement du Bailly dedans.

• Accepterais-tu que d’autres personnes écrivent des textes pour toi ?

- Oui. Il faut que le texte ait un sens et qu’il colle avec mon esprit. Sinon, je ne refuse pas qu’on écrive pour moi. Plein de personnes l’ont déjà fait. Des textes sont en attente. Mais l’actualité est tellement rapide qu’il y a toujours des thèmes à aborder et des textes qui attendent. Je profite d’ailleurs de cette interview pour dire aux reggaemen de reprendre leur combat. Parce qu’ils ne sont plus au même diapason que le peuple. Je le dis en tant que fan du reggae. Le disant, je fais un clin d’œil à mon frère Alpha Blondy, à Tiken Jah, Ismaël Isaac… J’en parle parce que je les aime beaucoup.

• OK. Parlant de toi, qu’est-ce qui manque à ta carrière aujourd’hui ?

- C’est la distribution mondiale de mes œuvres. Tous les producteurs, tous les gens qui ont tourné autour de moi m’ont tous grugé. Ils n’ont pas lancé ma carrière comme il se devait. Ils n’ont pas réussi à faire une bonne distribution dans les autres continents. Je reste sur la scène internationale comme un chanteur recherché en quelque sorte. Les gens écoutent mes chansons, ils entendent parler de moi, mais ils ne savent pas qui je suis. La faute à tout ce monde-là qui a gravité autour de moi sans rien faire à l’international. Il faut que les Chinois par exemple puissent écouter du Bailly. Quand on voit nos copies de droit d’auteur, certaines viennent même du Japon… C’est un combat que je ne peux pas faire seul. Dans mon cas, c’est une chose qui a manqué. Mais on y travaille, car c’est quelque chose de permanent. Tant que j’ai le souffle, je continuerai de travailler pour que cette musique soit écoutée au-delà de nos frontières. Et cette ouverture doit se faire pour tous les musiciens ivoiriens.
François Yéo & Claude Kipré

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