Le chanteur et arrangeur Bébi Philip Amessan, prépare son 2ème album qui va sortir bientôt. Nous avons rencontré en plein studio à Yop et avec lui nous nous avons evoqué divers sujets : Son prochain opus, ses arrangements, le milieu du couper-décaler ainsi que sa prétendue rivalité avec Serge Beynaud... Il parle sans détours.

Salut Kôrô Bébi, tu es plus en studio que sur scène, ces derniers temps.
Effectivement, plusieurs artistes me sollicitent pour des arrangements ces temps-ci. Ils veulent surtout bosser avec moi. Je suis beaucoup busy, je n’ai pas le temps pour moi-même. Je sors peu et j’ai dû même limiter les prestations en boîte de nuit.
• Estce qui explique que tu ne sortes pas de nouvelles mélodies ?
Non, pas du tout. Les activités du studio ne peuvent pas agir sur l’évolution de ma carrière musicale. Kôrô Bébi est présent sur la scène. Mon dernier single «Merveilleux» sorti en novembre, marche bien. Je prépare également un nouveau beat, «le Koumoulé» un mélange de musique ‘’afro’’ et ‘’électro’’.
• Que devient ton 2ème album annoncé depuis quelque temps ?
Il sortira après le single. ‘’Mon style de vie», ça sera un album de 14 titres. Les gens m’ont collé l’étiquette d’artiste couper-décaler. Mais ils auront l’occasion de me découvrir dans une autre dimension. Parce que ça sera à 50 % world music.
• Ok, comment juges-tu le travail de ces artistes qui te convoitent ?
Le niveau est relativement bas, il faut le reconnaître. Il y a des jeunes artistes qui arrivent ici au studio et qui attendent qu’on fasse tout à leur place, même écrire leurs propres textes. Je suis désolé, je ne peux plus me permettre cela aujourd’hui. Depuis un moment, je n’arrange pas tout le monde. Je suis obligé de faire le tri. Si tu viens me voir, j’essaie de connaître ce que tu sais faire, surtout si tu sais réellement chanter.
• On reproche aujourd’hui aux chanteurs couper-décaler de privilégier l’ambiance et de faire plus de bruits, au détriment de la musicalité ...
Je suis mal placé pour juger. De toutes les façons, ceux qui connaissent Bébi Philip savent qu’il ne fait pas de la musique d’ambiance, encore moins des bruits dans ses chansons. Je chante, je suis mélodieux. On dit souvent que le public va se lasser. Ecoutez, tant que ça plaît aux mélomanes, où est le souci ?
• Il n’y a pas de messages, non plus.
Vous savez comme moi que la base du couper-décaler, c’est l’ambiance. On veut égayer les gens. Même si je pense aussi que nous devons quand même réfléchir à comment faire passer un message sensé.
• On observe depuis quelque temps, une reconversion des arrangeurs dans la musique.
C’est tout à fait normal, les deux métiers vont de pair. Cette reconversion, c’est très important surtout pour les artistes-chanteurs. Parce que cela va leur permettre de côtoyer les instruments de musique. Quand je vois Kédjévara, Arafat, faire des arrangements et faire danser les gens sur leur propre beat, je suis heureux.
• Il paraît que vous les arrangeurs-chanteurs, vous vous investissez plus dans vos propres ‘’sons’’ par rapport à ceux des autres artistes …
Non, je ne crois pas, parce que personnellement, je me donne à fond sur tous les beat que j’arrange. Je ne sais pas faire de distinction. Seulement, quand tu fais ton son, tu le sens tout de suite et donc tu es plus à l’aise. C’est clair un artiste et un arrangeur qui bossent en studio, ne vont jamais s’entendre à 100%.
• Quelle comparaison fais-tu entre le couper-décaler des précurseurs impulsé par la génération des Douk Saga, et celui d’aujourd’hui ?
Ecoutez, toutes les musiques qu’on fait, évoluent dans le temps. Il faut s’adapter pour être d’actualité, c’est ce qu’ont su faire Molare, Lino Versace, Jean Jacques Kouamé….
• Quel regard portes-tu sur la musique nigériane ?
Les nigérians ont beaucoup progressé. La musique naija, est bien élaborée et la base rythmique est tirée du couper-décaler, ils ont su aussi utiliser les mélodies de leur terroir.
• Comment expliques-tu leur succès ?
Il ya à la base le sérieux et la solidarité, parce qu’ils ne passent pas leur temps à se défier. Ici, chez nous, la tendance est aux “clashs” entre artistes en boîte . Il ya trop d’adversités, de coups donnés de façon gratuite. On ne se soutient pas. Comment voulez-vous que l’on avance,quand des Dj de platines qui doivent promouvoir nos chansons, préfèrent jouer eux-mêmes leur «son». Les Nigérians ne sont pas à ce stade. Ils vont chercher les moyens pour faire de belles vidéos avec des budgets de 15 à 20 millions.
• Tu es assez amer quand tu parles de “clashs” dans le milieu .
Ça ne nous fait pas avancer, bien au contraire, ça nous désunit. Comment voulez-vous que des fans courent acheter vos tickets de spectacles, alors qu’on vous annonce dans un “clash” quelque part dans une boîte. Ecoutez, je ne suis pas là pour des “clash”. Si quelqu’un me “clash”, il me trouvera. Soit on en vient aux mains, soit c’est la justice qui va nous séparer.
• Vous êtes maintenant 3 arrangeurs au studio Big Street , pourquoi Serge Beynaud est-il parti ?
Il a sa raison, je pense qu’il a voulu être autonome. Mais moi, j’ai décidé de rester, je dois beaucoup au boss, Amed Sylla qui m’a beaucoup aidé.
• Tu étais très lié à Serge Beynaud un moment, quelles sont vos relations aujourd’hui ?
C’est un collègue et non un ami. Nous avons des rapports plutôt professionnels. Je l’apprécie pour ce qu’il fait. On a la même trajectoire, de l’arrangement chez Amed Sylla à la musique. Nous avons fait des collaborations musicales aussi. On s’est toujours respecté jusque-là.
• Il se dit qu’il a pris de l’avance sur toi dans le couper-décaler. Et que tu serais jaloux de son succès .
(Il se met à rire), Moi jaloux de Beynaud ? Non pas du tout ! Il a sa carrière, j’ai la mienne. Le meilleur, on a l’habitude de le dire, c’est celui qui «mousse» le plus. Vu que c’est lui qui est plus sous les feux des projecteurs en ce moment, on peut donc dire que pour l’heure, c’est lui le meilleur.
• Il y a une concurrence quand même entre vous ?
Ce sont les gens qui tentent de nous comparer. Sinon, il n’y a pas d’animosité entre nous, encore moins de rivalité. Il m’avait déjà sollicité pour faire les guitares de sa chanson ‘’Koumanlébé’’ et participer à la voix de son beat ‘’Mashokora’’. Mais aujourd’hui, Je ne crois pas vraiment en l’amitié dans le couper-décaler. Il y a trop de méchancetés. Des gens sont même prêts à vous descendre.
• On trouve que tu as du talent, mais tu tardes à exploser véritablement.
Je ne me plains pas de ma carrière. Je ne suis pas en concurrence avec quelqu’un, je vais à mon rythme.
• Qu’est-ce qui explique que jusque-là, tu n’aies pas encore voyagé pour des spectacles au niveau européen ?
On dit souvent que ‘’mourir, sans voir Paris, est un péché’’, je ne pense pas que la carrière d’un artiste se résume à quelques voyages en Europe. Et puis, on connaît les conditions dans lesquelles se négocient des voyages à l’international. Je n’envie pas quelqu’un. Parce que si je dois aller en Europe, c’est pour un bon contrat et non aller faire du tourisme.
• D’où vient la sympathie d’Olomidé pour toi ?
Il a été fasciné par la production de mon « son » ‘’Fo-bara’’. On a enregistré un single ensemble qui marche bien. Quand il est venu à moi, il a voulu que je lui fasse un son. Il m’a aussi sollicité pour l’arrangement de son prochain album.
• Qui partage le cœur de l’artiste ?
Je n’aime pas parler de ma compagne. J’aime vivre dans la discrétion. Sachez tout simplement qu’elle m’a donné une magnifique fille, Samira, que j’adore énormément.
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