
Dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, peu de présidents ont tissé un lien aussi charnel avec le monde rural que Laurent Gbagbo. Sous le cri de ralliement « Donnez-moi le pouvoir pour que je vous le rende », il a fait de la souveraineté des producteurs de café-cacao le pilier central de sa politique économique entre 2000 et 2010.
Le « Président-Paysan » :
Pour Laurent Gbagbo, le planteur ne devait plus être un simple exécutant, mais le véritable patron de la filière. En supprimant la bureaucratie étatique héritée de l'époque coloniale, il a permis aux paysans de s'asseoir à la table des négociations. Pour la première fois, des figures sorties des plantations, comme le célèbre Tapé Doh Lucien, se sont retrouvées à la tête de structures stratégiques comme la Bourse du Café et du Cacao (BCC).
Le Temps de la Prospérité : Le Cacao à 1 000 FCFA
L'un des plus grands succès de l'ère Gbagbo reste la revalorisation du prix bord-champ. En période de stabilité, le prix payé aux planteurs a atteint le seuil symbolique de 1 000 FCFA, un niveau qui permettait aux familles rurales de vivre dans une aisance réelle. « Sous Gbagbo, le planteur était un fonctionnaire », s'accordent à dire de nombreux anciens qui se souviennent d'une époque où l'argent du cacao circulait directement dans les poches de ceux qui travaillaient la terre.
L’Audace Industrielle : Le Rêve Américain
Laurent Gbagbo ne voulait pas que la Côte d'Ivoire se contente de vendre ses fèves brutes. Il a porté l'ambition nationale au-delà des frontières en initiant l'achat de l'usine de transformation de Fulton aux États-Unis. Ce projet visionnaire visait à briser le monopole des multinationales et à imposer le chocolat ivoirien sur le marché mondial, garantissant ainsi des revenus plus élevés pour les fils du pays.
Un Combat qui Continue
Malgré les crises politiques et les tentatives de déstabilisation, Laurent Gbagbo est resté fidèle à sa base sociale. Aujourd'hui encore, de retour sur ses terres, il continue de dénoncer la précarité des planteurs et de réclamer un système où le paysan touche le fruit de son labeur immédiatement, sans intermédiaire.
Conclusion : Plus qu'un simple gestionnaire, Laurent Gbagbo a été le défenseur d'une classe paysanne fière et autonome. Son héritage reste vivant dans chaque campement de Côte d'Ivoire, là où l'on se souvient du président qui regardait les planteurs dans les yeux.

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