
Alors que l’affaire Maabio secoue la toile ivoirienne, le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant multiplie les coups d’éclat judiciaires contre les internautes. Mais derrière cette « justice du buzz », la réalité des femmes battues et des enfants abusés reste un désert d'inaction. Enquête sur un système qui punit les mots plus sévèrement que les coups.
Tout commence par le témoignage de la tiktokeuse Yelenn Kouamé, dite « Maabio ». En brisant le silence sur les violences de son passé, elle a ouvert une plaie nationale. En réaction, un internaute nommé W.B. a publié sur Facebook : « Frapper femme je trouve ça logique ». La réponse du Ministère ne s'est pas fait attendre : arrestation immédiate à Daloa et transfert au parquet. Si ces propos sont abjects et condamnables, la mise en scène de cette arrestation pose question : le Ministère protège-t-il les victimes ou sa propre image
Qu'on se le dise : les propos de W.B. sont une abjection que nous condamnons sans réserve. Absolument. Il ne peut y avoir aucune tolérance pour l'apologie de la violence envers les femmes.
si le Ministère a jugé les propos de W.B. assez graves pour le jeter en prison, c'est que la loi est sans pitié pour les mots. Mais cette sévérité spectaculaire ne doit pas faire oublier l'essentiel : on condamne un homme pour un commentaire, alors que dans l'ombre, les vrais bourreaux qui frappent et violent continuent de marcher librement.
L’hypocrisie législative : le poids des mots contre le prix du sang
En Côte d'Ivoire, l'hypocrisie est devenue la règle. Grâce à la loi sur la cybercriminalité, un internaute risque jusqu'à 10 ans de prison pour un commentaire haineux. Pourtant, dans le silence de nos foyers, des hommes qui brisent des côtes et défigurent leurs compagnes s'en tirent souvent avec des peines dérisoires. Comment expliquer qu'un post sur Facebook soit jugé plus dangereux par l’État qu'un poing dans la figure ? Le Ministère semble plus terrifié par la mauvaise publicité numérique que par les cadavres de femmes que l'on ramasse dans l'ombre.
L'abandon social : des victimes sans refuge ni travail
Pendant que le Ministère de Nassénéba Touré traque les adresses IP, les victimes réelles, elles, traquent un espoir de survie. En Côte d'Ivoire, être une femme battue est une double peine :
- L'absence de refuge : Où vont les femmes qui fuient la mort ce soir ? Les centres d'hébergement d’urgence sont quasi inexistants.
- L'exclusion économique : Sans accès prioritaire à l'emploi ou à des crédits de survie, ces femmes sont condamnées à retourner chez leur bourreau pour ne pas mourir de faim.
L’urgence oubliée : enfants violés et abandonnés
Chaque jour, des enfants sont victimes de prédateurs ou abandonnés dans des conditions atroces. Où est la mobilisation « éclair » pour ces innocents ? Pourquoi ne déploie-t-on pas la même énergie policière pour traquer les violeurs d'enfants que celle utilisée pour traquer les provocateurs du web ? Le contraste est insupportable : le buzz pour les écrans, le silence pour les enfants.
Sortir de la justice spectacle
Le Ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant ne peut plus se contenter d'être un « Ministère de la Com’ ». On ne guérit pas une société en censurant Facebook. La prison pour W.B. ne soignera jamais les plaies de Maabio, ni ne remplira l'assiette d'un enfant abandonné.
Conclusion : Message ouvert au Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant
Madame la Ministre, le temps des « Directs » et des arrestations médiatiques pour des clics doit laisser place à l’action de survie. En Côte d'Ivoire, on ne meurt pas d'un commentaire Facebook, on meurt de l'indifférence de ceux qui sont payés pour nous protéger.
Si votre ministère est capable de mobiliser la police en 24 heures pour traquer un internaute comme W.B., pourquoi ne déploie-t-il pas la même rage pour loger les femmes battues qui dorment dans la peur ? Pourquoi les violeurs d'enfants courent-ils toujours quand les commentateurs du web, eux, sont déjà sous les verrous ?
Notre message est simple : Ne confondez plus communication et protection. La prison pour un mot ne soignera jamais une plaie physique. Les femmes et les enfants de ce pays n'ont pas besoin de votre buzz, ils ont besoin de refuges, de travail et d'une justice qui traque les coups aussi vite que les caractères. Rangez les caméras, la réalité vous attend sur le terrain.
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