
À chaque grande célébration, le rituel est le même : le chef de l’État ivoirien appelle à la cohésion et à la fraternité. Pourtant, derrière les mots lissés de la présidence, la réalité des prisons ivoiriennes, notamment la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA), raconte une tout autre histoire. Celle d’une jeunesse d'opposition qui paie le prix fort de ses opinions.
La rhétorique de la paix face à la réalité des cellules
Dans ses récentes adresses à la Nation, Alassane Ouattara n'a pas manqué de célébrer la stabilité et le « vivre-ensemble » en Côte d’Ivoire. Des discours qui sonnent creux pour les familles des dizaines de jeunes militants de l'opposition qui passent une nouvelle année derrière les barreaux de la MACA.
Pour les observateurs de la vie politique ivoirienne, le contraste est saisissant : comment prôner une Côte d’Ivoire « fraternelle » tout en maintenant une chape de plomb sur la jeunesse dissidente ? Ce refus de libérer les prisonniers d'opinion démontre une volonté de neutraliser toute contestation politique, bien loin de l'esprit de dialogue affiché sur les canaux officiels.
Les jeunes opposants : les grands oubliés des grâces présidentielles
Si le pouvoir exécutif brandit régulièrement des décrets de grâce présidentielle pour désengorger les prisons, ces mesures excluent quasi systématiquement les détenus politiques. Les critères de libération semblent soigneusement triés :
- Priorité aux délits mineurs : Les prisonniers de droit commun bénéficient des remises de peine.
- Maintien des verrous politiques : Les jeunes arrêtés lors des manifestations, les cyber-activistes et les mobilisateurs de l'opposition restent qualifiés de « menace à la sûreté de l'État ».
Cette stratégie permet au régime de garder un moyen de pression constant sur les partis d'opposition (PDCI, PPA-CI, GPS), en privant ces mouvements de leur base la plus dynamique : la jeunesse.
La MACA, symbole d'une réconciliation en panne
La détention prolongée de ces jeunes, souvent sans procès rapide ou dans des conditions judiciaires floues, reste le principal point de blocage d'une réconciliation nationale authentique. En refusant ce geste d'apaisement crucial, le gouvernement s'expose aux critiques des organisations des droits de l'homme qui dénoncent une justice à deux vitesses.
Tant que les portes de la MACA resteront fermées pour les prisonniers politiques, les messages de paix du président Ouattara seront perçus par une large partie de la population comme une simple stratégie de communication internationale, masquant une gouvernance sans concession à l'intérieur des frontières.
.jpeg)
