La famille de Thomas Sankara veut en avoir le cœur net sur la présence du corps de l'ex-président dans la tombe où il est supposé avoir été enterré. Mais cette requête a été rejetée le 30 avril dernier.

Le commando venu de la garnison de Pô, à 150 km au sud de Ouagadougou, le 15 octobre 1987, n'a pas fait de quartier, lorsqu'il a forcé l'entrée des villas du Conseil de l'Entente qui abritaient les bureaux du capitaine Thomas Sankara, le président du Faso.

Le père de la ''Révolution burkinabé'' et 14 de ses camarades ont été exécutés. Leurs corps criblés de balles, que leurs familles n'ont pas été autorisées à voir, ont été sommairement enterrés au cimetière de Dagnoën, dans la capitale. Depuis ce temps, la veuve Mariam Sankara et ses enfants, ainsi que les partisans de l'ancien président, tentent vainement d'en savoir davantage sur ce qui est advenu de sa dépouille.

Le corps de Thomas Sankara repose-t-il réellement dans la tombe où il est supposé être? Pour s'en convaincre, sa famille a introduit des actions devant la justice du Burkina Faso depuis 1997. 27 ans après ces faits tragiques, les démarches de la famille qui veut connaître la vérité pour faire enfin le deuil du disparu, n'ont toujours pas abouti.

En 2006, le comité des droits de l'Homme de l'Onu avait demandé à l'Etat burkinabé des explications sur les conditions de la mort du capitaine Sankara, des preuves sur le lieu de son enterrement et le dédommagement de sa famille, mais sans suite. En octobre 2010, les ayants-droit de l'ex-président avaient assigné l'Etat en justice pour l'ouverture de la tombe présumée en vue de prélever l'Adn du défunt et le comparer avec celui de ses enfants.

Mais rien n'y fit. Le mercredi 30 avril dernier, après avoir repoussé à deux reprises son délibéré, le 5 mars et le 2 avril 2014, le tribunal de grande instance de Ouagadougou s'est finalement déclaré incompétent sur la demande d'exhumation du corps de Thomas Sankara. Le juge a évoqué deux raisons pour motiver sa décision. L'une portait sur ''l'organisation des juridictions'' au Burkina Faso et l'autre sur ''le code de procédure civile''.

Cette décision a naturellement déçu et provoqué la colère de la famille et des sympathisants de Sankara. L'avocat de la famille, Me Bénéwendé Sankara, a taxé la justice de son pays de «justice aux ordres». L'avocat qui entend poursuivre son combat, n'exclut pas de saisir la Cour d'appel pour avoir gain de cause.

Charles d'Almeida
Source : L'Inter