Ouagadougou - Le gouvernement burkinabè a démis de ses fonctions le procureur général de Ouagadougou pour son rôle passé dans le traitement judiciaire de l’affaire Norbert Zongo, un célèbre journaliste assassiné en 1998, a-t-on appris de source officielle mercredi.

"S’agissant de l’affaire Norbert Zongo, (...) nous faisons table rase du passé, le dossier est rouvert avec de nouveaux hommes, en l’occurrence un nouveau procureur nommé seulement hier (mardi)", a déclaré le président Michel Kafando dans son discours du Nouvel An.

Promu en 2013 procureur général, sous le régime du président Blaise Compaoré chassé par la rue fin octobre, Wenceslas Ilboudo avait été le juge d’instruction de l’affaire Zongo. En 2006, il avait prononcé un non-lieu en faveur de l’adjudant Marcel Kafando, le seul inculpé dans le dossier.

Le procureur général a été remplacé par Laurent Ouédraogo, jusque-là président de chambre à la cour d’appel de Bobo Dioulasso (ouest).

Le ministre de la Culture, Adama Sagnon, ex-procureur en charge de l’affaire Norbert Zongo, avait été poussé à la démission fin novembre.

L’affaire Zongo avait plongé le pays dans une grave crise et provoqué un tollé chez les défenseurs des droits de l’Homme et de la presse.

Directeur de publication de l’hebdomadaire L’indépendant, Zongo, un journaliste d’investigation réputé "incorruptible", avait été assassiné le 13 décembre 1998 avec trois de ses compagnons sur la route de Sapouy, à 100 km au sud de Ouagadougou. Son corps calciné avait été retrouvé dans sa voiture.

François Compaoré, le frère cadet de l’ex-président, a été soupçonné d’être impliqué dans ce crime.

Au moment de sa mort, le journaliste enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré torturé à mort par des gardes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne de Blaise Compaoré.

Aucune condamnation n’a jamais été prononcée.

Cette affaire reste l’un des épisodes les plus sombres du règne de Blaise Compaoré, au pouvoir durant 27 ans avant d’être chassé fin octobre par un soulèvement populaire.

Le nouveau gouvernement a récemment saisi la justice pour la "réouverture du dossier" afin de retrouver les coupables et les commanditaires dans cette affaire.

AFP