20/01/2014

Charles, depuis la triste date du 17 Janvier 2013, tu es privé de liberté. Tu n’es plus libre de tes mouvements. Cela fait donc 12 mois aujourd’hui  que tu es dans les liens de l’emprisonnement.
Nos appels incessants n’ont point eu d’écho favorable. Peut-être nos voix sont-elles inaudibles ? Et pourtant nous crions à rompre nos cordes vocales. Tristes, inquiets, nous sommes; mais,
nous refusons de pleurer toutes nos larmes ! Depuis que nous t’avons
aperçu de façon furtive, au palais de justice ( ?) du Plateau, le 30 Janvier 2013, personne
n’a eu l’occasion de te voir. Même tes avocats qui ont eu plus de chance que
nous n’ont pu te rencontrer qu’une seule fois après le 30 Janvier, soit le 02 Août
2013. Grâce à eux, nous avons su que ta « résidence protégée
», du fait de ta personnalité, pour des questions de sécurité due à ton rang, car dit-on
que ta vie serait menacée, était en réalité les violons de la DST. Es-tu en sécurité là ?
Avec les conditions dans lesquelles tu es détenu, es-tu à l’abri de toute menace ?
Les nouvelles qui nous parviennent appellent à penser le contraire des assurances
qu’on veut nous faire avaler. Tout porte à croire que nos craintes sont légitimement
fondées. L’isolement, l’enfermement, le silence seraient tes compagnons de tous les
jours. Tu n’as droit à rien ! Ni visites régulières de tes avocats, de ta famille, de ton médecin,
de tes compagnons de lutte, ni droit à l’information. Que manges-tu?

Dans quelles conditions dors-tu Charles ? Autant  d’interrogations qui sont nôtres quotidien.Plusieurs fois, on nous a annoncé que ton état de santé était critique avec des crises à répétition. Oui, je sais ta force mais, je sais aussi ta fragilité. Je sais que les risques sanitaires liés aux conditions de détention qu’on nous décrit (immobilisation  prolongée, défaut d’une activité physique régulière,même pas la marche, absence d’assistance médicale) sont importants. Cette sédentarité qui t’est imposée, dans un contexte de stress, d’angoisse et d’anxiété constituent de véritables facteurs de risques d’Accidents Cardiovasculaires et d’autres pathologies. Je suis moimême bien placé pour le dire, non seulement au regard de ma propre expérience mais surtout en ma qualité de Médecin.Charles, malgré nos démarches, personne ne sait  avec précision où tu es à ce jour, car récemment nous avons été informés que tu ne  serais plus dans les locaux de la DST. Je ne sais pas si tu le sais,  mais la CPI te réclame. Je ne sais pas si tu es informé, mais il se raconte que tu es le concepteur, l’auteur d’un certain « article 125 ». On dit aussi que tu es un violeur ! C’est pour ça aussi qu’elle te veut, cette cour ! Charles, tu ne le sais pas, mais ton pays vient de demander un sursis de trois mois à la CPI quant à la demande formulée par ladite cour à ton pays de te voir transféré auprès de ton père Laurent Gbagbo. Je ne sais pas si je vais te voir de si tôt Charles. Tes avocats continuent de se battre pour que ce transfèrement n’ait pas lieu et la Côte-d’Ivoire elle-même ne semble pas trop le vouloir non plus. Mais moi, je te préfère vivant à la CPI que mort dans ces conditions de détention inhumaines. C’est vrai qu’un tel transfèrement compromettra le processus de réconciliation dont je m’évertue à dire que tu en es un maillon essentiel etincontournable. Dans tous les cas, je sais que tu vas t’en sortir et tu sortiras plus grand et plus fort de cette situation difficile.Cependant, à vrai dire, mon  souhait le plus hardent, dans  l’urgence, c’est que les autorités améliorent tes conditions  de détention à défaut de te libérer. Qu’on puisse te voir, te toucher et te parler.Tu t’en porterais mieux ! Nous continuerons de nous battre, d’user de pédagogie pour que ceux pour qui tu as pris des risques hier, afin qu’ils soient acceptés par les ivoiriens malgré le glaive qu’ils ont porté dans le sein de la mère patrie, ceux que tu as invité chez toi, chez le Président Laurent Gbagbo et que le digne peuple bété a accueillis avec une hospitalité débordante, aient en souvenir tous tes gestes à leur endroit.Je ne cesse de le dire aux gens, chaque fois que j’en ai l’occasion, que tel que hier larecherche de la Paix paraissait impossible sans eux, aujourd’hui c’est ensemble, avec toi, avec eux, avec nous qu’on doit aller à la reconquête de la Paix qui semble hélas, s’éloigner chaque jour

un peu plus. Je continuerai de leur dire, avec la manière que la Paix ne saurait se construire durablement
sans toi, encore moins contre toi. Elle doit se réaliser et elle se réalisera avec toi. Nous continuerons de leur parler pour que ces frères, tes amis, agissent afin que  les portes de la prison s’ouvrent
pour toi et pour tous les autres. Te connaissant, je sais que dès ta sortie, dès les premiers moments de ta liberté inévitable, tes premiers mots seront des mots de paix et d’amour, au-delà des souffrances
injustement endurées. Des mots, des propos à la hauteur de ta grandeur, à la hauteur de ce que nous savons tous de toi. Sois rassuré Charles, du lieu si lointain où tu te trouves que nous sommes avec toi.
Pour toi, nous sommes debout et nous le resterons jusqu’à la délivrance. Que Dieu te fortifie, qu’il te
donne la force de faire dignement face à cette autre épreuve de ta vie.
Ton ami Patrice S.