Projet coûteux, recul de la démocratie… les critiques de Toussaint Alain contre l’avant-projet de Constitution en Côte d’Ivoire ne manquent pas.

 

Pour l’ex-conseiller en Communication de Laurent Gbagbo, « la lecture de cet avant-projet de Constitution montre clairement qu’il y a un véritable recul des principes démocratiques en Côte d’Ivoire ». Le 4 octobre 2016, veille de la présentation du texte de l’avant-projet au Parlement ivoirien par Alassane Ouattara, Toussaint Alain organisait avec Me Habiba Touré un tchat sur Facebook. Objectif : « lancer la discussion et l’échange » pour « donner des clés à l’opinion ». Africaposts s’est entretenu avec lui, quelques heures avant ce « live » sur les réseaux sociaux. Voici ses principales critiques à l’encontre de cette révision constitutionnelle qui devrait donner naissance à une 3e République en Côte d’Ivoire.

 

1 – Tous les acquis sont niés

 

« Quand on regarde les deux premières Constitutions, celle de 1960 comparée à celle de 2000, on note des avancées significatives avec notamment la fin du parti unique. Mais celle de 2016, la Constitution type Alassane Ouattara ramène le pays en arrière. Elle nie tous les acquis obtenus par nos devanciers. Cet avant-projet de Constitution nous ramène à une période totalement préhistorique. Elle met en danger l’avenir démocratique de la Côte d’Ivoire. »

 

« Cet avant-projet de Constitution nous ramène à une période totalement préhistorique. Elle met en danger l’avenir démocratique de la Côte d’Ivoire. »

 

« Quand on proclame dans les articles principaux de cette Constitution que la liberté de manifester est garantie par la Constitution et qu’on viole cette disposition le jour-même de sa présentation au Parlement, en interdisant des marches et des sit-in, ça veut tout dire. »

 

« Le pouvoir actuel a choisi la promotion par l’ethnie, par la religion alors que les Ivoiriens sont censés être égaux en droit, selon la Constitution que Monsieur Ouattara veut faire voter dans les semaines qui viennent. »

 

2 – Le peuple ignoré

 

« On ne peut pas modifier une Constitution en choisissant la clandestinité. Il n’y a pas eu consultation des forces vives de la Nation pour ce texte. Les politiques, la société civile, les mouvements de jeunesse, les mouvements de femme, les travailleurs, les syndicats, ont été tenus à l’écart d’un processus aussi important. »

 

« En 1999, le général Guei avait entamé son initiative constitutionnelle en s’appuyant sur le peuple. La Constitution, c’est d’abord des règles édictées par le Peuple et cet esprit ne prévaut pas dans la démarche de monsieur Ouattara. »

 

« Maintenant, outre le fait que c’est un texte mal fagoté, rédigé dans un français de niveau scolaire, je me demande si ces experts qui pour moi ne le sont que de nom ont vraiment travaillé. On a juste l’impression qu’ils ont sorti un document pour faire plaisir à Monsieur Ouattara et cela interroge sur le sérieux qui a été mis dans ce travail. »

 

3 – Ce texte empêche l’émergence d’une nouvelle classe politique

 

« Il y a des articles qui sont un recul. D’abord sur la condition d’éligibilité. Minimum 35 ans pour être candidat à la présidence de la République. Mais, on ne nous dit pas jusqu’à quel âge on peut être éligible. Nous sommes dans une période où, il est important que les aînés passent la main. Que peut encore apporter un chef d’Etat à 75 ou à 80 ans dans un pays où les trois quarts de la population ont moins de 35 ans ? »

 

Il faut faire de la place à la nouvelle génération. L’esprit de ce texte empêche l’émergence d’une nouvelle classe politique.

 

« D’autre part sur l’éligibilité, on ne peut pas demander à un candidat d’être exclusivement Ivoirien et dans le même temps exigé qu’il soit de père ou de mère eux mêmes Ivoiriens de naissance. C’est à dire qu’on est à la fois dans l’exclusivité et dans l’inclusion. Il y a un certain nombre de doutes à lever. Il faut de la clarté dans un texte fondamental. »

 

4 – Des dépenses inutiles

 

« Ce texte va créer un vrai problème de pouvoir dans notre pays. Président, vice-présidence, et un gouvernement qui n’existera que de nom. En plus de la création d’un sénat alors qu’il y a des établissements scolaires dans notre pays, notamment les établissements publics qui n’ont ni bancs, ni équipements pédagogiques pour travailler. Et on dépenserait des milliards chaque année, au moins 12 milliards, pour entretenir des Sénateurs. Je pense que tout cela n’a aucun sens. Il faut que le pouvoir de monsieur Ouattara puisque c’est ce pouvoir qui est à l’initiative de cette nouvelle Constitution appelle l’ensemble des Ivoiriens à la réflexion afin qu’un texte digne de la Côte d’Ivoire et des défis qui s’imposent à notre pays puissent être rédigé et adopté à la majorité. Cette révision constitutionnelle qui paraît dénuée de tout fondement. »

 

Ce sera un référendum contre Monsieur Ouattara. Et si le non l’emporte, il faudra qu’il quitte le pouvoir.

 

5 – Un passage en force

 

« Au régime, nous disons ceci : discutons, faites comme le General Guei en 2000. Impliquez l’ensemble des forces vives de la Nation. Pourquoi en 2016, Monsieur Ouattara qui se drape à chaque fois des oripeaux démocratiques ignore totalement le Peuple. La Constitution c’est d’abord le texte qui appartient au peuple. La démocratie c’est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Donc quand on est conscient de ces règles générales, on ne peut qu’adopter la démarche qui emmène le pays sur la voie du changement positif et de l’alternance. »

 

« Le débat public doit s’ouvrir. S’il y a un référendum et si monsieur Ouattara l’impose par la force, ce sera un référendum contre Monsieur Ouattara. Nous serons donc contraints de mener une campagne pour le non. Et si le non l’emporte, il faudra qu’il quitte le pouvoir. »

 

Source: Africaposts.com