Par Fraternité Matin - La confrérie de dozos récuse le rapport de l’ONU les accusant de crimes de sang et de violations des droits de l'homme.

Photo: Jeudi 1er novembre 2012. Abidjan. Salle de conférences du ministère des Affaires étrangères, au Plateau. Le ministre d`Etat, ministre de l`Intérieur, Hamed Bakayoko rencontre les premiers responsables de la confrérie des chasseurs traditionnels (dozos) de Côte d`Ivoire.

Le samedi 21 décembre, au cours d’une conférence de presse tenue à la maison de la Presse au Plateau, la Fédération nationale des confréries dozos de Côte d’Ivoire (Fenacodo-Ci) a donné son avis sur le dernier rapport de la division des droits de l’homme de l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), publié le 6 décembre dernier. Au cours de cette rencontre, un programme intégré de développement durable des dozos a été présenté. Ce programme qui s’étend sur quatre années, vise l’intégration socio-économique des dozos. « Nous allons transformer, grâce à ce programme, les dozos en opérateurs économiques et agents de développement », rassure M.Damoé, responsable de projet au sein de la Fenacodo-Ci.
« Vu le code moral très strict de la confrérie des dozos, de tels crimes ne peuvent être à l’actif d’un membre de cette confrérie », précise Sory Dosso, président de cette fédération. Par ailleurs, il a rassuré que sa confrérie est disposée à accompagner l’État à réussir le processus de réconciliation nationale en cours. Le chef des dozos a encouragé les autorités ivoiriennes à poursuivre ces enquêtes afin que la vérité soit sue de tous. « Les résultats de ces enquêtes permettront de blanchir une fois pour toute les dozos », reste-t-il convaincu. Pour éviter de telles accusations sur leur corporation à l’avenir, Sory Dosso invite ses collègues à se faire identifier. « Si l’on se connaissait, on répondrait mieux et juste au dernier rapport de l’Onuci », regrette le chef des dozos. Cette conférence de presse a enregistré la participation d’Eugène Nindorrera, chef de la division des droits de l’Homme à l’Onuci.

Diomandé Mémoué

EXTRAIT DU RAPPORT DE L’ONU ACCUSANT LES DOZOS DE CRIMES DE SANG ET DE VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME

Par Le Nouveau Courrier - Un aperçu des crimes des dozos recensés par l’ONUCI.
Le rapport de l’ONUCI sur les abus des droits de l’homme commis par des dozos en Côte d’Ivoire entre 2009 et 2013 est très édifiant sur leur organisation et les raisons de l’impunité dont ils bénéficient
de la part d’un régime Ouattara qu’ils ont contribué, par leurs armes et pouvoir mystiques, à imposer. En dépit des contrevérités flagrantes que l’on y découvre, reprenant les clichés tendant à faire croire
que les Nordistes étaient marginalisés, exclus de la citoyenneté ivoirienne, et avaient besoin de se protéger contre un Etat prétendu ivoiritaire qui les pourchasserait.
25. (…) Le rôle joué par les Dozos pendant la crise et la reconnaissance
dont ils jouissent auprès des pouvoirs publics et des forces de l’ordre ont
contribué à changer le rapport de force avec les autochtones. Selon les propos d’un chef

de village rencontré par l’équipe dans la région du Lôh-Djiboua, les Dozos « ont pris la
grosse tête. Ils disent que le pouvoir a changé de camp et qu’ils sont maintenant en
position de force (...) ; Ils s’estiment au-dessus de la loi et affirment à qui veut l’entendre
qu’ils n’ont de compte à rendre qu’au Président Alassane Ouattara (..) ; Ils ne respectent
pas le chef de village qui est le représentant de l’administration dans le village (..). Bref, les Dozos font la loi surtout qu’ils sont devenus majoritaires par rapport
aux autochtones dans le village».
26. Dans de nombreuses localités, notamment à Adebem, Duekoué, Gagnoa, Man et
Taï, les tensions intercommunautaires sur fond de revendications foncières ont été ravivées
entre les Dozos et les populations autochtones. Ces dernières s’interrogent sur ces civils à qui ils ont donné des terres pour pratiquer l’agriculture et qui se sont transformés
du jour au lendemain en hommes en
armes et terrorisent la population. Certains Dozos jouissant de contrats restreignant
leurs activités agricoles à la pratique de cultures annuelles se sont lancés dans des cultures
pluriannuelles à l’instar de l’hévéa, du café et du cacao, sans le consentement des
propriétaires. Ces derniers sont interdits d’accès auxdits champs lors de leur mission
de contrôle d’occupation des terres par les Dozos. Le préfet de Duekoué, a fait le point
sur la situation sécuritaire dans sa circonscription le 25 juin 2011 et a indiqué, entre
autres, que la forte présence spontanée des Dozos, notamment sur l’axe Duekoué-Man,«
(...)représente aujourd’hui une menace pour la population autochtone (...) » et qu’il y a un réel risque de conflit intercommunautaire si rien n’est fait . La diversité actuelle des
groupes ethniques constitutifs des Dozos et les visées opportunistes des adhérents
représentent une nouveauté au sein de la confrérie dès le lendemain de la crise postélectorale. I. Analyse du statut des Dozos
27. Considérés tantôt comme des civils armés, agents de sécurité et de gardiennage
ou membre de groupes d’auto-défense, les Dozos se sont également constitués, notamment à partir d’octobre 2002, en milices armées à la solde de certains leaders politiques,
en l’occurrence la Compagnie des guerriers de la lumière dont le siège était à Bouaké et le zone d’action couvrait toute la partie septentrionale du pays. Les Dozos se
sont affiliés aux partis politiques, aux mouvements insurrectionnels ou « rébellion » et
ont pris part aux offensives militaires organisées par ces dernières. Ils ont également
suppléé des forces officielles de défense et de sécurité ivoiriennes, patrouillant conjointement avec les FRCI en exécutant des missions classiques de sécurité et de défense dévolues aux militaires, policiers et gendarmes.
28. Cet élargissement du champ d’activités des Dozos correspond à l’expansion progressive
de leur espace d’intervention sur toute l’étendue de la Côte d’Ivoire. En agissant
conjointement avec les forces de défense et de sécurité ivoiriennes ou en les suppléant
dans des zones où les forces de l’ordre sont inexistantes, les Dozos sont assimilables aux
acteurs étatiques et tous ceux qui agissent pour le compte de l’Etat .Ce soutien des pouvoirs
publics et la reconnaissance des Dozos pour services rendus en matière de lutte
contre l’insécurité et lors de la crise politique, ont renforcé chez ces derniers un sentiment
d’impunité et favorisé la naissance d’une vocation sur le marché officiel de la sécurité en Côte d’Ivoire.
29. Depuis la fin de la crise, l’équipe a observé que dans l’ex zone CNO, par exemple,
les forces de l’ordre et certains FRCI sollicitent systématiquement les Dozos pour
partager des informations sécuritaires et pour les assister lors de leurs opérations
dans des zones affectées par la criminalité. Cette observation a également été faite dans
plusieurs autres régions et localités au sud, à l’est et à l’ouest du pays, où les responsables
administratifs, traditionnels, et des services des forces de l’ordre sont pro-Dozos.
Lors de ces opérations conjointes, les Dozos, grâce à leurs prétendus pouvoirs mystiques,
sont en première ligne alors que les forces de sécurité officielles sont en arrière-plan.
Ces compétences mystiques des Dozos sont également sollicitées par des responsables
des forces de sécurité, des FRCI et des magistrats lors d’enquêtes pré-juridictionnelles
ou juridictionnelles afin de retrouver rapidement les auteurs présumés d’infractions,
crimes et délits . Selon les responsables des forces de l’ordre et des institutions
judicaires rencontrés par l’équipe à Korhogo, cette collaboration se fonderait sur l’article
72 du Code de procédure pénale qui dispose que « dans les cas de crime flagrant ou de
délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en
appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche. »
30. Face à ces dysfonctionnements et afin d’encourager les Dozos à vaquer à leurs
occupations originelles, les autorités étatiques ont adopté, le 5 juin 2012, une circulaire interministérielle interdisant aux Dozos de mener des missions de sécurité sous peine de sanctions ou de poursuites judiciaires.
Le 4 juillet 2012, un décret portant réglementation du port d’arme et de munitions a également été adopté par les autorités étatiques. Toutefois, ces prescriptions ont été appliquées très partiellement sur l’ensemble du territoire. La liberté et le zèle que les Dozos continuent de faire montre en matière de sécurité pourraient indiquer que leurs interventions, non officielles, sont acceptées et tolérées par les autorités étatiques. Cette situation est également liée aux facteurs structurels et conjoncturels qui limitent l’efficacité des forces de l’ordre dans leur mission de protection des personnes et de leurs biens.
31. Les Dozos revendiquent le statut de civils. La question de leur désarmement a souvent été évoquée pour s’aligner à leur
statut de civils. Historiquement, les Dozos sont apolitiques et leurs activités sont restreintes
dans le champ culturel. Le port du fusil traditionnel de petit calibre généralement fabriqué artisanalement est un critère de référencement social, culturel ou existentiel.
Ce statut de civils portant des armes de manière incontrôlée se complexifie et représente
une menace sérieuse pour la population civile non armée dans un contexte de
crise qui a favorisé chez certains Dozos le troc du fusil traditionnel contre des armes de guerre. Dans tout Etat, il est essentiel que le port des armes soit réglementé, même en ce qui concerne le port des armes traditionnelles, de manière à mieux contrôler leur usage et leur circulation. Suite à leur instrumentalisation
par des hommes politiques dans le cadre de la crise politique, les Dozos
sont devenus une milice armée.
32. Les groupes d’auto-défense armés ou milices armées de Dozos affiliés à des forces de la rébellion et qui ont soutenu des forces officielles en opération, tombent dans la catégorie des acteurs non étatiques . Ces multiples rôles joués par les Dozos deviennent plus complexes à analyser lorsque les Dozos usurpent le statut d’acteur étatique de fait pour légitimer leurs interventions sous la
bannière de milice armée. Tout se passe dans la pratique comme s’il s’agissait d’une délégation de prérogatives de fait reposant principalement sur des arrangements non officiels et isolés émanant de certains officiers des FRCI et des autorités administratives,
politiques et traditionnelles pro-Dozos.