Par Jeune-Afrique

Henri Konan Bédié a été facilement réélu à la tête du PDCI, dimanche. Avec dans sa ligne de mire, la présidentielle ivoirienne de 2015.

C’est sans surprise que l’inventeur de l’ivoirité, victime en 1999 du premier putsch de l’histoire ivoirienne, a été réélu dimanche 6 octobre à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). L’ex-président ivoirien Henri Konan Bédié a récolté près de 93,3% des suffrages lors de la clôture du 12e congrès de sa formation politique, le premier depuis le coup d’État raté de 2002 qui a abouti à la séparation du pays en deux pendant 10 ans.

Les candidats à sa succession, le numéro 2 du PDCI, Alphonse Djédjé Mady, et le président de la jeunesse du parti, Kouadio Konan Bertin (dit « KKB »), ont fait des scores dérisoires : respectivement 3,29% et 3,07% des suffrages. « Je tends amicalement la main à mes adversaires », qui « seront considérés comme des membres » du PDCI, a-t-il assuré après son sacre.

Mais c’est surtout sur la position de Bédié en faveur d’un candidat à la présidentielle de 2015 – au moins au premier tour – qui était attendue. « Il est évident qu’en tant que parti politique, nous ne pouvons pas ne pas avoir de candidat » en 2015, a-t-il affirmé, ajoutant qu’ »une convention » serait convoquée « en temps opportun » pour « répondre à cette question ». En clair, des primaires seront organisées pour déterminer celui qui portera les couleurs du parti face à Alassane Ouattara, le président sortant qui a déclaré vouloir faire un deuxième mandat.

Prolongations

Le dernier chef de l’État issu du PDCI n’a jamais caché son intention de revenir au pouvoir. Lui qui aura 81 ans en 2015 et qui affirmait en octobre 2010, lors de la précédente élection présidentielle, que « s’il (était) élu, ce serait son dernier mandat », sera-t-il dans la course ? Plusieurs indicateurs laissent penser que c’est une possibilité, si le parti le suit. Alors qu’il dirige son PDCI depuis 20 ans, il a fait changer la règle relative à la limite d’âge, jusqu’alors fixée à 75 ans, qui l’interdisaient d’être candidat à sa propre succession. Pourquoi aurait-il joué les prolongations si ce n’est pour gérer le processus de la présidentielle ?

Ensuite, le « sphinx de Daoukro » (centre-est) est enfermé dans une alliance datant de 2005 avec l’actuel président Alassane Ouattara, au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la paix et la démocratie (RHDP), qui devrait fonctionner au moins au deuxième tour de la présidentielle. Et selon plusieurs observateurs et analystes, Henri Konan Bédié, n’est pas favorable à ce qu’un membre de son parti s’oppose au président en exercice. S’il n’est pas candidat, la personnalité qui acceptera de l’être devra être assez souple pour se ranger, le cas échéant, derrière la candidature de l’actuel président, même s’il parvient au 2e tour…

L’entourage de Ouattara confiait jusqu’à récemment que le PDCI « ne présenterait pas de candidat » en 2015. Mais Bédié a visiblement changé d’avis sous la pression de sa base. « À l’avenir, il sera impossible à un seul parti politique d’exercer (le) pouvoir. L’alliance avec des formations politiques qui partagent les mêmes points de vue devient l’unique moyen d’acquérir ce pouvoir », estimait jeudi Henri Konan Bédié, qui appelait à des « réglages nécessaires » au sein du RHDP. Le message sera-t-il entendu ?

(Avec AFP