Nous avions eu du mal à croire en cette information tante elle nous paraissait saugrenue. C’est une note confidentielle du Fonds monétaire international (Fmi) qui est venue nous convaincre de la triste et humiliante réalité : la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara a sollicité et obtenu un prêt de 100 milliards FCFA-Uemoa (pour ne pas confondre avec le FCFA de l’Afrique centrale qui n’est pas valable dans la zone Uemoa ) de la République du Congo de Sassou N’guesso. La demande a été faite au cours de la visite officielle que le chef de l’Etat ivoirien a effectuée dans ce pays du 7 au 9 Juin dernier. Au tableau de la comparaison, le Congo Brazzaville c’est 7400 milliards FCFA de Pib, et la Côte d’Ivoire 12.600 milliards FCFA, en 2012. 

Si l’économiste-banquier dit qu’il sait où trouver de l’argent, le Congo Brazzaville n’est vraiment pas la destination la mieux indiquée. Et comme c’est humiliant, ce prêt est non tracé (équivalent d’un accord secret). Il court sur 10 ans avec un différé de 5 ans. Au début, le prêt n’a pas fait l’objet de tirage faute d’accord préalable du Fmi. Ce n’est qu’en octobre dernier, après avoir aidé de justesse le gouvernement ivoirien dans la mobilisation des salaires des fonctionnaires au regard de la gravité de la situation financière de la Côte d’Ivoire, que le Fmi a donné son avis de non objection. 

Selon les termes de la convention, cet argent devra servir à apurer la dette intérieure dont le stock résiduel s’élève à environ 80 milliards FCFA. Nous pouvons raisonnablement deviner que cet argent va servir au payement des salaires de décembre prochain. Jusqu’à quand va-t-on définitivement rassurer les fonctionnaires et autres agents de l’Etat quant à la question de leurs salaires ? 

Le même rapport révèle toutes les exigences financières auxquelles le gouvernement aura à faire face à l’échéance de décembre prochain. Il faut à Alassane Ouattara approvisionner une charge incompressible de 240 milliards FCFA. Notamment pour le remboursement de la contrepartie du Contrat-désendettement-développement (C2D : 100 milliards FCFA dont Alassane Ouattara a sollicité, récemment, l’annulation pure et simple auprès de François Hollande), le remboursement des emprunts arrivés à échéance (eurobonds et emprunts obligataires) etc. 

Des insomnies en perspective pour le chef de l’Etat parce que le rapport indique que les régies financières sont en moins-value depuis le début de l’année. Cela veut dire que tous ces bons scores, ces bénéfices, annoncés par les directions générales des Impôts et des Douanes sont complètement faux. (En économiste averti, on ne fait que dénoncer l’autocélébration abjecte du régime Ouattara, un régime de communication et de démagogie). Les difficultés financières de la Côte d’Ivoire pourraient s’accroitre à cause des avantages contenus dans le nouveau code des investissements qui accorde une large ouverture aux rapatriements des fonds et des avantages fiscaux considérables. 

Des lendemains de plus en plus difficiles 

Pour l’heure, afin de desserrer momentanément cette tension de trésorerie, le gouvernement a fait appel au secteur bancaire pour un prêt de 80 milliards FCFA pour préfinancer les bons de Trésor. En contrepartie, le secteur bancaire exige le remboursement en liquidités. Dans la même foulée, le Trésor envisage de lancer un nouvel emprunt obligataire courant novembre pour un objectif de près de 93 milliards FCFA. Voici ce qu’est devenue la grande Côte d’Ivoire. A-t-on encore le droit de rêver à l’émergence? 
J-S Lia liasylve@yahoo.fr 
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