Le pouvoir politique n’est jamais définitivement acquis. On peut le perdre à tout moment, surtout, lorsque les vilenies commencent à prendre l’ascendance sur les actes marqués du sceau de la vertu. Un autre scandale, est en train de couver pernicieusement sous nos regards complices qui, mal négocié et mal résolu, peut nous replonger dans une situation similaire à celle que nous avons vécue, il y a quelques jours, je veux parler de l’affaire Madjara Ouattara. Le tout-puissant Directeur général de Fraternité Matin, monsieur Venance Konan, est accusé par la journaliste sportive Élisabeth Goli, exerçant au compte du tabloïd sous sa direction, de s’être honteusement adonné à un harcèlement sexuel sur sa personne. Suite à la plainte déposée par la victime dans un arrondissement de la maréchaussée nationale de notre capitale économique et administrative, à l’effet que le tort, à lui fait, soit réparé et, qu’une sanction à la mesure de la faute commise, soit infligée à son bourreau, celui-ci serait monté d’un cran dans sa logique en la menaçant de renvoi, si toutefois, elle s’arc-boutait sur sa position de ne pas lui céder et d’ester en justice contre lui. Dans un article signé de Donatien Kautcha du site d’informations Koaci.com où des fragments de la communication faite à ce sujet par la journaliste sportive sont repris, le Ministère de la communication, à travers son premier responsable, Madame Affoussiata Bamba, se serait invité dans le démêlé dans une perspective solutionnelle, mais, en privilégiant un règlement à l’amiable.

Pour donner des chances à cette option d’aboutir, Madame la Ministre, aurait requis le retrait systématique de la plainte déposée et des excuses de la plaignante à son Directeur général : « J’ai été convoquée le mecredi 28 mai au cabinet de Mme la ministre Affoussiata Bamba et en présence de son directeur de cabinet, elle m’a demandé de retirer ma plainte contre Venance Konan et m’a promis que je ne serais pas licenciée à condition que j’adresse une lettre de pardon à Venance Konan … Je veux bien la négociation à l’amiable mais pas à ce prix car c’est moi la victime, c’est plutôt à Venance Konan de me présenter ses excuses. » Favorable au principe d’une solution négociée mais, rejetant la forme que voudrait lui donner la première responsable du Ministère de la communication, la journaliste aurait provoqué le courroux de cette dernière qui, par la voix de son Directeur de cabinet, monsieur Mory Doumbia, lui aurait indiqué de désormais « assumer les conséquences ».
Privilégiant l’objectivité, substrat de l’analyse politique, mon objectif, à travers cette tribune, n’est pas de produire un discours partisan, d’opter pour l’argumentaire produit par l’un ou l’autre camp, mais d’attirer, une fois de plus, l’attention du chef de l’État sur le caractère politiquement nocif de tels scandales, dont il devra, tôt ou tard, rendre compte, en sa qualité de premier responsable de ce pays. Borné par ma nature précaire d’être humain, je n’ai pas cette possibilité de me transposer dans la conscience commune des occupants du palais présidentiel, dans l’optique de cerner leurs objectifs réels, leurs aspirations profondes pour ce pays et ses habitants. Toutefois, si tant est qu’on est habité par cette volonté de maintenir cette fidélité aux valeurs du Républicanisme, de rasséréner davantage les populations sur ses capacités à réaliser ce vivre-ensemble sous le gouvernement de la loi, cela ne peut être possible qu’à travers une reconversion morale à provoquer, l’adoption d’attitudes éthiques qui rompent radicalement avec ce qui nous déjà été servi dans ce pays, caustiquement stigmatisé par ceux-là mêmes qui, curieusement, s’illustrent aujourd’hui, par les mêmes déhontées pratiques. Étant donné que c’est toujours par la tête que s’amorce le processus de putréfaction du poisson, c’est donc à l’élite qu’il faut prêter une attention particulière dans cette moralisation, cette aseptisation de l’espace socio-politique afin d’éviter que tout le reste du corps social ne soit irradié par ces infamies et bassesses axiomées en principes légaux de vie, selon une certaine curieuse logique, depuis le sommet de l’échelle sociale. Un pouvoir obtenu par la volonté du peuple et les postes de responsabilité qui en résultent, qui sont offerts aux fidèles et inconditionnels, en guise de rétribution aux sacrifices consentis, ne doivent pas être utilisés, pour imposer ses caprices et lubies à ce même peuple, contre son gré, malgré ses pitoyables jérémiades, dans la mesure où il s’agit, dans le cadre du Républicanisme, de bâtir un projet sociétal qui tienne prioritairement compte de l’individu humain, devant être épanoui, célébré. Être promu Directeur général ou à quelque autre poste de responsabilité, ne veut nullement dire qu’on est le meilleur de tous et de façon magique, pourvu de tous les pouvoirs pensables nous donnant droit de vie et de mort sur les autres, juste bons pour être martyrisés, humiliés, violentés sexuellement, physiquement et moralement, passés sous les fourches caudines de censures voire de licenciements injustifiés et fantaisistes.

Sans pour autant dire que les faits reprochés à monsieur Venance Konan sont avérés, ces situations à déplorer et à condamner avec fracas, sont malheureusement monnaie courante, dans notre administration où des histrions, nommés plus sur la base d’un militantisme passionné et aveugle que sur le socle d’une grille objective d’appréciation tenant compte des compétences réelles qu’ils laissent entrevoir, se livrent, avec incontinence et démesure, à toutes sortes d’excès, de dérives sans être inquiétés ; plus grave, déclamant de façon cavalière à qui commet l’idiotie d’user son précieux temps à écouter leurs calembredaines, qu’ils sont inamovibles, parce qu’étant coachés ou soutenus soit par le Président de la République, soit par son épouse ou encore par telle ou telle autre ponte du régime.
Personnellement, je suis outré par de telles inconduites qui nous ont pollué l’existence sous les régimes précédents. Avec l’avènement du régime Ouattara, j’ai pensé que ces travers, frappés d’obsolescence et aux antipodes des finalités ciblées, ne seraient, que de vieux souvenirs. Que nenni ! Ils ont, à l’évidence, le cuir épais et semblent n’avoir pris aucune ride. Et, pourtant, pour la matérialisation d’un certain nombre de valeurs coextensives au credo républicain, les choses ne sauraient être laissées en l’état. C’est pourquoi, je souhaiterais qu’un traitement efficient, idoine, en dehors des calculs et intrigues politiciens, soit réservé à cette affaire opposant le Directeur général de Fraternité Matin, monsieur Venance Konan, à la journaliste sportive Élisabeth Goli. « On ne guérit pas un membre gangrené avec de l’eau de lavande », affirmait très justement Hegel. Qu’il soit laissé à la justice, la latitude de conduire une enquête, sans interférences du politique, pour la manifestation de la vérité et que des sanctions appropriées, soient arrêtées contre celui ou celle qui aura tort. Les faits reprochés à monsieur Venance Konan, sont, en mon sens, suffisamment graves et méritent d’être élucidés. Une solution négociée, dans un tel cas de figure, n’est pas l’option adéquate. On y joue la bonne marche de l’administration, des institutions de la république, mieux, la survie même de la république qui ne tient qu’à l’exercice de la vertu civique.
Vu la détermination de la journaliste à obtenir des excuses de son Directeur général ou d’en découdre judiciairement, on a aucune peine à imaginer qu’elle semble tenir le bon bout. Au cas où elle serait fondée dans sa démarche, l’obliger à présenter des excuses, en mettant sous le boisseau, sa raison, face à l’épée de Damoclès brandie par le tout-puissant Directeur général, serait, donner dans l’injustice sous sa forme la plus criante, la plus hideuse. Pis, la licencier, tout en piétinant sa posture de victime, pourrait conduire à des situations fort regrettables, de nature à saper davantage l’image fortement obscurcie du régime suite à l’affaire Madjara Ouattara, paix à son âme. S’immoler par le feu, en ignorant superbement, le martyre physique auquel on s’assujettit, est la preuve patente qu’on a été astreint, en usant d’une inhumanité jamais connue de mémoire d’homme, à l’ultime étape du désespoir. C’est l’exégèse la plus plausible qu’on pourrait faire de ce triste épisode qu’on souhaite ne plus revoir. Alors, qu’on ne pousse pas encore une autre infortunée, parce qu’abandonnée par tous et n’ayant aucun moyen pour se défendre, à s’imposer le sacrifice suprême, pour en finir avec ce monde pris en l’otage par le règne du Mal que l’homme s’emploie à déployer avec une simplicité animale, un monde où les plus forts, crachant sur les services qui leur ont été rendus pour leur prospérité qu’ils savourent pourtant avec beaucoup de volupté, ne se privent pas d’écraser les plus faibles grâce à qui ils sont ce qu’ils sont, leur ôtant, dans certains cas extrêmes, le minimum vital. L’orgueil, l’infatuation, la morgue, l’instrumentalisation de l’autre pour ensuite le mépriser, l’abandonner dans les rets de la misère, l’injustice … sont de très vilains défauts prompts à générer la colère de Dieu. Préservons-nous d’en arriver à ces extrêmes. Que la griserie du pouvoir ne nous conduise pas à des circonstances imparables. Que Dieu nous garde !
Dr. Diarra Cheickh Oumar
Analyste politique
05/06/2014