l y a des dossiers d’une sensibilité particulière sur lesquels le Gouvernant devrait rester discret, modeste et prudent, sous peine d’attirer au peuple des catastrophes prévisibles. C’est celui de la sécurité. Invité de l’Unjci à la Maison de la presse d’Abidjan, mardi 24 novembre 2015, Paul Koffi Koffi, ministre auprès du Président de la République chargé de la Défense, s’est exprimé, entre autres, sur la menace des djihadistes : «Voici ce que nous faisons pour faire face à terroriste.

 

Nous avons pris des dispositions mais vous ne les verrez pas sur le terrain. Nous préférons rester muets comme une carpe. Sachez cependant que s’il y a eu attaque à 20 kilomètres de la Côte d’Ivoire, c’est que la menace est réelle. Mais nous sommes en période de prévention. Nous avons pis des dispositions à nos frontière même si vous ne voyez rien. Nous faisons du renseignement avec nos voisins. La collaboration des populations nous aident aussi beaucoup. Les prêcheurs qui viennent ici sont identifiés et nous les suivons avec la collaboration du Cosim. Nous avons également mis en place un plan de sécurisation des sites stratégiques. Il s’agit des écoles, les gares routières, les gares ferroviaires, les aéroports, les entreprise et autres lieux publiques…» Dans cet exposé, Paul Koffi Koffi devrait continuer à observer le « mutisme », en restant vraiment superficiel. Or, il rompt sa logique de « rester muets comme une carpe » et livre des stratégies au public dans lequel se trouvent des yeux et des oreilles des terroristes. Il présente par exemple son plan de sécurisation sur : « des écoles, les gares routières, les gares ferroviaires, les aéroports, les entreprise et autres lieux publiques…»

Une telle communication a le péché d’être une invite aux djihadistes qui n’aiment pas les défis, et bâtissent des plans plus efficaces pour frapper là où l’autorité croit avoir mis le meilleur de sa technicité sécuritaire. Parce que le chic de ces hors-la loi, c’est de vouloir atteindre l’objet de l’orgueil de l’autorité. Paul Koffi Koffi met donc en danger les usagers de ces sites énumérés. De même, sachant désormais que ces endroits font l’objet d’une surveillance particulière, le terroriste qui n’est pas idiot, peut bien changer de trajectoire ou de cible, le temps d’y trouver une solution. Mais toujours est-il qu’il voudra relever le défi qui lui est implicitement lancé. Alors, est-ce le souhait du Gouvernement ? Nous ne le pensons pas.

 

Mais la maladresse d’un discours peut provoquer des événements irréparables. Ensuite en disant : « Les prêcheurs qui viennent ici sont identifiés et nous les suivons avec la collaboration du Cosim », Paul Koffi Koffi ne perçoit pas la gravité de sa révélation. Il expose le Cosim et ses responsables qui peuvent être vus comme des traitres, une organisation islamique qu’on ne peut fréquenter sans être sous les projecteurs et filé par la police. Cela signifie ou laisse penser que le Gouvernement n’est pas digne de confiance. Et qu’on ne peut pas travailler discrètement avec lui sur des sujets hautement stratégiques et sensibles sans retrouver un jour son nom dans la presse. Il expose ceux qui l’aident à lutter contre les grands fléaux. Ce n’est pas tout qu’on dit ! Voilà Guillaume Soro dans des problèmes ! Avec un tel discours, on réalise que la Côte d’Ivoire n’est pas en sécurité. Paul Koffi Koffi fait du vuvuzéla sans avoir, en vérité, une stratégie rigoureuse de sécurisation du pays. Il pense que ce sont les bruits des gyrophares comme ceux des chats-huants qui peuvent dissuader des vrais djihadistes. Mais ce boucan peut être reçu par les terroristes comme une provocation. Et que peut-il, lui, Gouvernement Ouattara, de surcroît sans armée autonome, contre les terroristes, là où les Etats-Unis, la France, le Nigéria et autres, mordent la poussière malgré leurs puissants moyens ? Que peut-il contre ces gens préparés à mourir, donc prêts à tout ? Il ne faut pas provoquer le crocodile qui dort ! Nous ne savons pas si Paul Koffi Koffi a fait une école militaire ou alors la communication dans un système militaire. Mais là, il vient de faire preuve d’une transparence scandaleuse parce que tacitement interdite pour son secteur d’activité. Il n’est pas obligé de répondre en profondeur à toutes les questions de la presse dont le rôle est de poser des questions.

 

Il lui appartient de filtrer les informations-réponses qu’il donne pour que le secret d’Etat et les vies humaines soient préservés. Et que dirait-il si le Cosim posait plainte contre lui pour incitation au meurtre ou quelque chose du genre ? « Excusez-moi » ? Dans son zèle de montrer qu’il travaille et que Ouattara est efficace, Paul Koffi Koffi expose les Ivoiriens. C’est inquiétant !

 

Germain Séhoué

 

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