Samedi depuis la République démocratique du Congo, le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly a mis en garde les dirigeants africains qui tenteraient de s’accrocher au pouvoir en modifiant leurs constitutions, et les a appelés à entrer dans l’Histoire par "la grande porte" en cédant leur place démocratiquement à la fin de leur mandat, sinon, ils subiront l’humiliation de leurs peuples.

"Tous ceux qui vont insister à s’accrocher au pouvoir auront en face d’eux une génération que l’on appelle "la génération consciente" et je pense que ces présidents, plutôt que d’entrer par la grande porte de l’Histoire, vont par leur action entrer par la petite porte", déclare-t-il dans un entretien accordé samedi à l’AFP à Goma dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans ce pays, le président Joseph Kabila vient de reculer, devant le soulèvement du peuple congolais et après 42 morts et plusieurs centaines de blessés, dans sa volonté de se maintenir au pouvoir au terme de son mandat en 2016 en modifiant la constitution.

Pour Tiken Jah Fakoly, le peuple est désormais souverain. Un revirement spectaculaire selon plusieurs analystes, vu son soutien sans faille à Alassane Ouattara, à la justice des vainqueurs et aux violations des droits de l'homme en Côte d’Ivoire, et son silence troublant devant les crimes et assassinats perpetrés dans le pays.
Pour rappel, la Côte d'Ivoire compte à son actif entre 500 et 1000 prisonniers politiques, tous pro-Gbagbo. Aucun membre du camp Ouattara n'est à ce jour inquieté. Des primes de guerre promises, 5 millions de FCFA pour renverser Gbagbo, ont même commencé à leur être versées, après un soulèvement militaire recent dans tout le pays.
Pour le chanteur, le peuple est désormais appelé "génération consciente" qui s’est manifestée en octobre dans la révolte populaire qui a chassé du pouvoir le président burkinabè Blaise Compaoré.
Tiken Jah a-t-il senti le vent tourner en Côte d'Ivoire? Rien n’est moins sûr.

Toujours est-il qu’il affirme qu’au Burkina Faso " c’est le peuple qui a gagné ", déclaration faite en marge du festival de musique "Amani" ("paix" en swahili) qui s’achève ce dimanche dans la capitale du Nord-Kivu.

Le sujet est brûlant en Afrique. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara est soupconé de vouloir modifier l'article 35 de la constitution pour se mainteir au pouvoir en 2015, alors qu’il est inéligible. Il vient d'ailleurs de limoger Francis Wodié de la tête du conseil constitutionnel, pour nommer Koné Mamadou, un militant de son parti le RDR, jugé plus docile. L'opposition dans son ensemble et une partie de la majorité au pouvoir, s'oppose farouchement à cette forfaiture et lancent regulièrement un Appel au peuple à suivre l'exemple du Burkina et de la RD Congo.
Dans la même veine, les présidents Pierre Nkurunziza au Burundi, Joseph Kabila en République démocratique du Congo, Denis Sassou Nguesso au Congo Brazzaville et Paul Kagame au Rwanda ne peuvent pas se représenter à la fin de leur mandat en 2015 pour le premier, 2016 pour les deux Congolais, et 2017 pour le Rwandais. Leurs oppositions respectives les soupçonnent de vouloir modifier la Constitution ou trafiquer le processus électoral afin de se maintenir plus longtemps en place. Joseph Kabila, comme on l'a dit, vient de reculer devant le soulèvement de son peuple. Il a même officiellement annoncé son départ du pouvoir en 2016 et promulgué la date de la prochaine élection présidentielle, en respectant les délais constitutionnels.
Même cas de figure au Benin, au Togo, au Tchad, au Cameroun, et au Gabon avec Ali Bongo. Ce dernier est accusé d’avoir fait du faux sur son extrait de naissance et d’avoir triché à la précédente élection présidentielle, remportée en fait par André Obame.

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