Dans une requête en date du 27 juin 2014,adressée aux
juges de la chambre préliminaire 1 de la Cour pénale internationale (CPI), Me Emmanuel Altit, avocat principal
du président Laurent Gbagbo, a demandé la mise en
liberté provisoire de son client,mettant la chambre en garde
contre une "détention inutile".

« La détention de Laurent Gbagbo n’est pas nécessaire pour assurer sa comparution,d’autant que les garanties particulièrement complètes, offertes par le pays d’accueil sont toujours valables et suffiraient à atténuer les risques éventuels que la Chambre pourrait identifier », écrit
l’avocat franco-israélien dans  le document de 20 pages que
des sources proches de la défense ont pu consulter. En
outre, Me Altit s'inquiète que les juges n’aient jamais pris la
peine d’indiquer quelles garanties devaient être fournies
par le pays d’accueil potentiel afin de garantir la comparution
tout en évitant la détention. « La Cour est pourtant tenue de
veiller à ce que la détention ne se poursuive pas inutilement et de réexaminer la possibilité de libération sousonditions »,fera-t-il observer presque dans le même temps.

Dénonçant,plus loin, l'absence de preuves contre son client l’avocat principal du président Laurent Gbagbo, s’élève contre un « maintien en détention par principe », exigeant plutôt à Fatou Bensouda d'apporter les preuves de la culpabilité de son client.« C’est au procureur,de donner aux juges, les éléments qui justifieraient d’après lui un maintien en détention.

Sinon cela signifierait que la règle est la détention et
l’exception la liberté. Or, le procureur ne prouve rien, il ne
fait que se baser sur des allégations anciennes », fait observer Me Emmanuel Altit. Qui motive par ailleurs, sa requête par le fait que la liberté provisoire de Laurent Gbagbo est un élément important du dialogue
engagé à Abidjan entre le Front populaire ivoirien
(FPI) et le gouvernement Ouattara. Une décrispation politique
qui selon la perception d’Altit, est essentielle pour les représentants des grandes puissances. C’est pourquoi le
juriste considère que la position du procureur interfère
avec le dialogue inter-ivoirien et contredit l’engagement des
grandes puissances. Cette énième demande de l’avocat
du président Laurent Gbagbo,a-t-elle plus de chances de
prospérer que ses foireuses devancières ?

Possible, glissent,par prudence, certains observateurs avertis. Deux éléments constituent la colonne vertébrale
de leur argumentaire.Premièrement, la décrispation
du climat politique en Côte d’Ivoire, entre les partisans du
président Laurent Gbagbo et le régime Ouattara évoqué plus
haut par Me Emmanuel Altit,reste un facteur d’analyse important pour les juges si tant est que ces derniers sont
préoccupés par la paix à Abidjan,comme ils ont pu le laisser
croire dans leurs observations antérieures, relativement à la
demande de liberté provisoire de Gbagbo. Deuxièmement,
l’argument des juges selon lequel les partisans du président
Laurent Gbagbo, exilés aux frontières ivoiriennes, seraient
toujours actifs pour déstabiliser le régime d’Abidjan, semble
avoir vécu. Surtout avec le retour au pays, observé ces
dernières semaines, de grosses têtes proches de l’ex-régime et indexées pour la plupart, dans certains rapports, comme les principaux financiers de la déstabilisation du pouvoir Ouattara.
N’ayant ainsi,objectivement plus de raisons de brandir le chiffon rouge du coup de force des pro-Gbagbo contre le pouvoir ivoirien, les jugent, note notre interlocuteur,
ne devraient logiquement pas faire de difficultés à traiter
favorablement, la dernière requête de Me Emmanuel Altit.

GérAldine diomAndé
Aujourd’hui
09/07/2014