En visite de travail à N’djamena du 24 au 26 février 2016, pour solliciter l’aide du Président Idriss Deby concernant une procédure sur la Centrafrique, Fatou Bensouda aurait essuyé la colère du Président Tchadien Idriss Deby Itno.

Ce dernier à huis clos lui aurait réitéré son mécontentement et celui de ses pairs africains contre la Cour pénale internationale, une cour qui ne cible que les africains et les chefs d'états africains alors que le Monde pullule de crises où les crimes contre l’humanité sont légion.

Il a néanmoins promis de transmettre à la table de l’Union africaine dont il est le Président en exercice, la demande de la procureure d’une procédure concernant la Centrafrique.

Pas sûr que celle-ci soit reçue par l’Union africaine, laquelle à elle entamée une procédure de désengagement des Etats africains de la CPI à l’initiative du Président Kenyan Uhuru Kenyatta.

Cette procédure de retrait a été adoptée par le sommet des chefs d'Etats de l’UA le 31 janvier 2016 à Addis Abeba.

Une nouvelle procédure sur la Centrafrique serait un non sens, selon une source bien introduite dans les arcanes de l’UA.

Fatou Bensouda est de plus en plus accusée par les chefs d’Etats africains d’être un agent du colonialisme contre l’Afrique.

 

Idriss Deby, lors de sa conférence de presse à l’issue du sommet de l’UA, en plein procès de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, n’avait pas non plus été tendre envers la CPI, n’y allant pas du dos de la cuillère : « C’est le constat que nous avons fait. La CPI ne s’acharne que sur les pays africains, sur les chefs d’Etats africains, et même sur les chefs d’Etats en exercice, alors que ailleurs dans le monde, des choses se passent, beaucoup de violations des droits de l’homme flagrantes, je dis bien flagrantes, mais personne n’est inquiété », s’était-il indigné.

 

Fatou Bensouda au sortir de son audience avec le Président Déby, a démenti les critiques des africains contre la CPI car selon elle, la Cour n’agit qu’à la demande des Etats.

 

« C’est faux ! C’est pas vrai, la CPI ne s’intéresse pas qu’aux Chefs d’Etat africains. Toutes nos actions en Afrique sont déclenchées à la demande des gouvernements en place. Je peux citer l’Ouganda, la RCA, la RDC, le Mali et la Côte d’ivoire. Tous ces pays ont demandé à la Cour de venir investiguer. Je suis pas d’accord quand on dit que nous ciblons les dirigeants africains », dira-elle.

Pas sûr qu’elle soit convaincante, car le Président Béchir du Soudan à titre d’exemple, n’a pas été à la base de sa propre inculpation par la CPI.

En effet, lui et son Ministre de la Défense, font l’objet de mandats d’arrêts internationaux émis par la CPI.

Le Président Uhuru Kenyatta, Président en exercice du Kenya, a aussi l’objet d’une poursuite de la CPI, laquelle s’est soldée par un non-lieu, pour absence de preuves.

 

Concernant le désengagement des pays africains de la CPI, elle a déclaré: « Si l’Afrique décide de se retirer de la CPI, moi, je ne peux qu’exprimer ma désolation, pas en tant que Procureure, mais en tant que africaine, c’est dommage ! C’est une régression de l’Etat de droit et de la justice pour les victimes. Nous savons tous que dans tous les conflits en Afrique, les victimes sont africaines. Elles souffrent, elles sont violées et font l’objet des crimes atroces. Il faut avoir une justice pour dissuader et réparer !».

 

Mireille (Mimi) Kouamé