L’ex-ambassadeur de la France en Côte d’Ivoire, sous
le règne de jacques Chirac, SEM Gildas le Lidec, écrira certainement un jour, ses mémoires sur sa carrière
d’ambassadeur et de ses expériences à travers le monde
entier. Pour sûr, son séjour en terre ivoirienne entre fin 2002 et 2005, figurera en bonne place si on en croit des confidences que le diplomate a bien voulu faire à
l’un de ses compatriotes, journaliste, officiant sur la place parisienne, au sujet du président Laurent Gbagbo, Guillaume
Soro, l’ex-chef de la rébellion et les leaders politiques de l’opposition d’alors, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. A en croire Le Lidec, le défi de l’époque auquel
il devait faire face à Abidjan, était : « comment sortir du chaudron ivoirien, intact diplomatiquement
et mener à bon port le processus de Marcoussis qui
s’enrhume au fur et à mesure que soufflent les vents d’automne ?» Pour résoudre l’équation, il révèle
que la France, avait mobilisé ses élites politiques et militaires autour du slogan : « défendre à tout prix les accords de paix interivoiriens de Linas-Marcoussis » signés le 24 janvier 2003, dans cette banlieue parisienne. Surtout
que le ministre français des Affaires étrangères d’alors, Dominique Galouzeau de Villepin, depuis sa séquestration à la résidence officielle du chef de l’Etat ivoirien, le président Laurent Gbagbo, en février de la même année, a été mis sur le banc de touche. Avec lui, l’ancien ambassadeur
de France en Côte d’Ivoire, Renaud Vignal, que
Gbagbo aimait d’un amour viscéralement haineux, a été prié de faire ses bagages en vingt-quatre heures et de laisser la place à un certain Gildas Le Lidec, un autre
socialiste, déterré pour l’occasion de son bureau au Quai d’Orsay, où il se rongeait les freins. La mission de l’homme était claire : renouer absolument le contact
avec Gbagbo, lui donner des gages que la France ne l’a pas
lâché, qu’un scénario à la Bozizé n’était pas conçu pour la Côte d’Ivoire, lui redonner confiance et, à l’occasion, fermer les yeux sur certaines de ses frasques et se concentrer sur l’essentiel, c’est-àdire les accords de Marcoussis.
Le diplomate révèle que vu de Paris, Gbagbo a fait subir à la France ce qu’elle n’avait jamais connue sur le sol africain, en près de cent ans de présence coloniale. Le 26 octobre
2002, pour ne citer que cette date, la France a été outragée : les écoles françaises ont été attaquées, les bureaux d’Air France ont été dévastés, la base militaire française du 43ème BIMA a été assiégée, le centre culturel français
a été incendié, les abords de l’ambassade de France ont été
consumés et le drapeau français, publiquement brûlé. Notre
confrère indique donc que « face à cette pression de Gbagbo et le spectre rwandais qu’il faisait sans cesse planer, Paris a tout misé sur Le Lidec. Il devait diriger le processus
de paix vers une issue rapide, vu que le maintien en place
des 3 800 hommes de la force Licorne avait déjà coûté 3 milliards d’Euros au contribuable français.
Cet homme devait pacifier Gbagbo. Le Lidec qui clame partout : « nous ne défendons pas un homme, quel qu’il soit. Il s’agit de refaire l’unité de la Côte d’Ivoire souvent malgré les responsables ivoiriens eux-mêmes », est pourtant devenu le plus ardent défenseur du président Laurent
Gbagbo auprès des milieux politiques français. Et le journaliste de citer à titre d’exemple que,
lors d’un voyage en France, le mardi 16 septembre 2005, Le diplomate français s’est rendu à la cellule africaine de l’Elysée où il a eu une séance de travail avec M.
Michel de Bonnecorse, le patron de cette cellule. A ses interlocuteurs, il a tenu le discours suivant
: « la rébellion est finie. Les Forces nouvelles sont déchirées
entre pro-IB et pro-Soro. Le mouvement n’est plus homogène et va vers sa déliquescence. Il faut que la France soit réaliste. Les chefs pro-IB n’obéissent plus aux ordres
de la branche politique et s’installent dans une dissidence
qui présage de l’implosion du mouvement. L’opposition légale n’arrive pas à se rassembler autour
de la bannière d’une seule personnalité. Dans ce cas, l’intérêt
de la France est de composer avec Gbagbo. Sinon ce serait la
guerre civile en Côte d’Ivoire et le chaos dans toute l’Afrique de l’Ouest. En plus, Gbagbo s’engage à préserver les intérêts des Français en Côte d’ivoire ». L’ambassadeur français en poste à Abidjan, avait donc, confie la source, concocté une stratégie d’isolement des Forces nouvelles et de sape de leur image dans l’opinion publique française. C’est le sens de la série d’articles dans la presse française qui peignaient
des Forces nouvelles, le portrait de brigands de grands
chemins, rançonneurs des populations. Lors d’une visite de Mme Michèle Alliot-Marie, il s’était laissé aller devant les journalistes français, à des commentaires sur les ex-rebelles, pillards, voleurs, violeurs, égorgeurs. Il a dépeint
Soro Guillaume devant l’équipe du journal « Le Monde » comme « un chef rebelle à la tête d’un mouvement de militaires sans militants, qui craint le désarmement
et qui, pour cela, alimente la surenchère ». Ses « rapports orientés », bien évidemment, ont conditionné
la politique ivoirienne de la France. Par exemple, quand la
force Licorne recueille des informations sur le terrain dans le
cadre de ses missions dans les PC tripartites ou quadripartites, elle les remet à l’ambassadeur Le
Lidec, qui s’empresse de les transmettre à Gbagbo, puis à
l’Elysée. Confidence d’un ministre des forces nouvelles : « si tu veux que Gbagbo sache rapidement une information, parles-en à Le Lidec. Gbagbo sera informé
dans les minutes qui suivent. » Mais on saura également que
l’activisme de l’ambassadeur le   Lidec ne plaisait pas à tout le monde au sein de l’exécutif parisien, surtout dans les rangs de ceux qui avaient visiblement des atomes crochus avec les ex-rebelles ivoiriens, notamment Pierre Mazeaud, président de la table ronde de Linas-Marcoussis
et ennemi juré du président Laurent Gbagbo dont il n’a pas hésité à tordre le bras, en janvier 2003, à Kléber. De toutes ces confidences, on retiendra que de tous les ambassadeurs de la France en poste à Abidjan, sous Gbagbo, seul Gildas le Lidec avait pris fait et cause pour le « Woody » de
Mama. On comprend donc pourquoi Paris, voulant certainement aller au bout de son complot contre le dirigeant ivoirien, a vite fait de le rappeler par la suite,
Chirac voyant en lui, un obstacle majeur à la réalisation du plan commun. Visiblement la guerre   de la France contre Gbagbo n’a pas encore fini de livrer ses secrets. 

Aujourd’hui    du  13/05/2014