Publié le 07 Octobre 2020 - Source: Autres Sources

Publié le 07 Octobre 2020 - Source: Autres Sources

Cette mission, nous dit-on, relève de la diplomatie « préventive » afin d’empêcher les différends et les incompréhensions de dégénérer en conflits. Sommes-nous en Côte d’Ivoire au stade où il ne s’agirait que de prévenir l’escalade d’un possible conflit alors que l’enjeu est d’annuler les élections, débattre du processus électoral et envisager une transition politique.

 

Mon parti, l’Urd, tire depuis des mois la sonnette d’alarme pour conjurer une crise préélectorale dans laquelle nous sommes de plain- pieds avec un bilan de 26 morts, des libertés assassinées, une loi fondamentale piétinée et un processus électoral entièrement vicié qui nous entraîne inéluctablement vers des élections contestables, dont le résultat sera certainement contesté avec son cortège de violences et de tragédies.

 

Et c’est ainsi que se dessine le sceptre d’une nouvelle crise postélectorale qui risque d’être plus dramatique que celle de 2010 car trop de rancœurs et de frustrations se sont accumulées depuis 9 ans. Ce ne sont pas les libérations au compte-goutte des prisonniers politiques qui atténueront nos craintes.

 

Il semble que le temps des recommandations soit dépassé. A trois semaines d’une élection qui raisonnablement ne peut pas se tenir, nous parler d’un scrutin inclusif, transparent et crédible relève du vœu pieux.

 

Les Ivoiriens veulent vivre en paix, ils ne veulent plus mourir pour un scrutin fut-il présidentiel mais ils ne sont pas prêts à accepter qu’une élection biaisée leur impose frauduleusement un choix dont ils ne veulent pas.

C’est pourquoi, le temps des missions de bons offices semble révolu.

 

Il est temps que la Cedeao et l’UA prennent leurs responsabilités. Le « ni oui, ni non » n’est plus de mise. Le 3ème mandat constitue un recul démocratique qui bat en brèche les principes de bonne gouvernance et de démocratie que défend le Protocole additionnel de cette Institution.

 

Si nous sommes tous d’accord pour dire que les coups de force militaires violent le Protocole, alors qu’en est-il des coups d’état constitutionnels ? Le temps des hommes irremplaçables est terminé de même que ces multiples modifications constitutionnelles à des fins uniquement personnelles, pour se maintenir au pouvoir. Les interprétations équivoques de la Constitution qui jettent un voile de suspicion et de déshonneur sur le Conseil Constitutionnel et nos Institutions ne sont plus acceptables.

 

La prise de conscience collective qui secoue les sociétés africaines et les amène à contester violemment est la traduction d’une aspiration à voir la Cedeao être au service des peuples plutôt que de sembler être à la disposition d’un club privé de Chefs d’Etat.

 

Les Ivoiriens sont conscients que les solutions doivent venir d’eux-mêmes et c’est pourquoi, l’opposition ne cesse de demander l’ouverture d’un dialogue inclusif, demande jusqu’ici totalement méprisée par les Autorités de notre pays.

 

Les conditions d’une élection apaisée ne sont pas remplies, nos Institutions étant incapables de garantir à nos compatriotes la paix sociale, la sécurité et la stabilité. Il revient donc aux Organismes internationaux et notamment au Conseil de Sécurité de déclarer la tenue de ces élections impossibles et inopportunes et d’envisager la mise en place d’une transition politique pour que la Côte d’Ivoire renoue avec un nouveau contrat social.

 

Danièle Boni-Claverie.

Présidente de l’Urd (Union Républicaine pour la Démocratie)