Il demeure incontournable au sein de la machine frontiste. Certains le perçoivent même comme l'alpha et l'omega, celui qui donne, pour l'heure, tout son sens à la lutte que mène le Front populaire ivoirien (FPI).

Laurent Gbagbo, c'est de lui qu'il s'agit, reste donc le maître, avec qui et pour qui tout se décide. Du fond de sa cellule au centre pénitentiaire de Scheveningen à La Haye, l'ancien président ivoirien émet des avis, sinon fait savoir sa décision sur la ligne politique du parti qu'il a créé.

C'est du moins ce que laisse entendre un de ses proches qui a pu le rencontrer récemment à La Haye, et à qui il s'est confié, notamment sur les actions menées actuellement par Pascal Affi N'guessan sur l'échiquier politique national. « Il est au courant de tout. Il suit l'actualité de la Côte d'Ivoire et du parti. Il n'a aucune récrimination contre la façon dont les choses évoluent », rapporte ce proche, cité par le site de Jeune Afrique.

On devrait en déduire que les pas posés par le leader du FPI, Affi N'guessan, depuis sa sortie de prison, l'orientation, parfois critiquée, qu'il a donnée au navire de la refondation, sont suivis voire voulus par le célèbre prisonnier.

En tout cas, cela ne le gène pas. Faut-il le souligner en effet, après sa mise en liberté le 05 août 2013, le président du FPI a entrepris des tournées à l'intérieur du pays pour remobiliser les militants. Il saisissait chaque tribune qui lui était offerte pour dépeindre, en des mots durs, les travers du régime Ouattara. Cela à la grande satisfaction des militants.

Mais l'ancien maire de Bongouanou sera l'objet de critiques acerbes, lorsque dans le cadre des discussions avec le pouvoir, il fera savoir que Laurent Gbagbo n'est pas un préalable. De plus, le changement de ton dans son discours, présentant un Affi plus conciliant à l'égard du régime Ouattara, qui s'est même autorisé une visite de stand au Forum ICI 2014, faisant remarquer que le développement n'a pas de coloration politique, sont perçus par des caciques comme une faiblesse voire une mollesse dont le FPI ne saurait s'accommoder.

Et pourtant, à la lumière des confidences du récent visiteur de Laurent Gbagbo, toutes ces démarches d'Affi N'guessan sont approuvées par l'ancien chef de l'Etat. Un jugement qui devrait doper davantage le leader du parti à la rose pour continuer sur sa lancée.

Disons-le, l'ex parti au pouvoir est divisé entre deux tendances : les partisans de la ligne '' tout pour Gbagbo et rien sans lui '', certainement les plus nombreux, et ceux qui pensent que le FPI doit s'affranchir de la trop forte domination de son président-fondateur, et qui perçoivent cela comme un handicap dans son fonctionnement normal de parti d'opposition qui aspire à reprendre le pouvoir.

Pour l'heure, Gbagbo est le centre de décision. Ceux qui pensent que sa page est tournée font certainement une appréciation erronée du fonctionnement du FPI. Car bien qu'éloigné de la vie politique de son parti, il n'en demeure pas moins le véritable chef.

Certaines indiscrétions lui attribuent même le boycott, par son parti, des élections législatives de décembre 2011, des municipales et régionales couplées de 2013. Les mêmes sources pensent que la participation aux prochaines échéances électorales est soumise à la décision de Gbagbo. Celle-ci va sans nul doute planer sur la 7è convention du parti, qui s'ouvre demain vendredi 21 février 2014 au Palais des sports de Treichville.

Affi entre ailes dures et modérées

Ces assises seront surtout tiraillées entre ceux qui sont considérés comme les modérés et ceux qui incarnent l'aile dure au Fpi. Affi, qui est désormais vu comme le chef de fil de ces modérés à travers ses prises de position, pourrait être aux prises avec les défenseurs de la ligne '' Gbagbo ou rien ''. Et quand on sait comment les débats sont parfois houleux entre les refondateurs, cela présage d'une atmosphère surchauffée aux assises de Treichville. Déjà, les tendances se dégagent, de l'avis de certains observateurs. Sur la tenue de la convention, qui va avoir lieu sans le leader charismatique Laurent Gbagbo, les cadres du Fpi ne semblent pas faire chorus.

Certains estiment que tenir de telles assises, alors que Gbagbo se trouve toujours en détention à La Haye, est une façon d'inscrire la libération de l'ex-président parmi les questions de seconde importance. Ceux-ci pensent que toutes les énergies devraient être focalisées sur le combat pour la libération de Laurent Gbagbo. Cette ligne est surtout défendue par la coordination des exilés du Fpi, avec à leur tête le ministre Assoa Adou, et dont l'une des têtes fortes reste Justin Koné Katinan, le porte-parole de Laurent Gbagbo.

« L'essentiel et le préalable à tout, c'est bien la libération du président Laurent Gbagbo et son retour en Côte d'Ivoire où l'attend son peuple (…) Il n'y a pas d'autre voie de rechange », a martelé Koné Katinan, rappelant ainsi la ligne directrice de leur parti et rejetant tout autre ligne politique.

A côté de ces durs, il y a ceux qui pensent qu'il faut réorganiser le parti pour la reconquête du pouvoir, et sur cette lancée, faire l'âne pour avoir le foin, c'est-à-dire faire profil bas pour obtenir, entre entres choses, la libération de Laurent Gbagbo. «Aujourd'hui, la seule façon, la meilleure façon d'aider Laurent Gbagbo, c'est de rester dans la ligne de la réconciliation, dans la ligne qu'il nous a laissée.

Il défend à La Haye le fait qu'il est un homme de paix, de liberté, de démocratie et qu'il a des références. Pour que sa parole soit crédible, il faut que nous qui sommes ses disciples, les militants de son parti, marchions dans ses pas. C'est ce que je veux que vous fassiez.

Mais, si nous sommes dans d'autres lignes, ce n'est pas du tout bon et à cause de cela, les gens risquent de ne pas libérer Gbagbo. Au plan judiciaire, les gens n'ont rien contre Gbagbo.

Je voudrais solliciter tous les camarades, qu'ils soient en exil ou en Côte d'Ivoire, qui se sont mobilisés pour défendre la cause du président Laurent Gbagbo et inviter nous qui n'avons encore rien fait, à nous engager dans cette voie», a déclaré Affi N'guessan, au cours d'un meeting à Treichville. Va-t-il réussir à faire admettre cette ligne de conduite au cours de la convention des 21 et 22 février prochains ? Rien n'est gagné d'avance
Source : L'Inter