De retour de La Haye, il y a quelques semaines, un cadre du FPI, ancien député d’une commune d’Abidjan, a bien voulu faire fuiter quelques anecdotes de sa rencontre avec le président
Laurent Gbagbo dont il juge la forme excellente et le moral haut. Pour preuve, Laurent Gbagbo lui a affirmé qu’il reviendra dans son pays.
Quand il parle de sa rencontre avec Laurent Gbagbo,la joie illumine le visage de ce cadre du FPI, ancien député de l’une des communes d’Abidjan, qui revient d’une visite mémorable chez le concerné à La Haye, il y a juste quelques semaines. L’ancien
président, à l’en croire, pète la forme. « Il m’a demandé le premier comment je vais, et comment va le pays et les autres membres de la direction du parti. Je lui ai répondu que tout va bien.Puis il a souri, content », se souvient- il. « C’est bien ! », lui a alors rétorqué le président Gbagbo. Mais le plus étonnant est à venir. En effet, lorsque son visiteur lui a demandé comment il se portait à son tour, le confident du jour raconte la scène qui suit :
« Le président Gbagbo a montré ses deux poings, pour me montrer qu’il allait bien. Puis, il m’a dit : c’est bien, continuez le travail.Car ceux qui pensent que je ne vais pas revenir en Côte d’Ivoire se trompent. Je reviendrai ».

Trois ans après son arrestation, le discours de Laurent Gbagbo sur son retour en politique n’a d’ailleurs pas varié. Conforté par un sentiment d’injustice à son égard,celui qu’on appelle à Abidjan « le woody de Mama » ne se voit point en dehors de la politique.Déjà à Korhogo, au cours d’une interview qui fit polémique à cette époque, l’ancien président avait affirmé qu’il n’avait pas besoin d’une circonstance particulière pour quitter ce goulag du régime. « Je suis assez grand pour savoir comment je peux me sortir d’ici », avait alors fait remarquer
Laurent Gbagbo dont le moral n’a point été touché, racontent tous ceux qui ont pu lui rendre visite au pénitencier de La Haye où il a été déporté depuis novembre 2012.
Depuis, quelques faits lui ont donné raison. A commencer par la cour pénale internationale ellemême qui ne sait toujours pas comment confirmer les « preuves » de la procureure gambienne. Priée d’enquêter de nouveau dans le but de trouver un lien entre ses
accusations et l’ancien chef de l’Etat ivoirien, Fatou Bensouda a multiplié des charges, à nouveau sans fondement, et sans lien avec l’accusé. D’ailleurs, cette situation dans laquelle
se trouve le président Gbagbo et qui ressemble plus à une prise d’otage, entendu que le
doute ne lui profite même pas en tant qu’accusé, a provoqué une levée de bouclier de la communauté africaine. Celle-ci, à commencer par les chefs d’Etat africains eux-mêmes, accusent désormais ouvertement la cour pénale internationale de s’acharner sur les dirigeants africains.
Après le président congolais,Denis Sassou N’guesso, c’est au tour du mauritanien de pointer le racisme de la CPI « spécialisée dans le jugement des africains », dénonce-t-il.
Cela dit, en dehors du deux poids deux mesures flagrants qui prévaut sur la situation ivoirienne, la CPI refusant de juger les pro-Ouattara pourtant convaincus des
pires atteintes aux droits de l’homme, la mobilisation des pro-Gbagbo dans le monde gêne le
discours de la communauté internationale qui essaie, en vain, de le faire passer pour un dictateur. Alors qu’il y a deux semaines une marche européenne pour la libération
de l’ex-chef d’Etat ivoirien a été organisée à Paris, à l’occasion de la célébration du troisième
anniversaire de sa détention, des milliers de personnes étaient encore hier dans
les rues de la capitale française pour réclamer la fin de la prison pour Laurent Gbagbo mais aussi pour Charles Blé Goudé son ancien ministre de la jeunesse.

Prophète chez lui, l’ancien président ivoirien est toujours attendu avec ferveur par des millions
d’Ivoiriens sentimentalement liés à lui. Mais aussi sans doute parce que le gouvernement multiplie les atteintes aux droits de l’homme. Environ quelque 800 pro-Gbagbo sont toujours détenus, sans jugement pour la grande majorité, dans les prisons ivoiriennes quand ils ne sont pas frappés par la politique de rattrapage ethnique du gouvernement. Mais il y
a surtout que la vie est devenue plus chère. Ce n’est pourtant pas faute d’annonces. L’actuel chef de l’Etat a, en effet fait miroiter, pendant la campagne électorale,une vie meilleure aux Ivoiriens à qui il avait notamment annoncé une pluie de milliards. Mais trois ans plus tard, le compte n’y est toujours pas. Les emplois promis ne sont toujours pas visibles et le
gouvernement espère créer la couverture maladie universelle vers 2015, ce qui est carrément
une utopie au regard des réticences des grands groupes d’assureurs français en particulier à
qui Ouattara doit aussi sa présidence.Au demeurant, la CMU est une copie de l’AMU, assurance maladie universelle que l’ancien président n’a pu mettre en place en raison de la rébellion armée qui a plombé l’essentiel de son
action…
Tout cela a fait monter la côte de Laurent Gbagbo toujours aussi populaire que durant sa présidence.« Il nous manque », expliquait un opérateur économique proche du PDCI qui garde de bons souvenirs de la présidence Gbagbo. « Tous les contrats que j’ai obtenus, c’est sous sa présidence.Avec lui, il suffisait d’avoir la compétence. Mais aujourd’hui,
seule compte l’ethnie ». Laurent Gbagbo était aussi un président qui a consacré la liberté
d’expression. Il avait aussi ce côté joueur qui plaisait à ses compatriotes.
En fait entre Gbagbo et les Ivoiriens, « le courant » a toujours su passer comme on le dit
en Côte d’Ivoire. Alors si on en croit Gbagbo lui-même, les Ivoiriens auront à nouveau le sourire avec son retour au pays. Même si,le rang des sceptiques grandit
avec les années qui passent.
sévérine Blé
Aujourd’hui / du Lundi 28 Avril 2014