source  Aujourd’hui / du Mercredi 23 Juillet 2014

Reveilles par les bulldozers du regime, les habitants
de cet immense quartier precaire d’Attoban ont assiste,
impuissants, au rasage de leurs maisons. Entre
des policiers remontes et des engins a la force
monstrueuse, la plupart se sont rappele au bon
souvenir de Gbagbo ≪ kafissa ≫ et humain. Hier, il n’y eut pas une seule ambassade

pour condamner la  destruction de Gobele, cet immense quartier precaire ou se sont refugies 25.000 personnes, selon la mairie de Cocody qui cite le recensement de 1998, 75.000 familles selon la Banque mondiale. Tout s’est donc
passe exactement comme l’avait predit le ministre de la construction et de l’urbanisme. Signe d’ailleurs du consensus qui s’est forge contre ces malheureux, aucune organisation des droits de l’homme, internationale notamment,
n’a daigne lever la plus petite protestation. Dans la
ouattarandie ou tout commence generalement par Ouattara, on a sans doute oublie 2002, ou la plus petite tentative de nettoyage des zones autour des camps militaires d’Abidjan, violemment attaques par qui on sait desormais, avait
ete interprete comme la preuve de l’ivoirite de Gbagbo et de son regime. En pourtant en 2002, les renseignements ivoiriens avaient clairement montre que ceux qui ont
attaque le camp militaire d’Agban, notamment, avaient sejourne dans des maisons en baraque, autour du camp, et dans les differents quartiers precaires. Hier, il n’y eut pourtant pas d’Ambassade, pas d’institutions de droits
de l’homme et pas d’humanistes pour contrer la folie des bulldozers du ministre Sanogo qui ont   tout detruit.
Comme la plupart des habitants de ce quartier, Diomande Mory, environ 7O ans, vivait la depuis 19974. ≪ Au moment ou nous arrivions, se souvient-il, tout Angre etait une brousse. On ne parlait pas de quartier precaire en ce moment- la ≫. Mais hier, il est sorti brutalement de son reve. Il n’a d’ailleurs rien pu sauver parce que les premieres destructions ont commence chez eux. Alors forcement
pour lui, la nuit va etre longue. Et par ces temps de pluies
diluviennes, sa vie risque un peu plus de devenir un cauchemar pour longtemps. Diomande Mory est tapissier et ne peut se prendre un loyer, meme a Abobo, faute d’argent. Or ce regime-la n’aime pas entendre les gens gemir.
Alors, pour reduire la pauvrete, Ouattara a trouve sa strategie : eloigner les 75.000 pauvres avec brutalite. En conflit ouvert avec ces ≪ forcenes ≫ depuis de longues annees,
les riverains aux villas cossues sont sans doute les principaux beneficiaires de cette chasse inhumaine. La plupart d’entre eux se sont toujours plaint des agressions et des vols a repetition venant de leur voisinage immediat. Donc depuis hier, le malheur des habitants de Gobele fait le bonheur
des riches proprietaires qui ont sans doute trouve dans l’arrivee de Ouattara un soutien de poids.
Pourtant, comme dans la dialectique du maitre et de l’esclave, c’est a Gobele que le riche voisinage trouve son principal viatique et s’approvisionne. C’est egalement
la que la plupart des filles ou femmes de menage trompent
leurs fatigues, en essayant de trouver le sommeil avant de repartir tres tot, le lendemain. Mais comme a ses habitudes, le gouvernement a mis la charrue avant les boeufs. Car comment toutes ces bonnes, filles de menage, boys de maison et tout le petit personnel que les riches aiment
avoir sous leurs ordres vontils  se rendre a leur lieu de travail, a l’heure ? Il y eut au moins Biabou pour tromper l’apparence des deguerpissements, la aussi violents,
sous Bedie. Mais avec Ouattara, c’est comme si tout le
monde devait obeir, tout juste. En tout cas, certains parmi les populations de Gobele ont tente de s’opposer a la force des ≪ deguerpisseurs ≫ en erigeant des barricades.
Mais tres vite, la police deployee en grand nombre sur les
lieux a eu raison de leur determination.
Celles-ci se sont alors contentees de rappeler a leur souvenir
le president Gbagbo. ≪ Gbagbo etait mieux ≫, pouvait-on
lire sur des pancartes ramassees a la sauvette, entre les gravats et les bruits hallucinants des bulldozers. L’ancien regime avait en effet entretenu le dialogue avec les pauvres
de Gobele, dans le respect de l’interet des riches voisins. Ainsi pour rassurer les proprietaires frustres, l’ancien maire de Cocody y avait erige un commissariat dote de moyen de
locomotion. Mais visiblement, Ouattara a trouve une autre solution. La seule qu’il sert d’ailleurs depuis qu’il a ete installe au pouvoir. A savoir la force et la brutalite.