Les gardes pénitentiaires ont été royalement ignorés dans la loi de programmation sur la sécurité intérieure 2016-2020 qui prend en compte uniquement les policiers, les douaniers, les agents des Eaux et forêts, des affaires maritimes et portuaires. Or, avec l’attaque terroriste perpétrée, dimanche dernier, à Grand-Bassam, ils se retrouvent sous les feux de l’actualité. Rencontrés, hier matin, pour savoir si les autorités ont pris des dispositions particulières pour assurer une détention sécurisée des djihadistes qu’elles auraient arrêtés, des gardes pénitentiaires en service à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) ont répondu par la négative. «Nous n’avons pas encore reçu de détenu à cet effet. Et rien n’a été prévu alors que nous avons affaire à des détenus spéciaux prêts à mourir et dont la peine, selon la loi anti-terrorisme, est la prison à vie», explique un agent pénitentiaire qui a requis l’anonymat.

 

Notre interlocuteur, qui garde un triste souvenir du séjour carcéral de feu Coulibaly Yacouba alias Yacou Le Chinois, soutient que le régime d’internement à la Maca ne permet pas d’héberger des djihadistes. «Ici, les détenus se retrouvent dans la grande cour. Ils se voient, communiquent entre eux et avec l’extérieur. Or, nous savons que la communication est un facteur avantageux pour tout détenu qui aspire à s’évader ou à provoquer une mutinerie. Il n’y a aucune réforme pour préparer les prisons ivoiriennes à recevoir et détenir des terroristes, ces candidats à la mort, forts dans le maniement d’armes et qui peuvent perpétrer des attentats meurtriers dans le pénitencier», ajoute notre source. 

 

C’est pourquoi un autre agent a proposé la formation des gardes pour constituer une brigade spéciale anti-terroriste pour les prisons, équipée d’armements lourds. Ces agents devraient être outillés pour annihiler toute tentative de commission de faits. Dans tous les cas, selon ce garde pénitentiaire, l’Etat doit renforcer le dispositif sécuritaire à l’intérieur et à l’extérieur des prisons. «C’est vrai que comparaison n’est pas raison. Mais en France, les autorités ont anticipé des réformes dans les prisons relativement à la détention des terroristes. Lors de notre stage, l’année dernière, là-bas, nous avons beaucoup appris. Là-bas, les terroristes n’ont pas accès aux autres détenus de peur qu’ils véhiculent leur idéologie djihadiste et qu’ils fassent des émules dans les prisons. A mon avis, c’est uniquement le camp pénal de Bouaké qui présente, à un degré moindre, des conditions de détention appropriées des djihadistes. Puisqu’il y a des quartiers là-bas en fonction de la gravité des délits et des cellules individuelles d’isolement qui sont, malheureusement, en nombre insuffisant. Au regard de la situation qui prévaut, la Maca ne peut pas recevoir des djihadistes !», a tranché cet agent pénitentiaire. 

 

En tout état de cause, les gardes pénitentiaires espèrent que les autorités se pencheront rapidement sur les conditions de détention des djihadistes pour ne pas avoir des surprises désagréables car ces terroristes sont «imprévisibles et sanguinaires», précise un agent.

 

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