A la faveur de la nouvelle année, le Secrétaire national de la Jeunesse du Front populaire ivoirien (Jfpi), Justin Koua, s’adresse aux Ivoiriens. Il dresse, par ailleurs, le bilan de l’année écoulée, en même temps qu’il évoque les perspectives.

L’nterview  en intégralité !

 

Notre Voie : Quelles sont vos impressions par  rapport à l’année écoulée  ?

 Justin Koua : Au nom de la grande famille de la Jeunesse  du Front populaire  ivoirien, je voudrais formuler  des voeux de santé, de success  et de prospérité à l’ensemble  des militants du Fpi, qui, il faut le dire, ont beaucoup souffert ces dernières années. Cette souffrance est  d’ailleurs loin de prendre fin, eu égard aux agissements du régime de M. Alassane Ouattara. Je formule également les mêmes voeux à l’endroit  de tous les Ivoiriens. Que  2014 soit pour tous une  année de reengagement  moral et psychologique dans  la lutte pour la restauration  de la démocratie, afin que le  calvaire des Ivoiriens prenne fin.

  Pour revenir  à votre question, je dis que 2014 est une année qui s’annonce difficile pour les Ivoiriens, mais surtout pour la Jeunesse du Fpi. Le 31 décembre 2013, le responsabile  de la Fédération  Jfpi de Bonoua-Bassam, le camarade   Alphonse Nobou, a été enlevé et transféré à la  Maca quelque temps plus  tard. Le mercredi 15 janvier  2014, alors que le président  Affi lui-même conduisait une  délégation à la Primature  pour des discussions avec le  régime, 10 autres camarades,   pour certains secrétaires de  section, pour d’autres responsables  dans les comités  de base, ont été arrêtés et

transférés, à leur tour, à la  Maca. J’en déduis  que le régime  n’a pas encore renoncé à sa volonté d’anéantissement

du Fpi. Cela m’amène  donc à dire que 2014 ne sera  pas facile. Et la Jeunesse du  Fpi devra s’apprêter, en  conséquence, à affronter  toutes sortes d’adversités.

 N.V.: Quels regards   jetez-vous sur l’évolution de la situation politique nationale en 2013?

 J.K. : La Côte d’Ivoire se meurt. Les Ivoiriens souffrent de l’incapacité du pouvoir à faire face aux défis du pays.

L’insécurité est grandissante et généralisée. Les dozos et les autres bandes armées règnent encore en maîtres

en pillant les biens et en commettant des crimes dans l’impu nité totale. Le pays est toujours divisé et tenu par

des com’zones. Au niveau économique, la situation est plus que triste. Aujourd’hui, la gestion des finances de

l’Etat de Côte d’Ivoire a été placée sous la tutelle du Fmi en raison de la gabegie et des malversations qui sont légion.

Le troisième rapport du Fmi sur l’économie ivoirienne donne des injonctions  au gouvernement par rapport  à la conduite à tenir. A   la lecture de ce rapport, l’on  se rend compte que le Fmi  met subtilement l’économie  ivoirienne sous tutelle. La  prolifération des marches  gré à gré sont un des signes  partants de la mauvaise gouvernance. A cela, s’ajoutent

les surfacturations dans les travaux publics. Le cas de  l’Université de Cocody est 

édifiant. Au niveau politique, la démocratie ne fait que reculer. La Côte d’Ivoire aujourd’hui  est en plein dans le fascisme.

L’opposition ne peut se réunir  parce que constamment  réprimée. L’Etat de droit est  inexistant. Les droits élémentaires

des citoyens sont  bafoués. Les arrestations arbitraries  et les tortures sont les points essentiels du programme

de gouvernement  du régime de ce dernier. Tout se passe comme dans un Etat voyou, une République  bananière. En

somme, les Ivoiriens souffrent le martyre.

 N.V. : A l’opposé du tableau sombre que vous dressez, les tenants du pouvoir affichent une posture plutôt optimiste. Ils parlent de pays en chantier et brandissent une croissance de 9%. Quelle est votre réaction par rapport à ce tableau ?

 

J.K. : Sur cette question, le régime doit faire preuve de courage politique et d’honnêteté  intellectuelle pour

rendre à Gbagbo ce qui est à Gbagbo Il faut dire à l’ensemble des Ivoiriens que ce sont les grands travaux commencés

par le président Laurent Gbagbo que le régime  d’Alassane Ouattara finalise.  Je voudrais me réjouir de ce  que le régime Ouattara ait accepté de poursuivre les  grands chantiers entamés  par le président Gbagbo. Des  chantiers dont le financement  et les études de faisabilité  ont été entièrement  bouclés par le president  Gbagbo. Je le dis parce que,

justement, l’on a tenté de  tout lui dénier. Or, il nous  faut restituer la vérité. Sur la  croissance, pour que les Ivoiriens

soient au même niveau  d’information que le régime 

Ouattara, je persiste à demander au pouvoir de rendre publique la balance de l’Etat ivoirien retraçant les  recettes et les dépenses. La  lecture de la balance situera  chacun sur les performances  avérées ou non de l’économie ivoirienne. Les chiffres  parleront d’eux-mêmes et situeront  définitivement les  Ivoiriens sur l’économie ivoirienne. Une économie en

souffrance, en perpétuelle  difficulté. Les Ivoiriens comprendront  que les 9% de  croissance ne sont que pure

illusion. Et cela dénote d’une  volonté de gouverner le pays  

dans le mensonge, avec le  mensonge et par le mensonge.  Sinon, aujourd’hui,  les populations ne se plaindraient

pas sur leur sort. Partout dans le pays, les Ivoiriens  vivent dans la misère et  dans la faim. Alors, de quelle

croissance nous parle-t-on ? Le régime s’est engagé dans une logique de communication et de propagande mensongère.

La vérité est que les  données économiques sont toutes au rouge. Si nous  avons une croissance de 9%, pourquoi éprouverons-nous  le besoin d’aller emprunter  de l’argent au Congo ? Si nous avons une croissance  de 9%, pourquoi nous nous  surendettons jusqu’à la limite  de l’irrationnel ?

 N.V. : Le président du Fpi et un certain nombre de cadres du parti ont recouvré la liberté, après plus de deux ans

de détention. Est-ce qu’on peut ici parler de geste d’apaisement?

 J.K. : Pascal Affi N’Guessan n’avait pas sa place en prison. Il en est de même pour Sangaré Abou Drahamane,

Alphonse Douati et les autres. Ils ne sont responsables de rien. Les responsables du Fpi n’ont commis aucun

crime et leur résidence habituelle  n’est pas la prison. Il faut que cela soit clair, le Fpi  et ses responsables ont fait

ce qui était bon pour la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens. Ils ne sont responsables d’aucun crime. J’insiste encore

pour dire qu’il faut libérer Simone  Gbagbo parce qu’elle  n’est pas une criminelle. Ce  n’est pas elle qui a créé la rébellion

en Côte d’Ivoire. Il  faut libérer Blé Goudé, parce  qu’il n’est pas un tueur.  Aucun des prisonniers politiques

n’est responsible  d’aucun délit. Alors libérer  les responsables du Fpi et les  proches du président

Gbagbo injustement incarcérés  n’est guère un acte de générosité   ou de magnanimité.  C’est plutôt réparer une injustice

à leur égard. Ceux qui  doivent aller en prison, c’est  Wattao, Guillaume Soro,  Chérif Ousmane, Ben Laden,

Tuo Fozié, Affoussiata  Bamba-Lamine, ces chefs rebelles  qui ont semé la mort et  la désolation au sein de la

population ivoirienne. Ils ont  planifié et organisé les tueries  en masse des Ivoiriens.

 N.V. : Le Fpi et le pouvoir ont engagé des discussions directes. Au sortir de leur dernière rencontre, le président Affi a dit qu’il y a de bonnes intentions de part et d’autre.

 J.K. : Pour le président du Fpi, le régime a tout intérêt à s’engager de façon sincere dans la réconciliation des Ivoiriens. C’est au régime de donner les signes d’apaisement puisqu’il a la responsabilité politique,

administrative et sécuritaire de la vie des Ivoiriens. Or, il me semble que le régime  préfère se complaire dans

cette volonté de haine à  l’égard des Ivoiriens. Les  membres du régime ont du  mépris pour les Ivoiriens. Ils

sont suffisants et condescendants.  A la limite, ils narguent  les Ivoiriens. C’est  pourquoi d’ailleurs je dis

qu’il faut que ces discussions  restent indissociables d’une  stratégie visant à ridiculiser  et infantiliser le Fpi. La vigilance

doit être de mise quand il s’agit de discuter  avec ce régime. Surtout que  nous savons qu’en Côte d’Ivoire, nous avons un régime  incapable de réconcilier  les Ivoiriens. Et tout acteur  politique quel qu’il soit doit  intégrer qu’il ne peut y avoir

de véritables négociations sans la libération totale des  prisonniers politiques, avec en tête le président Laurent

Gbagbo. Rappelons que, depuis  juillet 2011, le Front populaire  ivoirien court après  le régime pour qu’il discute

avec son opposition. C’est  maintenant que le pouvoir a  accédé à cette requête. Mais  si vous regardez bien ses

agissements, on sent un  manque de sincérité de sa part. Tout se passe comme si  le régime voulait pousser le

Fpi à accepter de l’accompagner  à des élections qui le légitimeraient.  Il faut bien  comprendre que ce qui est en

jeu ici, c’est l’avenir du pays. Nous visons donc la resolution  des problèmes des Ivoiriens. C’est pourquoi, là où

on parle de dégeler certains  avoirs, nous disons qu’il faut  dégeler les avoirs de tous les  responsables politiques frappés

par cette mesure; là où  le pouvoir parle de libérer  certains détenus politiques,  la Jfpi exige que tous les prisonniers

politiques soient libérés  ; là où on parle du  retour de certains exilés politiques,  nous disons qu’il  faut faire rentrer et sécuriser  tous les exilés politiques ; là  où il est question de céder  quelques postes au Fpi à la  Cei, nous disons qu’il faut

dissoudre la Cei, la réformer  et la refonder totalement. Il  faut désarmer les dozos, encaserner  les Frci et réhabiliter

la police et la  gendarmerie nationales. Au  total, il faut rétablir l’authenticité  républicaine. C’est cet   espoir que le président du  Fpi voudrait partager avec la   communauté nationale et internazionale

 

N.V. : Alassane Ouattara,dans sa dernière adresse à la Nation, a dit qu’il a donné des instructions

au garde des Sceaux pour que la Justice se penche sur la demande de mise en liberté provisoire de certains

collaborateurs du président Gbagbo. Quels commentaires faitesvous par rapport cette sortie ?

 J.K. : Ce n’est pas la Justice qui a mis aux arrêts ces  proches du président Laurent  Gbagbo. C’est une volonté

politique exprimée par  M. Alassane Ouattara et exécutée  par Hamed Bakayoko.  Alors, cette même volonté

politique, si elle n’est pas  maquillée de ruse, peut décider  de la libération des prisonniers politiques, sans

mettre les juges dans une  procédure politique dont ils  n’ont toujours pas le secret. C’est Alassane Ouattara qui

décide du sort des responsables  politiques détenus en  prison. Ce n’est pas les juges comme il veut le faire croire.

Lorsque j’ai été arrêté, j’ai eu  le temps de le vérifier. Les juges sont impuissants souventes  fois quant à la possibilité

De  regagner votre domicile,  même quand ils sont  convaincus de la vacuité du  dossier. Le pouvoir arrête  qui il veut, libère qui il veut,  quand il veut, comment il  veut et pourquoi il veut. Par  rapport à cette déclaration  justement, je veux dire que M. Ouattara n’a pas besoin  de toute cette gymnastique.  Il faut absolument libérer les      fait bientôt trois ans que certains  sont détenus, alors  qu’ils n’ont commis aucun  crime. C’est insupportable. En tout cas, moi, je ne peux

plus laisser faire. Aujourd’hui, tu es assis dans un  café, on vient te prendre pour te jeter en prison sous  le prétexte que tu veux faire  un coup d’Etat. C’est de l’injustice  qui frappe tous ceux  qui ne sont pas de la même  idéologie politique qu’Alassane  Ouattara. Il faut libérer  tous les prisonniers civils  et  militaires

 

N.V. : Cette déclaration  laisse-t-elle entrevoir la libération prochaine de Simone Gbagbo et des

autres détenus ?

 J.K.: Nous le souhaitons de tous nos voeux. Nous brûlons  d’envie de voir en liberté  notre Première Dame Simone

Ehivet Gbagbo, Jean  Yves Dibopieu, Blé Goudé et              

tous les autres.

 N.V. : Aussitôt sorti de  prison, Pascal Affi  N’Guessan a investi le  terrain politique en  multipliant les meetings.

Selon vous, est-ce  le signe de la vitalité retrouvée du parti ?

 

J.K. : Avant de parler des  actions du président Affi  N’Guessan, il faut d’emblée  saluer la direction intérimaire

dirigée par Miaka Ouretto.Elle s’est donné les  moyens intellectuels, politiques  et stratégiques pour  que le Front populaire ivoirien  ne s’écroule pas. C’est  parce que ce travail a été fait  que le président Affi N’Guessan

a pu trouver à sa sortie  de prison un instrument qui  lui permette de faire des  tournées. Ces tournées vont

dans l’ordre normal des activités  du président du parti, qui consistent, après le 11  avril 2011, à rendre visite aux

militants pour leur apporter de la compassion. A l’ouest, d’énormes atrocités ont été  commises sur les populations

accusées d’être favorable à Laurent Gbagbo. A  Duékoué, en une seule journée,  il y a eu plus de 800 personnes

tuées. Un peu partout  en Côte d’Ivoire, il y a eu des  assassinats des partisans du  président Gbagbo. Le président

Affi N’Guessan a l’obligation  morale d’aller vers ces  populations pour leur apporter  la compassion du Fpi et

du président Gbagbo. Mais  surtout encourager ces populations  martyrisées par le  régime Ouattara à garder espoir,

car, bientôt, le soleil de  l’espoir va à nouveau briller  sur la Côte d’Ivoire.

 

N.V. : Aujourd’hui,après le choc du 11 avril  2011, est-ce qu’on a retrouvé enfin ce parti fort

qu’était le Fpi ?

 

J.K.: Le Fpi est toujours  resté debout. La direction intérimaire  a organisé de  grandes manifestations qui

ont démontré la vitalité du  parti. Souvenez-vous de la  convention, du meeting du  21 janvier 2012 à la Place

Ficgayo qui a fait trembler le régime. Mais j’avoue que  plus qu’hier, la sortie de prison  du président du Fpi a davantage

relancé la  dynamique du parti.

 

Interview réalisée par

César Ebrokié

ebrokie2@yahoo.